FRANCE (Arts et culture)Les Français en question

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La culture

Si la langue est le vêtement le plus intime d'un Français, la culture française est le pardessus qui lui tient chaud ou lui confère les apparences de la respectabilité. Le Français idéal est un homme cultivé. C'est ce qui fait en grande partie son charme aux yeux des étrangers instruits, car l'Anglais idéal (le gentleman amateur de sports et de chasse), avec toute sa politesse et son respect d'autrui, n'a nul besoin de lire des livres. L'Américain idéal a toujours été le pionnier qui fait fortune et il n'est même pas nécessaire qu'il sache parler (encore moins écrire) correctement ; lorsqu'il lègue sa fortune à une université, c'est souvent parce qu'il sent qu'il y a là un mystère que rien dans son expérience ne lui permet de comprendre.

Il fut un temps où la culture française était un moyen d'échapper à la barbarie, au paganisme, à un provincialisme étroit. Les livres, le théâtre, la poésie étaient son domaine d'élection. Mais les critères du bon goût sont maintenant considérés par certains comme dépassés et l'idée même qu'il puisse exister de tels critères est contestée. Une nouvelle conception de la culture se fait jour. Elle aurait pour fonction de défendre l'individu et les groupes les plus vulnérables contre l'homogénéisation croissante imposée par les médias contre la passivité du spectateur devant son téléviseur ; elle veut stimuler les individualités, exprimer dans son infinie variété la créativité que chaque être humain recèle en puissance. Elle refuse toute tentative de couler cette créativité dans des moules préétablis. D'autre part, la culture tend à être considérée comme un moyen de donner naissance à des formes originales de sensibilité et de rassembler, grâce à l'enthousiasme partagé qu'ils éprouvent pour des formes nouvelles, des individus issus de groupes sociaux différents. Il y aurait là un équivalent moderne des carnavals traditionnels et autres fêtes médiévales, à cela près qu'au lieu de répéter des rites coutumiers la fête moderne invite chacun à s'inventer son propre amusement à exprimer ses idées à lui. Cette conception s'oppose à l'idée ancienne que la France était, dans le domaine culturel, un pays païen qui avait grand besoin de missionnaires pour le convertir. Jadis, la culture française apprenait aux gens ce qu'il fallait savoir. La culture de maintenant incite chacun à choisir ce qu'il veut vivre : elle n'est plus une éducation mais un vécu. Elle ne forme plus un tout cohérent.

D'ailleurs, les fondements mêmes que l'enseignement donnait à une culture spécifiquement française sont soumis à un travail de sape. Ils consistaient en une solide base d'études littéraires, couronnée par l'initiation à la rhétorique et à la philosophie. Ce système produisait des hommes à l'esprit distingué, capables d'écrire et de parler avec aisance, éloquence même, pourvus de ce talent si particulier pour mettre les idées en ordre qui réduit toutes les complexités du réel à une argumentation en trois parties que parachève une conclusion ; et ils avaient ce brin de raffinement qui venait, comme un parfum, ajouter charme et sophistication à leur logique. Mais le nombre de gens qui bénéficiaient de cette éducation jusqu'au bout était, en fait, infime (moins de 1 p. 100 avant 1900). Aujourd'hui, les sections philosophiques et littéraires du baccalauréat ne couronnent qu'un cinquième des candidats heureux. Il s'ensuit que seuls 5 p. 100 des Français quittent l'école avec en poche leur passeport pour la république des lettres. Ce n'est pas à la culture française, mais à la civilisation scientifique internationale que sont initiés les élèves les plus ambitieux et souvent les plus doués. Certes, la formation technologique ouvre en général l'accès à des postes plus élevés si elle s'agrémente d'un vernis littéraire, le technocrate pourvu d'une culture traditionnelle jouissant d'un prestige supplémentaire ; mais la nation dans son ensemble reste indéniablement fermée aux valeurs littéraires que tentent de propager les professeurs. Racine est sans doute incompréhensible à la majorité des Français, et les bandes dessinées ont plus de lecteurs que Proust. Par voie de conséquence, dans les professions libérales, la différence entre les Français et les étrangers s'amenuise. L'organisation des universités n'est apparemment pas la même qu [...]

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Pour citer l’article

Theodore ZELDIN, « FRANCE (Arts et culture) - Les Français en question », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/france-arts-et-culture-les-francais-en-question/