FRANCE (Histoire et institutions)Naissance d'une nation

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La France barbare : la Gaule mérovingienne (Ve-VIIIe siècle)

Les invasions

C'est une Gaule où les Romains avaient déjà introduit de nombreux Barbares à titre de « fédérés » qui subit les deux grandes ruées de 407 (Germains : Vandales, Suèves, Alains, Alamans) et de 451 (Huns d'Attila arrêtés aux champs Catalauniques) ; les Wisigoths s'installent dans le Midi à partir de 412, les Burgondes dans l'Est après 457 ; la branche salienne des Francs, établie à Tournai dans le troisième quart du ve siècle, rassemble sous Clovis, vers 481-511, toute la Gaule (victoire sur le « romain » Syagrius, sur les Thuringiens et les Alamans, et surtout sur les Wisigoths à Vouillé en 507), à l'exception de la Provence occupée par les Ostrogoths d'Italie après Vouillé. Le trésor barbare de Pouan (Aube) est celui d'un prince goth allié d'Aetius contre Attila. Les « Huns » de Pont-l'Abbé en Bretagne sont probablement des mercenaires d'Aetius, plutôt que des soldats d'Attila. Les Alains, Alamans, Goths, Marcomans, Sarmates, qui ont peut-être laissé des traces dans la toponymie française, étaient sans doute des hôtes soldats-laboureurs installés par Rome avant les Grandes Invasions.

De même, si les envahisseurs ont souvent brûlé, pillé, détruit, massacré, la régression que la Gaule comme l'ensemble de l'Occident a connue pendant cette période avait débuté sous le Bas-Empire : affaiblissement démographique, déclin urbain, ralentissement du commerce et de la circulation monétaire, relâchement de l'activité culturelle. Le provincialisme économique et intellectuel avait d'ailleurs favorisé un mouvement de révolte politique surtout nourri de revendications sociales : paysans et pauvres, que les textes dépeignent comme des brigands, avaient ranimé après 406 la grande révolte gauloise du iiie siècle contre Rome, ou bagaude. Pourtant, malgré des affrontements sanglants et des ruées dévastatrices, l'installation des Barbares se fit surtout par lentes infiltrations et plus ou moins pacifiquement. La documentation concernant la période qui s'étend entre le ve et le viiie siècle est si pauvre, notamment pour la Gaule, qu'on ne peut guère avancer que des hypothèses et que les estimations quantitatives sont impossibles ou très sujettes à caution.

Il semble certain que les Barbares étaient peu nombreux. Aucun des peuples germaniques qui s'installèrent en Gaule ne devait compter plus de cent mille personnes, alors que la population gallo-romaine approchait sans doute de dix millions.

Malgré l'attrait que la civilisation romaine exerçait sur eux, les Germains conservèrent ou acquirent un sentiment de supériorité et menèrent une vie à part, à cause surtout de leur caractère minoritaire et de leur suprématie militaire – l'armement barbare (et en particulier l'épée longue) ayant triomphé de l'armement romain. La personnalité des lois – chaque peuple conservant sa législation – tend à perpétuer la ségrégation. Les Francs cependant ne semblent pas l'appliquer avec autant de rigueur que les Goths ou les Lombards. Les Mérovingiens ouvrirent la carrière militaire aux Gallo-Romains et leur permirent le port d'armes. Ils tolérèrent les mariages mixtes, prohibés par la loi romaine.

Plus que la femme, c'est la condition sociale et la religion qui amenèrent une certaine fusion entre les peuples. Les chefs francs accaparèrent de vastes étendues de terre, mais ces acquisitions durent souvent se faire sans trop de heurt, car la pratique de l'hospitalité qui accordait aux Barbares fédérés un ou même deux tiers des terres (et probablement des esclaves) avait habitué les Gallo-Romains à ces partages. Il reste que l'aristocratie franque ajouta à sa fonction militaire son nouvel état de propriétaire de grands domaines. Les Francs devinrent ainsi solidaires de l'aristocratie gallo-romaine et partisans du conservatisme social.

Expansion du christianisme

Le coup de maître de Clovis – sa conversion au catholicisme – ne fit pas seulement des Francs les fils chéris de l'Église romaine face aux autres Barbares païens ou ariens, elle facilita l'uniformisation de la culture, des croyances, des comportements, des mentalités. Mais cett [...]

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Jacques LE GOFF, « FRANCE (Histoire et institutions) - Naissance d'une nation », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/france-histoire-et-institutions-naissance-d-une-nation/