FRANTZ (F. Ozon)

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Le récit d’Adrien

Tout aussi riche d’imaginaire, de secrets et de mensonges entrelacés, Frantz est adapté d’une pièce de Maurice Rostand, fils de l’écrivain Edmond Rostand, auteur dramatique, romancier et poète pacifiste engagé. Créé en 1930 à Paris, adapté en anglais dès l’année suivante, L’Homme que j’ai tué séduit Hollywood. Paramount confie la réalisation du film à Ernst Lubitsch dont Broken Lullaby (1931) sera la première œuvre dramatique. Les deux titres traduisent bien l’écart entre le récit original, écrit quasiment comme un policier, et sa transformation en mélodrame romantique. À cette trame, François Ozon ajoute une seconde partie totalement inventée, plus courte mais décisive, et construite en miroir par rapport à la première.

Frantz, F. Ozon

Frantz, F. Ozon

Photographie

Comme dans la plupart de ses films, François Ozon s'intéresse de près au rapport ambigu que les êtres entretiennent avec la vérité. Tout à la fois ami et imposteur, Adrien (Pierre Ninet), sous le regard d'Anna (Paula Beer), peut-il accepter le violon, symbole du fils disparu, que lui offrent... 

Crédits : Mandarin Films, X-Filme Creative Pool, FOZ/ BBQ_DFY/ Aurimages

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Frantz est l’absent : le jeune Allemand francophile – Frantz, orthographe française du prénom germanique Franz, matérialise d’emblée cette dualité – est mort au front et son ami français, Adrien, vient en 1919, dans une Allemagne vaincue et meurtrie, partager la douleur des parents et de sa fiancée Anna (Paula Beer). D’entrée, la fébrilité et l’extrême vulnérabilité qu’exprime le comédien Pierre Niney induisent la dissimulation. Mais de quel secret ? Peut-être celui d’une relation homosexuelle difficile à révéler, que suggèrent Rostand et Ozon. En fait, ce dernier met progressivement en place un suspense n’existant ni dans la pièce ni chez Lubitsch, qui présentaient tous deux l’histoire comme le récit que le jeune homme fait à un prêtre. Une scène que l’on retrouvera inversée dans la dernière partie du film, lorsque Anna ira à l’église confesser ses propres mensonges.

Le 35 millimètres noir et blanc très contrasté impose un certain temps le superbe classicisme compassé des apparences que les quelques images en couleurs (certaines vives, d’autres désaturées) vont ensuite s’ingénier à déconstruire – comme le récit initial et la complexité des caractères – pour atteindre la justesse des portraits psychologiques et la finesse de la description des sentiments contrariés. Anna est simple et [...]


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Écrit par :

  • : professeur honoraire d'histoire et esthétique du cinéma, département des arts du spectacle de l'université de Caen

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Pour citer l’article

René PRÉDAL, « FRANTZ (F. Ozon) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 janvier 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/frantz/