FRANCE - L'année politique 1996

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Des partis en attente

Les attentes des partis politiques sont directement liées aux futures élections. Plus que jamais, la vie politique tend à être monopolisée par les partis et la Ve république est pleinement devenue un régime de partis. On n'existe pas en dehors d'eux, même s'ils se réduisent souvent à des appareils avec une substance militante modeste, surtout à droite. Ce monopole ne leur est guère contesté, même si leur image dans l'opinion est globalement peu positive. Des francs-tireurs comme Philippe de Villiers, voire les écologistes, ne paraissent plus guère peser.

Pour la majorité, le R.P.R. est verrouillé. Les positions critiques de membres éminents – Philippe Séguin, Charles Pasqua qui reproche au Premier ministre de n'être qu'un directeur de cabinet du président, Édouard Balladur qui marque sa différence lors de chaque initiative présidentielle ou gouvernementale – demeurent individuelles. Au surplus, un armistice semble trouvé à l'automne. Quant à l'U.D.F., Philippe Léotard en devient président, évinçant Alain Madelin comme Valéry Giscard d'Estaing. Il cherche à s'affirmer, mais sans lendemain, en demandant un infléchissement politique qui impliquerait des changements gouvernementaux. Il lui faut compter avec François Bayrou, membre important du gouvernement et leader de Force démocrate, la composante la plus puissante de l'U.D.F. De plus, Alain Madelin, certes minoritaire, reste actif, et « V.G.E. » demeure une sorte d'électron libre.

À gauche, le Parti socialiste entend se présenter comme une force gouvernementale d'alternance. Sous la direction confirmée de Lionel. Jospin, il prépare à son rythme campagne électorale et programme de gouvernement, ce qui le concentre sur ses problèmes internes. Lionel Jospin n'est pas contesté, mais ni Laurent Fabius ni au fond Michel Rocard n'ont renoncé. Le souci de réalisme gouvernemental du P.S. ouvre à gauche un espace politique au Parti communiste, qu'il s'efforce d'occuper sous l'autorité de Robert Hue, confirmé par le XXIXe congrès. Le P.C. veut rééquilibrer la gauche à son profit, accroissant la dynamique de l'élection présidentielle, et participer à un hypothétique futur gouvernement. Il lui faut à cet égard réduire également une nébuleuse de gauche, pouvant rassembler divers dissidents du P.S. – Jean-Pierre Chevènement et ses amis, des trotskistes rassis, des communistes réformateurs, des écologistes gauchisants –, nébuleuse encore en pointillé.

Le Front national conserve sa dimension singulière, en confirmant sa rupture avec le système. Plus que de ses thèmes propres, il s'efforce de tirer profit de la méfiance à l'égard des autres partis. Jean-Marie Le Pen ne renonce pas pour autant à la provocation, affirmant par exemple la différence et l'inégalité des races. Les autres formations réagissent avec autant de vigueur que de maladresse, dont une candidature de Bernard Kouchner à Marseille est un parfait symbole. En donnant l'impression d'une solidarité électorale face au Front national, en organisant désistements ou retraits réciproques, gauche et droite courent le risque de réduire leur compétition à l'insignifiance, et d'avantager le Front national comme seule force d'opposition réelle. Il est vrai que ce parti est désormais gestionnaire municipal et que sa politique pourra, avec le temps, être appréciée suivant ses mérites propres.

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Écrit par :

  • : professeur de droit public à l'université de Paris-II-Panthéon-Assas

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Pour citer l’article

Serge SUR, « FRANCE - L'année politique 1996 », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/france-l-annee-politique-1996/