FRANCE (Arts et culture)La langue française

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Histoire

Du latin au français

L'histoire du français, langue romane, commence au latin, non pas au latin classique mais au latin « vulgaire » ou « populaire » ou encore « roman commun » : on appelle ainsi ce que l'on suppose avoir été la langue parlée dans la partie occidentale de l'Empire romain. De l'ancienne langue celtique gauloise, qui n'était pas écrite, il n'est resté que quelques mots. Les invasions germaniques en Gaule entraînent, avec le morcellement et la faiblesse du pouvoir politique, la ruine des lettres et des études latines et une accélération de l'évolution qui fait éclater le gallo-roman en dialectes multiples répartis en deux groupes principaux : le groupe d'oïl au nord et le groupe d'oc au sud. En même temps, un nombre assez important d'éléments germaniques pénètrent dans la langue.

L'ancien français s'est constitué dans le domaine d'oïl. Ses caractères dominants sont ceux des variétés écrites et parlées en Île-de-France, par suite de circonstances historiques et politiques (unification du pays par les rois de France autour de Paris, leur capitale).

Le premier texte en langue romane qui nous soit parvenu est celui des Serments de Strasbourg (842). Depuis la conquête de César, en 51 avant J.-C., huit siècles se sont écoulés, pendant lesquels le latin parlé par les colonisateurs romains s'est profondément transformé. Toutefois, on ignore presque tout des modalités et des phases de cette évolution.

L'ancien français

La situation linguistique

La période qui s'étend du xe au xiiie siècle voit s'établir puis s'effondrer la féodalité. Chrétienne, diversifiée et fortement hiérarchisée, guerrière, agricole et campagnarde plus qu'urbaine, telle est la société féodale.

Tout au long de son histoire, l'unification linguistique de la France est liée à son unification politique et aux progrès de la centralisation. La cour du roi, fixée à Paris, est malgré quelques éclipses une des plus brillantes ; la capitale doit aussi son rayonnement intellectuel à ses écoles et à son Université. La centralisation de l'administration et du pouvoir judiciaire va dans le même sens – à partir du xiiie siècle, la justice royale s'affirme aux dépens des juridictions seigneuriales ou ecclésiastiques. Aussi, il semble bien que se soient élaborées très tôt dans le domaine d'oïl des variétés écrites communes, scripta administrative, koïne littéraire, plus ou moins fortement teintées de traits dialectaux selon les époques et les régions, mais intelligibles dans tout le Nord et ne s'identifiant à aucun dialecte localement parlé. Au xiie siècle, la langue des œuvres littéraires présente des différenciations provinciales : normandes (Béroul), picardes (Jean Bodel) ou champenoises (Villehardouin, Chrétien de Troyes). Au xiiie siècle, de nombreux témoignages montrent le prestige et l'influence croissante de l'ancien français « commun », illustrée à partir de 1276 par l'immense succès du Roman de la Rose. De même, les scriptae régionales perdent au fil du temps leurs traits dialectaux. Ce que l'on a appelé le francien, à la suite des romanistes de la fin du xixe siècle, semble finalement ne pas avoir existé en tant que langue parlée en Île-de-France mais correspondrait plutôt à la scripta de cette région. Le dialecte local réellement parlé dans les milieux populaires nous reste peu ou prou inconnu. Dans le Midi, la situation linguistique générale présente la même organisation ; mais l'occitan comme langue littéraire dépérit après la croisade des Albigeois (xiiie s.) ; la scripta provençale résistera un peu plus longtemps. Et le domaine d'oc restera fractionné en de multiples parlers locaux.

La période d'équilibre classique de l'ancien français se situe aux xiie et xiiie siècles. C'est surtout cet état de langue qui est décrit ici.

Une langue colorée et harmonieuse

Le lexique de l'ancien français, en harmonie avec la société médiévale, est dans l'ensemble concret et technique, c'est-à-dire tourné vers les réalités rurales ou guerrières et la vie pratique ; d'autre part, le système féodal et le monde courtois font naître un vocabulaire indiquant des rapports hiérarchiques ou aristocratiques complexes.

À partir d'un fonds primitif provenant du roman commun, auquel s'ajoutent un faible substrat gaulois et un superstrat germanique plus important, ce lexique se développe beaucoup par dérivation. La dérivation régressive est un procédé très productif jusqu'au xviie siècle (par exemple, acointer donne acoint ou acointe). Quant aux formes suffixées, leur variété est impressionnante, mais elles ne sont pas spécialisées sémantiquement et les doublets prolifèrent (abit, abitage, abitement, abitance, abitail signifient tous habitation, mot savant qui les a remplacés). Dès cette époque, le vocabulaire savant commence à se « relatiniser », mais les termes empruntés sont francisés selon les schémas phoniques et morphologiques de l'ancien français. Coexistent aussi des synonymes issus de dialectes différents. Richesse et diversité morphologique, telles sont donc les caractéristiques du vocabulaire médiéval.

L'accent tonique, extrêmement fort en latin vulgaire et jusqu'au xie siècle, est responsable d'une véritable érosion phonétique qui ruine les flexions et réduit la plupart des mots à une ou deux syllabes (par exemple, oculum > œil ; hospitem > hôte). Les voyelles qu'il frappait se sont conservées du latin au français, mais elles ont été diphtonguées ; l'abondance et la variété de ces diphtongaisons qui vont peu à peu disparaître au cours de l'évolution, opposent l'ancien français aux autres langues romanes. Les voyelles initiales, frappées par un accent secondaire, ont moins évolué. Presque toutes les voyelles inaccentuées ont disparu. Les consonnes ont eu tendance à s'amuïr entre les voyelles et en position finale ; les groupes consonantiques se sont réduits.

Avec ses nuances vocaliques nombreuses, son [ə] (e sourd) caractéristique de l'évolution du français (il provient surtout du a final latin qui se rencontrait dans les substantifs féminins de la première déclinaison, et il devient ainsi la marque du féminin français), avec ses consonnes simples (les groupes consonantiques, nombreux dans la plus ancienne langue, sont en voie de disparition), l'ancien français donnait une impression générale de douceur, attestée par des témoignages de l'époque.

La graphie, quoique très fluctuante, est assez simple et phonétique.

Les transformations qui, sur le plan du système morpho-syntaxique, mènent du latin vulgaire à l'ancien français puis au moyen français s'expliquent en partie par l'action déstructurante de l'évolution phonétique, tantôt comp [...]

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Pour citer l’article

Gérald ANTOINE, Jean-Claude CHEVALIER, Loïc DEPECKER, Françoise HELGORSKY, « FRANCE (Arts et culture) - La langue française », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/france-arts-et-culture-la-langue-francaise/