WRIGHT FRANK LLOYD (1867-1959)

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Déchirure de la boîte architecturale

Frank Lloyd Wright est né à Richland Center, dans le Wisconsin ; son père était un pasteur baptiste, devenu ensuite « unitarien ».

Dès sa jeunesse, Wright est un rebelle : dans le cursus des architectes américains, même des plus indépendants comme Henry Hobson Richardson et Louis Sullivan, l'École des beaux-arts de Paris constituait une étape obligatoire ; lorsqu'on offre à Wright, en 1894, d'aller à Paris, sa réponse est un « non » tranchant. C'est qu'il a appris à détester le classicisme en observant à quelles tragiques conséquences il menait à l'exposition colombienne de Chicago en 1893 : une « White City » de style gréco-romain, une ville blanche comme les visages cadavériques de ses édifices de marbre. Élève de Sullivan, avec qui il avait travaillé pendant cinq ans, il veut, en architecture aussi, revenir aux sources bibliques, à la matrice, à la vérité originaire, et il en vient rapidement à l'identifier dans l'espace intérieur, défini comme l'élément dirigeant, le protagoniste de la réalité architecturale.

Le premier cycle de l'activité de Wright va de la Winslow House à River Forest dans l'Illinois (1893) jusqu'aux chefs-d'œuvre que sont la Robie House de Chicago, la Roberts House et la Coonley House de Riverside (1908-1909). C'est la période dite des Prairie Houses, qui témoigne d'une agression croissante contre le principe traditionnel de la boîte architecturale. La Winslow House se présente encore comme un prisme compact, avec symétrie de la façade. Mais déjà, en 1900, la Hickox House de Kankakee, dans l'Illinois, a rompu l'enveloppe pour projeter les volumes des différentes pièces dans le paysage. À Highland Park (Ill.), la Willitts House, qui est de 1902, offre un parti en croix, avec des bras qui partent de la cheminée et se prolongent en longs portiques assumant une fonction de liaison entre les lieux clos et la nature. Dans la Roberts House, la fluidité planimétrique est intégrée par la continuité verticale, grâce à un séjour qui relie deux niveaux. C'est toujours la ligne horizontale qui domine : elle est la « ligne de terre » immanente. Sous cet aspect aussi, Wright est biblique, et non pas chrétien : il mise sur la vie vécue, et non sur la vie éternelle, il considère le chemin de l'homme dans ce monde, et non celui de l'œil montant vers Dieu.

Frank Lloyd Wright, Falling water house

Photographie : Frank Lloyd Wright, Falling water house

Frank Lloyd Wright, la Falling water house vue de l'extérieur, Stewart, Pennsylvanie, 1935-1939. 

Crédits : Archive Photos/ Getty Images

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La période des Prairie Houses comprend divers bâtiments non résidentiels, parmi lesquels le Larkin Building à Buffalo (N. Y.), qui est de 1904, et le Unity Temple de Oak Park (Ill.), de 1906. Ils expriment l'idée wrightienne des structures insérées dans le milieu urbain, idée qui trouvera plus tard confirmation dans le Johnson Wax Building et dans le musée Guggenheim : l'attention créatrice est concentrée à l'intérieur, dans un grand creux illuminé par en haut et protégé des bruits de la ville par des murs solides.

L'influence de Wright est fondamentale pour l'architecture moderne en Europe. Lorsque ses œuvres sont exposées à Berlin en 1910 et publiées dans une superbe édition Wasmuth, des jeunes aux tempéraments les plus divers, de Ludwig Mies van der Rohe à Erich Mendelsohn, de J. J. P. Oud à Hugo Häring, en subissent un véritable trauma. Le mouvement hollandais De Stijl, se réclamant de certaines expériences des Prairie Houses, théorise la rupture du volume compact et sa réduction en plaques librement encastrées dans l'espace ; mais même le courant opposé, courant dit de l'école d'Amsterdam, s'inspire du maître américain, dont Hendrik Petrus Berlage est un admirateur inconditionnel.

En dépit de l'envahissement des États-Unis par l'académisme, la première décennie du xxe siècle marque le triomphe professionnel de Wright, qui construit cent quarante résidences et édifices divers. Il n'a désormais aucune incertitude quant à son avenir – mais c'est alors que brusquement il balaie tout : en 1909, sans avertir personne, il abandonne son atelier de Oak Park, ses six enfants ; coupant les ponts avec son passé et sans se soucier du scandale, il s'enfuit en Europe avec la femme d'un client. Po [...]

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Écrit par :

  • : professeur d'histoire de l'architecture, auteur, président du Comité international des critiques d'architecture

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Pour citer l’article

Bruno ZEVI, « WRIGHT FRANK LLOYD - (1867-1959) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/frank-lloyd-wright/