FRANC FRANÇAIS

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Le franc germinal

Les origines

Les institutions monétaires mises en place en 1803 créent un nouveau système d'émission monétaire. Certes, l'Ancien Régime avait déjà su organiser un étalon bimétalliste or et argent stable. La dernière mutation réelle (changement du pair métallique de l'unité monétaire) intervenue en octobre 1785 (sous le ministère Calonne) porte à 15,5 pour 1 le rapport légal de l'argent à l'or.La loi du 17 germinal an XI (7 avril 1803) l'entérine purement et simplement, et ce rapport reste stable jusqu'en 1878. Aux termes de la nouvelle loi monétaire, le franc contient donc, de façon équivalente, soit 4,50 grammes d'argent fin, soit 0,290 322 5 grammes d'or pur. Il en résulte que le kilogramme d'argent fin vaut légalement 222,22 francs et le kilogramme d'or pur 3 444,44 francs ; concrètement, le kilogramme d'argent au titre de 9/10 se vend à l'Hôtel des monnaies 200 francs (moins 3 francs de frais de fabrication), le kilogramme d'or à 9/10 de fin 3 100 francs (moins 9 francs de frais de fabrication).

Selon la quantité d'or fin légalement contenue dans les principales monnaies étrangères, on déduit le pair de la livre sterling à Paris (25,221 5 francs à partir de 1816), du dollar (5,182 5 F à partir de 1900), etc. Ces taux de change fixes servent de référence stable au système monétaire international pendant le xixe siècle jusqu'à la Première Guerre mondiale.

Le régime d'émission

L'introduction de mesures rationnelles représente une innovation majeure des révolutionnaires dans le régime d'émission. Le choix de nouvelles unités ainsi que la dénomination matérielle des espèces monétaires à leur valeur faciale mettent fin au système archaïque du dualisme et aux mutations nominales qu'il autorisait.

On n'en est pas à la première tentative pour faire coïncider l'unité monétaire et l'unité de compte. En 1360, Jean le Bon fait frapper une pièce d'or dite rex francorum ou « franc », au cours d'une livre tournois. Il n'en subsiste que l'équivalence des dénominations dans la mémoire collective (franc et livre deviennent synonymes). Plus tard, Law fait imprimer sur les billets de la Banque royale (4 décembre 1718) la valeur faciale de 1 000, 100 ou 10 livres tournois, mais l'initiative reste sans lendemain. Puis, la loi du 7 avril 1795 rend obligatoire le système métrique, imposant notamment la mesure des poids en kilogrammes et celle du titre des métaux en millièmes de fin. La loi du 10 avril 1795 baptise l'unité monétaire franc et ses divisions décime et centime. Enfin, la loi du 6 mai 1799 adopte l'équivalence entre l'unité monétaire et l'ancienne unité de compte (1 franc devient égal à 1 livre tournois).

La loi du 17 germinal an XI, synthétisant toutes ces innovations, énonce donc : « Cinq grammes d'argent, au titre de 9/10 de fin, constitue l'unité monétaire, qui conserve le nom de franc. » Les pièces d'argent de 1/4, 1/2, 3/4, 1, 2, et 5 francs porteront l'empreinte intangible de leur valeur nominale respective, de même que les pièces d'or de 20 francs à 9/10 de fin (frappées à la taille de 155 au kilogramme) et celles de 40 francs (à la taille de 77 1/2).

Dans l'usage, l'ancien louis d'or continue d'être reçu pour 24 francs et l'écu pour 6 francs jusqu'à leur démonétisation définitive en 1834. Les vieilles dénominations subsistent aussi dans les esprits et on désigne encore longtemps, comme dans le compte en livres tournois désormais disparu, le franc par « vingt sous » et 5 francs par « cent sous ». Malgré tout, le dualisme et les mutations nominales ont vécu ; seules subsistent les possibilités de dévaluation-réévaluation de la monnaie nationale (unité de compte et unité monétaire) par rapport à l'étalon et aux monnaies étrangères.

