FRANCEL'année politique 2008

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Un gouvernement aux ambitions réformatrices pris par la tourmente

Au-delà de tiraillements entre personnalités, de quelques exemples d'une mauvaise communication et des rumeurs régulières sur les tensions entre le président et le Premier ministre, la composition de l'équipe gouvernementale a connu une assez grande stabilité et les remaniements sont restés d'ampleur limitée. Le lendemain des élections municipales de mars 2008 voit des secrétaires d'État changer d'affectation et d'autres faire leur entrée au gouvernement, à des postes nouveaux ou remodelés, les compétences des ministres de rattachement étant élargies ou modifiées dans le même mouvement : départ de Christian Estrosi, élu maire de Nice et remplacé à l'Outre-Mer par Yves Jégo ; arrivée d'autres proches de Nicolas Sarkozy, comme Nadine Morano à la Famille et Alain Joyandet à la Coopération, ce dernier en remplacement de Jean-Marie Bockel, auteur de propos critiques envers la « Françafrique », qui passe aux Anciens Combattants, Alain Marleix devenant secrétaire d'État à l'Intérieur et aux Collectivités locales ; arrivée de Hubert Falco (Aménagement du territoire) et de centristes comme Christian Blanc (Développement de la région capitale) et Anne-Marie Idrac (Commerce extérieur) ; Éric Besson ajoute à ses responsabilités celle du Développement de l'économie numérique ; Laurent Wauquiez cède à Luc Chatel (Industrie et Consommation) la fonction de porte-parole du gouvernement et se voit confier l'Emploi. En décembre, Patrick Devedjian, dont l'activité en tant que secrétaire général de l'U.M.P. avait été contestée au sein de son propre camp, prend auprès du Premier ministre les fonctions de ministre chargé de la mise en œuvre du plan de relance. À l'issue du dernier Conseil de l'Union européenne sous la présidence française, le secrétaire d'État d'ouverture Jean-Pierre Jouyet (Affaires européennes), qui avait souhaité quitter le gouvernement, cède la place à l'ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin à Matignon, Bruno Le Maire. Enfin, le chef d'entreprise Yazid Sabeg est nommé commissaire à la Diversité et à l'Égalité des chances, sans entrer pour autant au gouvernement.

Le mode de gouvernement connaît une novation avec la réunion informelle, mais régulière, autour du président, du « groupe des sept », composé de quelques ministres et secrétaires d'État considérés comme les plus proches : Brice Hortefeux, Xavier Darcos, Xavier Bertrand, Éric Woerth, Laurent Wauquiez, Luc Chatel et Nadine Morano. La discorde larvée entre le président et son Premier ministre, phénomène classique sous la Ve République, en est renforcée. Y contribue également la place originale, parfois considérée comme celle d'un « Premier ministre bis », occupée par le secrétaire général de la Présidence, Claude Guéant, qui a pu avoir la primeur de diverses annonces aux médias.

Certains ministres sont toutefois fortement critiqués au sein même du gouvernement et de la majorité. La grogne du monde judiciaire envers la garde des Sceaux Rachida Dati conduisit ainsi le président Sarkozy à recevoir directement une délégation de magistrats, tandis que le Premier ministre contestait le projet de celle-ci de fixer à douze ans l'âge de la responsabilité pénale. Les débats sur les organismes génétiquement modifiés, objets d'une loi, et sur la « fiscalité verte » ont également entraîné, en avril et en septembre, de fortes tensions au sein du gouvernement et avec le Parlement, et la ministre de l'Économie Christine Lagarde a été freinée dans sa tentative de rouvrir le dossier de l'impôt de solidarité sur la fortune. La secrétaire d'État chargée des Affaires étrangères et des Droits de l'homme Rama Yade a également été quelquefois rappelée à l'ordre pour des déclarations dissonantes par rapport à la politique étrangère du gouvernement, et son refus de conduire la liste U.M.P. en Île-de-France aux élections européennes de 2009 lui a valu des critiques. Des affaires, des sujets ont ému l'opinion publique ou certaines de ses franges : le choix de l'arbitrage pour régler le contentieux fiscal opposant l'administration et Bernard Tapie, avec un résultat souvent considéré comme excessivement favorable à ce dernier ; la grâce présidentielle accordée, à la veille de Noël, à l'ancien préfet Jean-Charles Marchiani qui avait été condamné à trois ans de prison ferme pour plusieurs affaires de corruption ; la mise en place puis la modification du fichier de police informatisé Edvige ; la fixation d'objectifs chiffrés de reconduite à la frontière ; la décision de recourir systématiquement aux tests ADN pour les candidats au regroupement familial ; l'arrestation de parents sans papiers d'enfants scolarisés ; l'extension du recours à la garde à vue ; une politique psychiatrique jugée trop sécuritaire par l'essentiel des milieux concernés ; la réactivation du débat sur la laïcité à la française, etc.

Après avoir enregistré, au cours du premier semestre, une décrue sensible de sa cote de popularité, le président devait toutefois relever celle-ci au cours du second, porté, selon plusieurs études d'opinion, par sa présidence active de l'Union européenne et des initiatives rapides pour faire face à la crise financière et économique. L'année 2008 a aussi été marquée par de nombreuses réformes concernant les universités, le régime du travail (avec une forte incitation à renoncer aux 35 heures), le relèvement de l'âge possible du départ à la retraite, le système d'assurance-maladie, la protection de l'environnement, le traitement du chômage, la fonction publique, etc. Le gouvernement a également porté des mesures d'une certaine ampleur sur la réforme de l'État, dans le cadre de la révision générale des politiques publiques, et a réussi à faire voter une révision constitutionnelle qui avait semé la division au P.S., plus ambitieuse que les précédentes, dans la lignée des propositions du comité présidé par l'ancien Premier ministre Édouard Balladur. Ce dernier a également été chargé, à la fin de l'année, de présider un autre comité, sur la réforme des collectivités locales. Certaines réformes ont toutefois été ajustées pour tenir compte de la crise, qui a conduit à la mise en place d'un plan de relance et d'une politique budgétaire moins restrictive, en même temps qu'était créé, sous l'égide de la Caisse des dépôts, un fonds stratégique d'investissement qui se veut une sorte de fonds souverain à la française.

Quant aux ministres d'ouverture, à l'exception du haut-commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté Martin Hirsch, qui est parvenu à « sauver » le revenu de solidarité active (R.S.A.) des cou [...]

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  • : président du Centre d'étude et de réflexion pour l'action politique

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Pour citer l’article

Nicolas TENZER, « FRANCE - L'année politique 2008 », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/france-l-annee-politique-2008/