FRANCEL'année politique 2020

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Des oppositions sans souffle

Les restrictions imposées par le confinement, les règles sanitaires et l’interdiction des réunions publiques ne sont guère propices au déroulement du débat politique, qui se déplace vers les réseaux sociaux ou des réunions à distance aux effectifs limités, ce qui ne facilite pas la restructuration des forces politiques. La question sanitaire, omniprésente, détourne l’opinion des autres sujets. Les insatisfactions et les critiques suscitées par la gestion de la crise trouvent difficilement leur débouché politique, d’autant qu’une grande partie des Français se sent tenue par un devoir de solidarité, en particulier pendant le premier confinement. La crise sanitaire gèle en quelque sorte les forces politiques dans l’état dans lequel elles se trouvaient auparavant.

Le parti LR continue d’être tiraillé entre les tendances antagonistes révélées lors de la primaire présidentielle de 2016. Emmenés par le président du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau, les anciens fillonistes plaident pour l’organisation d’une primaire pour la désignation d’un candidat à la présidentielle de 2022. Derrière le président du groupe LR à l’Assemblée nationale, Christian Jacob, un courant proche de Nicolas Sarkozy veut privilégier l’unité du parti et espère l’apparition d’un « candidat naturel », jusque-là introuvable. Parallèlement, d’anciens membres de LR (Valérie Pécresse, Xavier Bertrand…) avancent quelques pions en vue de l’échéance de 2022. Nicolas Sarkozy reste très influent dans le parti et certains rêvent de lui en « candidat naturel ». Son sort est cependant suspendu à l’issue de plusieurs affaires judiciaires fort embarrassantes, en particulier celle qui le voit soupçonné de corruption et de trafic d’influence. Le 8 décembre en effet, lors du procès dit « des écoutes », le parquet national financier requiert contre lui une peine de quatre ans de prison, dont deux ans ferme. En outre, en juin, plusieurs proches de Nicolas Sarkozy sont condamnés en première instance à des peines de prison ferme dans l’affaire Karachi. Même s’il n’a été entendu qu’en qualité de témoin dans cette affaire, l’ancien président continue d’apparaître davantage dans les chroniques judiciaires que dans l’agenda politique. LR est d’autant plus affaibli qu’une partie de ses troupes a depuis longtemps rejoint le camp d’Emmanuel Macron, l’ancien Premier ministre Édouard Philippe faisant déjà figure de joker possible pour l’élection présidentielle, même s’il paraît a priori exclu qu’il se présente contre le président sortant.

Malgré les appels à l’unité du PS, de Générations, du PCF et de Place publique, la gauche reste profondément divisée. Le dirigeant de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, annonce sa candidature à la présidentielle en novembre, après une « consultation » en ligne destinée à ses partisans. Sa candidature est rejetée par les socialistes, par Europe Écologie-Les Verts et par les communistes (qui souhaitent présenter leur propre candidat). Les divisions traversent ces partis déjà affaiblis. Le Parti socialiste hésite entre une voie sociale-démocrate et une autre plus radicale, EELV entre écologie modérée et remise en cause du modèle économique et social. Tandis que l’ancien président socialiste François Hollande continue de faire entendre sa voix, d’autres personnalités tentent de compter ou de réveiller plus ou moins discrètement leurs troupes : la maire de Paris Anne Hidalgo, l’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve – qui déclare finalement ne pas envisager de candidature à la présidentielle –, l’ancien ministre du Redressement productif puis de l’Économie Arnaud Montebourg…

Le camp présidentiel connaît sa propre opposition interne, celle-ci ne songeant cependant pas pour l’instant à une candidature dissidente. Au mois de mai, deux nouveaux groupes parlementaires font leur apparition à l’Assemblée nationale. D'anciens macronistes de gauche en rupture de parti, rejoints par d’autres députés, créent le groupe Écologie, démocratie, solidarité (EDS) – faute d'un effectif suffisant, il disparaît en octobre, après le départ de trois de ses membres. Des députés macronistes de centre droit créent Agir Ensemble, tout en maintenant leur soutien au président de la République. Au total, 45 députés ont quitté l [...]

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France : participation aux élections municipales (1947-2020)

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France : groupes politiques au Sénat (2004-2020)

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Olivier Véran et Jean Castex, 2020

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Hommage à Samuel Paty

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  • : président du Centre d'étude et de réflexion pour l'action politique

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Pour citer l’article

Nicolas TENZER, « FRANCE - L'année politique 2020 », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/france-l-annee-politique-2020/