La diversification des formes monétaires

La diversification des formes monétaires et la multiplication de leur quantité en circulation sont des soucis constants en période de croissance économique. La disette relative de numéraire est perçue comme préjudiciable aux « besoins légitimes des affaires », d'autant plus que les paiements au comptant se multiplient.

Très tôt, on développe, avec plus ou moins de succès, l'émission de papier-monnaie : les billets de monnaie (1701-1712), ceux de la Banque royale (1718-1720), les reconnaissances à vue de la Caisse d'escompte (de 1776 à la Révolution), enfin les assignats (dans leur seconde phase de 1793 à 1796). En fait, à part les billets de la Caisse d'escompte, il ne s'agit guère que d'expédients financiers auxquels avait recours le Trésor d'un État au bord de la banqueroute dans des périodes de crise aiguë.

À l'époque, le succès d'une émission de papier-monnaie, en contrepartie de l'escompte des lettres de change et de billets à ordre, ne peut être assuré que par une banque privée. Or la France ne connaît au début du xixe siècle qu'un marché de l'escompte balbutiant, peu de banques de dépôt et pas de banque centrale. La percée des banques d'escompte ne commence à Paris qu'en 1796, notamment avec la Caisse des comptes courants, la Caisse d'escompte du commerce et une demi-douzaine d'autres établissements de moindre importance. En 1800, la Banque de France, avec laquelle la Caisse des comptes courants a fusionné, émet de grosses coupures (de 500 et 1 000 francs) que le Trésor accepte en échange du droit à lui demander des avances provisoires. À l'initiative de Bonaparte, Premier Consul, lui-même actionnaire, la Banque de France reçoit le « privilège exclusif d'émettre des billets » à Paris, par la loi du 24 germinal an XI (14 avril 1803), pour une durée de quinze ans. La loi du 22 avril 1806 organise une tutelle plus étroite de l'État sur la banque, en échange d'une prorogation de son privilège d'émission, et un décret de 1808 lui permet de créer des comptoirs d'escompte « dans toutes les villes de départements où les besoins du commerce en feront sentir la nécessité ». De tels comptoirs sont effectivement ouverts à Lyon, à Rouen, puis à Lille, élargissant quelque peu la circulation des billets de la banque en province.

Il n'empêche que la progression des billets dans le règlement des transactions est des plus lentes. L'émission n'est pas statutairement limitée, mais la banque, par prudence, la couvre au moins au tiers par sa réserve métallique. Malgré les brèves crises de liquidité de 1805 et 1814 qui entraînent les limitations partielles des possibilités de retrait, les billets de la banque restent librement convertibles.

Enfin, la présence des dépôts à vue dans la masse monétaire demeure, jusqu'en 1914, tout à fait symbolique, reflétant largement l'état embryonnaire du marché monétaire et du droit cambiaire.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 15 pages


Médias de l’article

Masse monétaire de 1814 à 1913

Masse monétaire de 1814 à 1913
Crédits : Encyclopædia Universalis France

tableau

Masse monétaire de 1913 à 1944

Masse monétaire de 1913 à 1944
Crédits : Encyclopædia Universalis France

tableau

Prix et change dans l'entre-deux-guerres

Prix et change dans l'entre-deux-guerres
Crédits : Encyclopædia Universalis France

graphique

Conférence monétaire internationale, 1931

Conférence monétaire internationale, 1931
Crédits : Topical Press Agency/ Hulton Archive/ Getty Images

photographie

Afficher les 5 médias de l'article


Écrit par :

  • : professeur de sciences économiques à l'université de Bordeaux-IV-Montesquieu, directeur du Groupe de recherche en analyse et politique économiques, unité mixte du C.N.R.S. 5113

Classification

Autres références

«  FRANC FRANÇAIS  » est également traité dans :

MONNAIE MÉTALLIQUE EN FRANCE - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Pascal BURESI
  •  • 396 mots

310 Le premier solidus (sou), pièce d'or, est frappé à Trèves et s'impose en Occident pour près d'un demi-millénaire.864 Édit de Pîtres. Pour contrôler la frappe, Charles le Chauve limite à dix le nombre d'ateliers monétaires.1018 La Catalogne, ancienne province franque de l'Empire carolingien, renoue av […] Lire la suite

