POULAIN DE LA BARRE FRANÇOIS (1647-1723)

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Un lecteur de Descartes

Ainsi, toute sa vie durant, Poulain aura refusé les arguments et les comportements dictés par l’autorité et construit son existence par une série de ruptures : rupture avec la philosophie dominante, rupture avec les préjugés sur les femmes, rupture avec sa religion d’origine.

L’œuvre féministe de Poulain de la Barre constitue un moment essentiel dans l’histoire de la philosophie et dans celle du féminisme. Tout d’abord parce que, comme le rappelle le titre de son premier ouvrage de 1673 sur cette question, il prône l’égalité entre femmes et hommes. Ce point est important car il faut se souvenir qu’une majorité d’écrits philogynes depuis le Moyen âge s’appuient au contraire sur l’idée d’une supériorité des femmes sur les hommes. L’égalité n’est pas un concept allant de soi dans une société d’ordre et de corps comme celle de l’Ancien Régime en France, a fortiori quand il est censé s’appliquer aux deux sexes. Et, si cette idée a déjà été défendue de manière remarquable par Marie de Gournay dans un court écrit polémique de 1622, Égalité des hommes et des femmes, Poulain propose un tout autre type de démonstration pour étayer son propos. Il s’appuie en effet sur l’anthropologie et la métaphysique cartésiennes pour mettre en évidence cette égalité des deux sexes. La distinction nette effectuée par Descartes entre corps et esprit permet d’affirmer que « l’esprit n’a point de sexe ». Il n’y a donc nulle raison de refuser aux femmes les mêmes capacités intellectuelles et morales que celles des hommes. Poulain examine parallèlement les éventuelles différences corporelles entre les sexes : elles se réduisent aux seuls organes génitaux, toutes les autres différences étant construites socialement. Là aussi donc, l’auteur nie toute inégalité substantielle selon le sexe.

L’égalité psycho-physiologique ayant été philosophiquement prouvée, il propose dans l’ouvrage suivant, De l’éducation des dames, un programme pédagogique pour l’instruction des femmes. Il vise à ouvrir l’ensemble des métiers à toutes et tous. La notion de bon sens popularisée par Descartes prend ici une valeur démonstrative particulière : empêchées d’aller à l’école, les filles conservent leur bon sens beaucoup plus intact que les garçons, tout pétris de préjugés dès le plus jeune âge par leurs maîtres, et sont donc plus aptes qu’eux à bien raisonner. Il suffirait donc d’éduquer quelques maîtresses (grâce en partie aux livres de l’auteur) aux vrais principes philosophiques pour qu’elles forment à leur tour des générations de filles aptes à travailler dans tous les domaines. L’enjeu social et politique d’une émancipation des femmes apparaît clairement. Toute la société ne peut que bénéficier d’une répartition des emplois selon le seul mérite.

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Écrit par :

  • : maître de conférences habilitée à diriger des recherches, faculté de philosophie, université Jean-Moulin Lyon-III

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Marie-Frédérique PELLEGRIN, « POULAIN DE LA BARRE FRANÇOIS - (1647-1723) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/francois-poulain-de-la-barre-1647-1723/