FRANCE - L'année politique 1996

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Un Parlement mélancolique

La mélancolie parlementaire est d'abord une inquiétude majoritaire, puisque l'opposition ne compte guère. La gauche est réduite à la portion congrue à l'Assemblée, avec l'absence de son principal dirigeant, Lionel Jospin. Le Front national n'a pas d'élu. La majorité occupe seule le terrain, et son principal souci est la prochaine élection législative. Elle redoute d'en sortir étrillée, ou à tout le moins fortement réduite. La suggestion un temps lancée par Alain Juppé d'une réforme proportionnaliste du mode de scrutin, permettant de sauver des sièges, fait long feu. Une majorité plus restreinte et plus soudée aurait été plus efficace. Pour cela, il aurait fallu dissoudre après l'élection présidentielle, mais le président Chirac a en l'occurrence respecté la promesse du candidat.

Cette majorité ne peut certes aller jusqu'à censurer le gouvernement dans le vain espoir de se sauver elle-même. Sa solidarité est garantie par le risque d'une dissolution, toujours possible. Il n'existe pas au demeurant d'alternative en son sein. Ceux qui manifestent leur mauvaise volonté sont plutôt des individus que des groupes. Les « balladuriens », qui étaient majoritaires, sont ralliés ou dispersés ; d'autres, comme Philippe Séguin, président de l'Assemblée, Alain Madelin, réélu après son éviction du gouvernement, François Léotard, devenu président de l'U.D.F., jouent leur jeu propre. Un grognard comme Pierre Mazeaud, symbole d'un soutien protestataire, toujours prêt à faire la leçon aux ministres, est un chiraquien indéfectible. Mais les parlementaires répercutent et traduisent le mécontentement et parfois le désarroi de leurs électeurs.

Une fronde parlementaire larvée se développe, rendue plus visible par l'allongement de la session désormais unique. Elle conduit à un relatif immobilisme législatif, à une tétanisation devant les réformes annoncées, cour d'assises ou impôt sur la fortune par exemple. On est loin de l'enthousiasme qui avait accompagné l'annonce de la réforme de la Sécurité sociale à la fin de 1995, avant que grèves et manifestations ne l'amenuisent. Le gouvernement obtient certes une nouvelle modification constitutionnelle sur les conditions de financement de la Sécurité sociale, mais le cœur n'y est plus.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 7 pages

Écrit par :

  • : professeur de droit public à l'université de Paris-II-Panthéon-Assas

Classification

Voir aussi

Les derniers événements

7-21 octobre 1997 France. Début du procès de Maurice Papon pour crimes contre l'humanité

Maurice Papon, qui a suivi une carrière politique sous la Ve République, est le second Français jugé pour crimes contre l'humanité après le milicien Paul Touvier, condamné le 20 avril 1994. Des révélations parues dans Le Canard enchaîné en mai 1981 avaient abouti au dépôt de premières plaintes, en décembre de la même année, tandis qu'un jury d'honneur disculpait en grande partie Maurice Papon, lui donnant acte des faits de résistance qu'il revendiquait. […] Lire la suite

12-31 décembre 1996 France. Entretien télévisé du président Jacques Chirac

Le 12, le président Chirac participe, sur T.F.1, à un entretien avec cinq journalistes de chaînes privées. Cette intervention était attendue, au moment où l'impopularité du gouvernement d'Alain Juppé atteint des records, activant les divisions au sein du camp présidentiel. Jacques Chirac réaffirme son soutien au Premier ministre et à la politique conduite par celui-ci ; il écarte l'éventualité d'un remaniement ministériel. […] Lire la suite

25-28 juin 1996 France. Demande d'asile de trois membres de la famille Oufkir

Le 25, Maria-Inan Oufkir, la fille du général marocain Mohammed Oufkir, arrive à Paris, en provenance de Madrid, en compagnie de son fils adoptif et d'une parente. Elle réclame l'asile à la France pour des raisons humanitaires. Le général Oufkir se serait donné la mort en août 1972, au lendemain d'une tentative d'attentat contre le roi Hassan II à laquelle il aurait participé alors qu'il était ministre de la Défense. […] Lire la suite

22 juin 1995 France. Présentation du collectif budgétaire

Ces mesures, dont le coût est estimé à près de 46 milliards de francs en année pleine, doivent permettre, selon Alain Juppé, de créer 700 000 emplois d'ici à la fin de 1996. Le plan emploi sera adopté le 29 juillet. Le Premier ministre annonce également l'augmentation de 4 p. 100 du S.M.I.C. à partir du 1er juillet. Afin de maintenir le déficit budgétaire dans la limite de 322 milliards de francs, les dépenses prévues pour 1995 sont réduites de 21,8 milliards, dont 8,4 milliards de coupes pour le seul budget de la Défense. […] Lire la suite

Pour citer l’article

Serge SUR, « FRANCE - L'année politique 1996 », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/france-l-annee-politique-1996/