BILLON

  • Écrit par 
  • Jean DÉRENS
  •  • 700 mots

Terme qui désigne les monnaies de métal vil, ou de métal précieux dont le titre est très fortement altéré. Les monnaies de billon ne doivent leur pouvoir libératoire qu'à la confiance du public et leur valeur intrinsèque est toujours très inférieure à leur valeur nominale. Le terme est le plus généralement appliqué aux monnaies divisionnaires qui souffrent le plus des crises monétaires et de l'usu […] Lire la suite

BIMÉTALLISME

  • Écrit par 
  • P. SCHAEFER
  •  • 442 mots

Système monétaire qui combine deux étalons, or et argent. La loi du 7 germinal an XI (28 mars 1803), qui instituait en France un système bimétalliste, fixa les trois conditions nécessaires à un tel système : un rapport légal fixe entre les deux métaux, l'or ayant une valeur 15,5 fois supérieure à celle de l'argent, l'attribution à chacun des deux métaux du pouvoir libératoire illimité et la frappe […] Lire la suite

CHANGE - L'intégration monétaire européenne

  • Écrit par 
  • Christian BORDES
  •  • 14 239 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « La prise du pouvoir monétaire par la Bundesbank et l'Europe monétaire en crise »  : […] Un calendrier précis est fixé pour le passage à la monnaie unique. La première étape entre en vigueur le 1 er  juillet 1990 pour s'achever le 1 er  janvier 1994. « Les États membres [y] considèrent leurs politiques économiques comme une question d'intérêt commun et les coordonnent au sein du Conseil [...] . Afin d'assurer une coordination plus étroite des politiques économiques et une convergence […] Lire la suite

CHANGES CONTRÔLE DES

  • Écrit par 
  • Georges BLUMBERG
  •  • 734 mots

Mesures prises par un gouvernement pour réglementer l'achat et la vente de monnaies étrangères par ses ressortissants. C'est à la suite des grands déséquilibres économiques et financiers provoqués par la Première Guerre mondiale que de nombreux États ont été amenés à limiter, voire à supprimer, la liberté des transactions en monnaies étrangères. Ces restrictions répondent à plusieurs buts. – Sur l […] Lire la suite

CHARLES V LE SAGE (1337-1380) roi de France (1364-1380)

  • Écrit par 
  • Jean FAVIER
  •  • 1 593 mots
  •  • 1 média

Roi de France. Fils aîné de Jean II le Bon et de Bonne de Luxembourg, le futur Charles V fut le premier fils de France à porter le titre de dauphin de Viennois, en même temps que celui de duc de Normandie. Présent aux côtés de son père pendant la bataille de Poitiers, il dut ensuite, comme lieutenant du roi, puis comme régent, gouverner le royaume pendant la captivité du roi Jean. C'est alors que […] Lire la suite

CINQUIÈME RÉPUBLIQUE - La période gaullienne (1958-1969)

  • Écrit par 
  • Pierre BRÉCHON
  •  • 8 841 mots
  •  • 19 médias

Dans le chapitre « Le bilan »  : […] Pendant près de onze années de pouvoir, le plus important pour le général de Gaulle a toujours été de mettre en valeur la grandeur de la France, de faire preuve d'indépendance dans le concert des nations et de refuser l'alignement atlantique. Toutes les politiques conduites l'ont été pour affirmer la puissance française, aussi bien en matière économique qu'en ce qui concerne l'Europe, la défense o […] Lire la suite

CINQUIÈME RÉPUBLIQUE - La période post-gaullienne (1969-1981)

  • Écrit par 
  • Pierre BRÉCHON
  •  • 6 876 mots
  •  • 5 médias

Dans le chapitre « Les élections législatives de 1973 »  : […] De plus en plus critique à l'égard des politiques initiées par Jacques Chaban-Delmas, Georges Pompidou choisit un nouveau Premier ministre en juillet 1972, qui devra conduire la majorité dans la bataille législative de mars 1973. Il nomme Pierre Messmer, un gaulliste fidèle, longtemps ministre des Armées du général de Gaulle, qui ne développera pas de politique personnelle. Le nouveau gouvernemen […] Lire la suite

