FRANCOFONIA. LE LOUVRE SOUS L'OCCUPATION (A. Sokourov)

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Le musée et l’histoire

Francofonia s'ouvre sur un dialogue via Skype entre Sokourov et Dick, capitaine d'un cargo chargé de conteneurs remplis d'œuvres d'art, en perdition dans l'océan Atlantique. Pour survivre, le bateau devrait jeter son chargement à la mer. Cette menace du naufrage rend immédiatement sensible le danger mortel qui menace les œuvres d'art, englouties dans le passé par les vagues de l'océan, ou arrachées à leur terre natale, en Europe, par les troupes de Napoléon : « Dieu, cela a commencé il y a si longtemps ! ». Les forces de l'océan s'accordent à celles de l'histoire dont la violence culmine dans la guerre.

Comment protéger le Louvre au moment où, en juin 1940, les troupes allemandes entrent dans Paris ? Pendant la Seconde Guerre mondiale, le musée de l'Ermitage fut en partie détruit. Au contraire, les collections du Louvre demeureront intactes (les tableaux seront évacués dans des châteaux en province), le musée ne sera pas spolié par les nazis grâce à l'action concertée de deux hommes opposés par leur origine sociale, leur nationalité, leur fonction, mais réunis par leur amour de l'art et une même volonté d'appliquer la convention de La Haye : Jacques Jaujard (Louis-Do de Lencquesaing), directeur du Louvre, et le comte Franz Wolff–Metternich (Benjamin Utzerath), président de la commission allemande pour la protection des œuvres d'art en France, qui résista à la pression de ses supérieurs hiérarchiques.

Francofonia. Le Louvre sous l’Occupation, d’Alexandre Sokourov.

Photographie : Francofonia. Le Louvre sous l’Occupation, d’Alexandre Sokourov.

Après l'Ermitage de Saint-Pétersbourg, Alexandre Sokourov se tourne vers le Louvre. La période de l'Occupation, lorsque les collections du musée devinrent un enjeu politique, lui permet de poursuivre sa méditation sur l'art, le temps et l'histoire. 

Crédits : Sophie Dulac Distribution/ Screen Prod/ Photononstop

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« Qui aimerait la France sans le Louvre ? » s'interroge le cinéaste. Dans L'Arche russe, il parcourait le musée de l'Ermitage au côté du marquis de Custine. Au cours de son exploration du Louvre, il est accompagné par deux figures emblématiques : Marianne, allégorie de l'esprit républicain (à plusieurs reprises, elle ne prononce que la devise : « Liberté, Égalité, Fraternité ») et Napoléon, pour qui l'art peut être placé au service du pouvoir. La caméra cadre des sculptures (lVictoire de Samothrace). De lents travellings nous font découvrir dans la salle égyptienne la beauté d'une statue ou celle d'un gisant en marbre. En un discret travelling avant, elle s'avance lentement pour cadrer en plan rapproché ou en gros plan des portraits de la Renaissance dont les visages nous regardent comme s'ils étaient toujours vivants. Un champ-contrechamp nous suggère par l’échange des regards un dialogue muet entre La Joconde, Marianne et Napoléon. La peinture nous donnerait-elle l'intuition de l'immortalité ?

Autrefois résidence royale à Paris, le Louvre est né d'un château fort construit à l'initiative de Philippe Auguste, au xiiie siècle, sur les bords de la Seine, puis d'un nouveau château conçu à partir de 1546 par l'architecte Pierre Lescot. Au fil des siècles, de la Grande Galerie, achevée sous Henri IV, au Grand Louvre de François Mitterrand, il s'est progressivement transformé en musée. Francofonia nous retrace son histoire par l'image : apparaissent en effet le portrait de Pierre Lescot, la maquette du château de 1546 replacé dans le paysage de l'époque ou encore, agrandi aux dimensions de l'écran, deux tableaux d'Hubert Robert dont le sujet est La Grande Galerie.

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Écrit par :

  • : docteur ès lettres, diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris, critique de cinéma

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Pour citer l’article

Michel ESTÈVE, « FRANCOFONIA. LE LOUVRE SOUS L'OCCUPATION (A. Sokourov) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/francofonia-le-louvre-sous-l-occupation/