FRANCEL'année politique 2003

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Une gestion gouvernementale contestée

Si, pendant les premiers mois de l'année 2003, malgré un scepticisme sur la portée de certaines réformes, notamment celle de la décentralisation, le Premier ministre continue à bénéficier d'opinions largement positives, un renversement s'opère à la fin du premier semestre, lors de la réforme des retraites, et surtout depuis la rentrée de septembre : début décembre, 29 p. 100 seulement des Français lui font confiance, soit une baisse de 29 points depuis le début de l'année (enquête Sofres-Figaro Magazine). Malgré un léger rétablissement opéré avant Noël (+ 5 points de confiance), le Premier recueille encore, à la toute fin de l'année, 61 p. 100 d'opinions négatives, contre 38 p. 100 de jugements positifs (baromètre C.S.A.- La Vie- France Info). Ni la référence à « l'esprit de mai » qui soufflait un an plus tôt, ni l'agenda pour 2006 présenté le 23 septembre 2003 ne renversèrent cette tendance. Certes, une telle érosion est classique. Poste le plus exposé, celui de Premier ministre est, plus que tout autre, sensible au malaise de l'opinion. Il reste que la cote de popularité de Jean-Pierre Raffarin est descendue à des niveaux que seuls, avant lui, Alain Juppé et Édith Cresson avaient dépassés en des délais brefs. Une série d'événements y ont concouru. Si le principe d'une réforme des retraites était largement accepté au-delà de la droite, la stratégie n'a pas convaincu. L'insuffisance des mesures adoptées pour résoudre définitivement les conséquences du déséquilibre démographique entre cotisants et bénéficiaires mais aussi le sentiment de possibles injustices ont obéré la perception de la réforme votée en 2003. L'importance des manifestations, la division syndicale, la jonction mal maîtrisée avec les projets de réforme de l'Éducation nationale, la permanence des incertitudes pour l'avenir ont fragilisé le Premier ministre. Peu après, au cours de l'été, l'incapacité à apporter une solution au conflit des intermittents du spectacle, qui conduisit à l'annulation de nombreux festivals, fut perçue comme un signe de faiblesse et la marque d'une stratégie sociale peu claire.

Dans ce contexte est intervenu ce qui a été souvent jugé comme une accumulation de maladresses de la part du gouvernement : le déremboursement de certains médicaments, la baisse de la rémunération du livret A, une attitude jugée trop lointaine lors du drame de la canicule, dont le bilan final devait s'élever à quelque 15 000 victimes, l'augmentation du forfait hospitalier, mais aussi les libertés prises avec les règles d'un Pacte de stabilité pourtant voulu par le président de la République en 1996, qui devaient donner l'impression d'une absence de maîtrise des finances publiques, la hausse anticipée des impôts locaux dans le cadre d'une décentralisation incomprise, la baisse plus limitée que prévu des effectifs de la fonction publique, l'augmentation des taxes sur le tabac entraînant une fronde des buralistes, la suppression du jour férié de la Pentecôte comme celle de l'allocation spéciale de solidarité pour les chômeurs en fin de droits, l'annonce puis le retrait sous la pression des manifestants de la réforme des universités, la hausse de la fiscalité sur le gazole annoncée peu après celle d'une baisse de l'impôt sur le revenu, etc., donnèrent le sentiment d'une direction insuffisamment forte de Matignon. De surcroît, pour 67 p. 100 des Français, les réformes profiteraient aux catégories privilégiées (novembre 2003, enquête Sofres-L'Express). S'y sont ajoutées des déclarations malencontreuses sur l'Europe et des attaques contre l'opposition, déplorées au sein même de la majorité. L'échec du référendum sur les institutions en Corse (et, dans une moindre mesure, en Guadeloupe et en Martinique) jeta une ombre sur la capacité du gouvernement à résoudre un problème grave auquel les précédentes équipes n'avaient pas davantage apporté de solution durable. Ces difficultés du gouvernement devaient s'accompagner de dissonances internes, marquées par des annonces de décisions non arbitrées et des fuites. Qu'on s'interroge sur le sort de tel ou tel ministre en difficulté ou sur la succession du Premier ministre lui-même, la perspective d'un remaniement agitait en fin d'année les milieux intéressés ; les avi [...]

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  • : président du Centre d'étude et de réflexion pour l'action politique

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Pour citer l’article

Nicolas TENZER, « FRANCE - L'année politique 2003 », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/france-l-annee-politique-2003/