DÉVALUATION POINCARÉ

  • Écrit par 
  • Francis DEMIER
  •  • 267 mots

La France connaît un regain d'inflation au lendemain de la Première Guerre mondiale. L'augmentation des prix, constante, a été alimentée par la spéculation contre le franc, elle-même liée à la faible confiance des détenteurs de capitaux à l'égard des gouvernements et de leur capacité à stabiliser la monnaie. La chute du franc sur le marché des changes précède ainsi la hausse des prix intérieurs. L […] Lire la suite

DOLLAR

  • Écrit par 
  • Dominique LACOUE-LABARTHE
  •  • 11 211 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « La position internationale du dollar »  : […] Débiteurs envers le reste du monde de 3,6 milliards de dollars en 1913, les États-Unis sont créditeurs d'un montant équivalent en 1919 et leurs réserves d'or ont crû de 1,2 milliard à 2,5 milliards de dollars. Le pays ne modifie pas son régime d'étalon, ni son taux de change. Les conférences réunies à Bruxelles (1920) puis à Gênes (1922) prônent le retour à l'étalon or pour les pays qui ont des ré […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

20-22 décembre 2019 Côte d'Ivoire – France. Visite du président français Emmanuel Macron en Côte d'Ivoire.

Du 20 au 22, le président français Emmanuel Macron effectue sa deuxième visite dans le pays depuis son élection. Il participe au dîner de Noël avec les soldats français du camp militaire de Port-Bouët et rend hommage aux neuf militaires français tués à Bouaké en novembre 2004, sous la présidence de Laurent Gbagbo, dans un bombardement de l’aviation ivoirienne. […] Lire la suite

22-23 août 1998 France – Iran. Visite du chef de la diplomatie française en Iran

Les 22 et 23, Hubert Védrine effectue la première visite d'un ministre français des Affaires étrangères en Iran depuis 1991, année où fut assassiné à Paris le dernier Premier ministre du shah, Chapour Bakhtiar. En février, l'Union européenne avait décidé de reprendre le dialogue à haut niveau avec Téhéran – amorcé en 1992 –, dix mois après la crise provoquée par la mise en cause de l'Iran par un tribunal allemand dans l'assassinat de Kurdes, à Berlin, en 1997, et neuf mois après l'élection du réformateur Mohamad Khatami à la présidence de l'État iranien. […] Lire la suite

5-6 décembre 1996 France – Afrique. Sommet de Ouagadougou

Jacques Chirac et les vingt-deux chefs d'État africains abordent le thème de la « bonne gouvernance » qui consiste notamment, selon le président français, à bien utiliser l'aide publique au développement. L'essentiel des débats porte sur la situation dans la région des Grands Lacs : la nécessité de l'envoi d'une force d'intervention humanitaire et de l'organisation d'une conférence internationale sur le sujet est notamment réaffirmée par tous les participants, excepté le Rwanda. […] Lire la suite

11 janvier 1994 Afrique. Dévaluation du franc CFA

), les dirigeants des quatorze États africains appartenant à la zone franc (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Centrafrique, Comores, Congo, Côte d'Ivoire, Gabon, Guinée équatoriale, Mali, Niger, Sénégal, Tchad, Togo), réunis à Dakar, annoncent la dévaluation de 50 p. 100 du franc CFA et de 25 p. 100 du franc comorien. La parité du franc CFA par rapport au franc français était inchangée depuis 1948. […] Lire la suite

2-26 août 1993 C.E.E. Répercussions de la crise du S.M.E. sur l'Union monétaire et les relations franco-allemandes

) dont le franc français, le comité monétaire de la C.E. décide d'élargir la marge de fluctuation de chaque monnaie autour de son cours pivot au sein duS.M.E.. Il s'agit de la troisième – et de la plus grave – attaque contre le S.M.E., après celles de septembre 1992 et de janvier 1993. Cette mesure, qui autorise implicitement le flottement interne des monnaies au sein du S. […] Lire la suite

Pour citer l’article

Dominique LACOUE-LABARTHE, « FRANC FRANÇAIS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/franc-francais/