FORMALISME (arts)

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Aux origines du formalisme

D'un point de vue historique, le formalisme, tel qu'il s'est constitué en Allemagne dans le sillage de l'esthétique kantienne, ou suivant celle d'un de ses interprètes, Johann Friedrich Herbart (1776-1841), implique une réflexion aiguë, voire critique, sur la représentation du réel. De ce fait, le formalisme accompagne l'insurrection des avant-gardes contre les conventions « réalistes » ou « classicisantes » de l'art. Mais cela sans réclamer forcément un éloignement de la nature, et encore moins de la norme classique.

Ainsi, pour l'historien de l'art allemand Konrad Fiedler (1841-1895), le visible n'est pas le résidu d'une épuration de la perception, pas plus que la forme ne devrait consister en ce qui reste lorsque l'on a éliminé le contenu. Selon cet auteur, l'art sert tout au contraire à objectiver le monde et à enrichir la conscience que nous en avons. L'activité créatrice, plus que la forme achevée, est alors au centre de la réflexion du théoricien (« De la manière de juger les œuvres des arts plastiques », 1876, texte repris en français dans ses Essais sur l'art, 2002). En insistant sur le processus de la création artistique, sur ce qu'il nomme la « libre création formelle », Fiedler remet en cause de manière radicale les constructions génétiques qui faisaient de la tradition un agent puissant, surdéterminant le cours de l'histoire de l'art. « Tout ce qui a déjà été soumis à un processus intellectuel est perdu pour lui. [...] Ce que l'esprit humain n'a encore jamais effleuré, voilà ce qui suscite son activité. »

Conçue comme une esthétique de l'immanence, la théorie de l'activité créatrice de Fiedler se forma de fait au plus près de son objet, dans l'intimité d'ateliers, celui du peintre Hans von Marées (1837-1887) notamment, ou encore celui du sculpteur Adolf von Hildebrand (1847-1921). Ce dernier tentera d'appliquer à son propre domaine les idées de Fiedler, en distinguant deux types de visions – vision lointaine contre vision proche –, qui l'une et l'autre organisent le relief sculpté.

Chez ces premiers formalistes, l'architecture est naturellement un objet problématique. La réflexion complexe de l'architecte allemand Gottfried Semper (1803-1879) servira longtemps d'assise aux théories de la fin du xixe siècle. La notion structuraliste de « forme fondamentale » qui y est développée, ou encore la métaphore naturaliste, suivant laquelle les ouvrages d'architecture raconteraient l'histoire naturelle de l'humanité aussi fidèlement que les coquillages et les coraux nous livrent des informations sur l'histoire naturelle des organismes inférieurs, seront reprises par les formalistes. En revanche, la théorie développée par Semper des « besoins constructifs » sera vite critiquée par Fiedler, qui cherche à établir ce qui, en architecture, appartient en propre à l'histoire de l'art, c'est-à-dire à une pure aspiration artistique, et non à une exigence fonctionnaliste.

Chez l'historien de l'art viennois Aloïs Riegl (1858-1905), on trouve également une critique serrée de l'évolutionnisme matérialiste de Semper, pour qui le style était déterminé par le matériau, la technique et la fonction. Au contraire, dans les Questions de style (1893 ; trad. franç. 1992) de Riegl, l'histoire de l'ornement en Europe et au Proche-Orient, depuis les origines jusqu'au développement d'un grand art islamique, laisse apparaître que la contrainte matérielle n'a guère eu qu'une influence négative. L'étude sur la longue durée d'un certain nombre de motifs dépourvus de toute fonction constructive, tels que les feuilles d'acanthe, la palme ou la fleur de lotus, permet selon Riegl de mettre en lumière une évolution autonome vers la « pure ornementalité ».

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Écrit par :

  • : ancien pensionnaire à l'Institut national d'histoire de l'art, chargé de cours à l'École du Louvre

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Pour citer l’article

François-René MARTIN, « FORMALISME (arts) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/formalisme-arts/