LA HARPE FRÉDÉRIC CÉSAR DE (1754-1838)

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Homme politique suisse, originaire du pays de Vaud, Laharpe — il écrira ainsi son nom après la Révolution — est un patriote, souffrant avec impatience la domination bernoise qui pèse sur son pays. Il entre en relations avec Lanskoï, le favori de la tsarine Catherine II, et se rend à Saint-Pétersbourg où la souveraine lui confie, en 1784, l'éducation de ses petits-fils, Alexandre et Nicolas. « Tête solide », au jugement de l'impératrice, Laharpe, qui restera toute sa vie adepte du libéralisme, exerce, pendant ses années de préceptorat, une très forte influence sur ses deux élèves. L'empereur Alexandre Ier pourra dire par la suite : « Je dois tout ce que je suis à un Suisse. »

Lorsque éclate la Révolution française, Laharpe soutient avec ardeur les idées nouvelles et dissuade la tsarine de prendre une attitude hostile à la France. Il refuse de participer au complot ourdi pour écarter le grand-duc Paul du trône et, sous le prétexte d'avoir écrit des brochures subversives, il est congédié en 1795, mais il demeure en relations suivies avec Alexandre. Condamné par contumace au bannissement par les autorités bernoises, il se fixe à Genthod, près de Genève, puis en France. Il publie, en 1797, un violent réquisitoire contre le régime bernois, Essai sur la Constitution du pays de Vaud. Lié aux Jacobins helvétiques, il presse le Directoire d'intervenir, pour démocratiser la Suisse, en brisant les oligarchies patriciennes et en créant un État de Vaud libre, sous protectorat français, auquel seraient annexés le Jura bernois, Neuchâtel et le Valais. Il élargit ensuite son dessein et, avec le Bâlois Pierre Ochs, propose un plan de constitution pour la Suisse (1797).

Après l'invasion de la Confédération par les troupes françaises, Laharpe fait triompher l'idée d'une République helvétique unitaire. Il devient membre du Directoire helvétique (1798). Aux prises avec d'énormes difficultés, il pense les résoudre en imposant aux villes et aux aristocrates un emprunt forcé et en faisant vendre les biens féodaux et les biens d'Église. Il est désavoué, et le Directoire est dissous (7 janv. 1800). Ses adversaires le compromettent dans un prétendu complot contre Bonaparte. Il réussit à fuir à Paris.

En 1801, lors de l'avènement d'Alexandre Ier, il fait un nouveau séjour en Russie et s'efforce de persuader le tsar d'opérer des réformes. Napoléon reconstitue la Confédération helvétique en 1803, par l'Acte de médiation et fait peser sur elle une étroite tutelle. Laharpe, déçu dans ses espoirs d'une régénération de la Suisse avec l'aide de la France, rompt définitivement avec l'Empereur. De 1803 à 1814, il tente d'amener le tsar à se défier de Napoléon, « le fossoyeur des libertés, le conquérant insatiable », et à lui faire admettre que Bonaparte offre, après Austerlitz, une alliance à la Russie et un partage d'influence en Europe, pour mieux l'asservir. Cette action, mal connue, a été exagérée par le seul historien qui l'ait étudiée : A. Boehtlingk, Der Waadtländer Friedrich Caesar Laharpe, der Erzieher und Berater Alexanders I. von Russland, des Siegers über Napoleon I., und Anbahner der modernen Schweiz (2 vol., Berne-Leipzig, 1925), mais elle est loin d'être négligeable.

En 1814, lorsque le canton de Vaud est revendiqué par les conservateurs bernois, Laharpe agit, à Paris, auprès du tsar Alexandre Ier et obtient le maintien de l'indépendance de sa patrie. Nommé lieutenant général de l'armée russe, il collabore avec l'envoyé du tsar, Capo d'Istria, pour régler les problèmes helvétiques. Représentant de la Suisse au Congrès de Vienne, il défend activement les intérêts de ses compatriotes et œuvre pour la reconnaissance par les puissances de l'indépendance et de la neutralité de la nouvelle confédération. Laharpe voit son influence décliner lorsque son disciple Alexandre Ier abandonne le libéralisme dans lequel il a été élevé, pour s'inféoder à la Sainte-Alliance et au « système Metternich » réactionnaire. Entré en 1816 au Grand Conseil législatif du canton de Vaud, il devient le chef de la tendance libérale et il travaille à l'avènement d'un régime constitutionnel moins aristocratique et conservateur. Il en est le « conseiller occulte » jusqu'à sa mort, survenue à [...]

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Pour citer l’article

Paul GUICHONNET, « LA HARPE FRÉDÉRIC CÉSAR DE - (1754-1838) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/frederic-cesar-de-la-harpe/