FRANCE (Histoire et institutions)Naissance d'une nation

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Si la Gaule romaine peut apparaître avec le recul des siècles comme une ancêtre de la France, les territoires qui devaient constituer celle-ci ne formèrent que lentement, au cours du Moyen Âge, la préfiguration de son entité nationale. Divisée au lendemain des grandes invasions du ve siècle entre Wisigoths, Burgondes, Francs et Alamans – les Bretons demeurant à part –, englobée sous Charlemagne dans un ensemble qui la débordait largement, comprimée ensuite à l'est par la Lotharingie et l'Empire tout en étant incertaine de ses frontières du côté du Roussillon au sud et de la Flandre au nord, menacée à la fin du Moyen Âge d'être absorbée dans un royaume anglo-français à dominante anglaise, la France a cependant acquis, entre le ve et le xvie siècle, son nom, sa cohésion, sa conscience nationale. Si les Francs, qui au vie siècle ont réalisé à leur profit l'union des territoires situés entre Rhin, Alpes, Méditerranée, Pyrénées et Atlantique, ont donné leur nom à la future nation, il faut attendre les partages de l'empire de Charlemagne au ixe siècle pour que la Francia occidentalis – la Francie occidentale – soit la seule à porter ce nom. Encore n'est-ce qu'au début du xiiie siècle que le roi des Francs devient officiellement roi de France. Le sentiment national sera encore plus lent à s'affirmer. On en fait traditionnellement remonter la première manifestation à la mobilisation des armées seigneuriales derrière Louis VI contre l'empereur germanique (1124). Ce n'est pourtant qu'au début du xive siècle qu'on parle de la « nation de France » ; et ce n'est qu'après le conflit opposant Philippe IV le Bel au pape Boniface VIII dans les premières années du xive siècle, et surtout au long de la guerre de Cent Ans, que se forge le sentiment national français. Si, dès le viie siècle, on rencontre dans la Chronique de Frédégaire la légende de l'origine troyenne des Francs, cette mythologie dynastique et nationale ne se répand qu'après avoir été adoptée par les auteurs carolingiens, puis par les chroniqueurs de Fleury-sur-Loire et de Saint-Denis, comme l'atteste au début du xiiie siècle l'historien de Philippe Auguste, le moine Rigord, dans ses Gesta Philippi Augusti (1179-1208). C'est également au cours du Moyen Âge que la France surmonte sa division entre un Nord et un Midi dont les langues différentes – langue d'oïl (ou d'oui) et langue d'oc – expriment une opposition nourrie de traditions anciennes. Enfin, pendant cette période, la France atteint un haut degré de prospérité et de prestige ; un effort décisif de défrichements conquiert à la culture de vastes étendues et le réseau des villages et des villes se met en place.

France : drapeau

Dessin : France : drapeau

France (1789 ; off. 1794). Sans remonter aux couleurs du manteau de saint Martin, de l'oriflamme de saint Denis et de la robe de la Vierge Marie, on peut dire que depuis fort longtemps le blanc était la couleur de la royauté, le bleu et le rouge celles de Paris (dès 1358, l'écu de la Ville... 

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Charlemagne

Photographie : Charlemagne

Charlemagne (742-814), roi des Francs (768) puis empereur d'Occident (800). 

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Les principales expressions de cet essor de la France médiévale sont le chiffre de sa population (probablement 21 millions d'habitants sur 39 pour l'Europe de la chrétienté romaine au début du xive siècle), la part qu'elle prend aux croisades (Guibert de Nogent en écrira une histoire intitulée Gesta Dei per Francos : hauts faits de Dieu accomplis par l'intermédiaire des Francs ou Français) et son rayonnement intellectuel et artistique : dès la fin du xiie siècle, on considère que le centre de la science et de la culture – la clergie – s'est déplacé d'Athènes et de Rome vers la France et surtout Paris, dont l'Université éclipse au xiiie siècle tous les autres foyers intellectuels ; l'art gothique est avant tout un art français et a failli s'appeler ainsi.

Toutefois, la France médiévale n'a connu ni le prestige impérial, ni les progrès politiques et sociaux des institutions anglaises, ni l'éclat de la civilisation urbaine italienne. Et, à la fin de la période, les épreuves de la guerre de Cent Ans mettent en évidence sa vulnérabilité et la fragilité de son être national.

La France barbare : la Gaule mérovingienne (Ve-VIIIe siècle)

Les invasions

C'est une Gaule où les Romains avaient déjà introduit de nombreux Barbares à titre de « fédérés » qui subit les deux grandes ruées de 407 (Germains : Vandales, Suèves, Alains, Alamans) et de 451 (Huns d'Attila arrêtés aux champs Catalauniques) ; les Wisigoths s'installent dans le Midi à partir de 412, les Burgondes dans l'Est après 457 ; la branche salienne des Francs, établie à Tournai dans le troisième quart du ve siècle, rassemble sous Clovis, vers 481-511, toute la Gaule (victoire sur le « romain » Syagrius, sur les Thuringiens et les Alamans, et surtout sur les Wisigoths à Vouillé en 507), à l'exception de la Provence occupée par les Ostrogoths d'Italie après Vouillé. Le trésor barbare de Pouan (Aube) est celui d'un prince goth allié d'Aetius contre Attila. Les « Huns » de Pont-l'Abbé en Bretagne sont probablement des mercenaires d'Aetius, plutôt que des soldats d'Attila. Les Alains, Alamans, Goths, Marcomans, Sarmates, qui ont peut-être laissé des traces dans la toponymie française, étaient sans doute des hôtes soldats-laboureurs installés par Rome avant les Grandes Invasions.

De même, si les envahisseurs ont souvent brûlé, pillé, détruit, massacré, la régression que la Gaule comme l'ensemble de l'Occident a connue pendant cette période avait débuté sous le Bas-Empire : affaiblissement démographique, déclin urbain, ralentissement du commerce et de la circulation monétaire, relâchement de l'activité culturelle. Le provincialisme économique et intellectuel avait d'ailleurs favorisé un mouvement de révolte politique surtout nourri de revendications sociales : paysans et pauvres, que les textes dépeignent comme des brigands, avaient ranimé après 406 la grande révolte gauloise du iiie siècle contre Rome, ou bagaude. Pourtant, malgré des affrontements sanglants et des ruées dévastatrices, l'installation des Barbares se fit surtout par lentes infiltrations et plus ou moins pacifiquement. La documentation concernant la période qui s'étend entre le ve et le viiie siècle est si pauvre, notamment pour la Gaule, qu'on ne peut guère avancer que des hypothèses et que les estimations quantitatives sont impossibles ou très sujettes à caution.

Il semble certain que les Barbares étaient peu n [...]

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France : drapeau

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L'Empire de Charlemagne

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800 à 900. Déclin des empires

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Jacques LE GOFF, « FRANCE (Histoire et institutions) - Naissance d'une nation », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/france-histoire-et-institutions-naissance-d-une-nation/