FINS DE L'ART (esthétique)

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L'historicisme en renfort de l'autonomie

À la période romantique, le principe de l'autonomie de l'art se renforce. La force d'infinitisation, le pouvoir de poétiser le monde offrent, de Friedrich von Schlegel (1772-1829) à Friedrich Wilhelm Joseph Schelling (1775-1854), à une essence mythifiée de l'art, le statut de fondement, et le placent ainsi à l'origine et au principe de tout ce qui fait la vie de l'esprit. En même temps, le romantisme historicise les arts, qu'il conçoit comme des éléments de séquences discontinues, dont les formes et les styles naissent et meurent. Mettant à mal la pétition d'universalisme des Lumières, il forge un discours relativiste qui fait le lit de la fin de l'art. Il réduit les grandes formes à des formes historiques éphémères, banalise les récits de leur disparition, fait de la critique et de l'histoire des instances décisives de l'art lui-même. L'inachèvement, la combinatoire, l'anachronisme deviennent des critères constitutifs d'une conception qui dénie à l'œuvre d'art la possibilité d'être une totalité close, faite pour durer éternellement.

L'œuvre est alors conçue et appréciée en termes de fragment, de ruine, de trace. Les romans – tel Heinrich von Ofterdingen de Novalis (1802 ; trad. franç., 1975) – ne trouvent pas de fin ; la musique préfère les pièces brèves – les cycles de Schumann – ; la peinture vante l'esquisse – lire le Journal (1893) de Delacroix. La mise à distance d'un passé dont le progrès nous éloigne entraîne des méditations élégiaques sur les temps révolus, sur les périodes primitives heureuses. Ainsi, dans toute l'Europe, un certain « médiévalisme » succède à la beauté grecque de l'idéal classique : les chevaliers et leurs Graals hantent littérature, peinture et lieder. Les légendes et les contes populaires « archaïsent » la tonalité des œuvres du temps. L'art atteint son propre absolu en touchant à son terme.

La thèse de Hegel boucle ainsi la boucle d'une histoire commencée en 1750. Les arts peuvent alors entrer, forts de leur propre fin, dans leur ère posthistorique. Ils réalisent une liberté chèrement acquise : délivrés de tout but, écrivant eux-mêmes leur histoire et leur théorie, ils s'adonneraient à la joie d'être enfin purs de toute servitude étrangère, que le maître se nomme le Beau, le Bien, Dieu, le Souverain ou le Peuple.

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Écrit par :

  • : professeur d'esthétique à l'École des hautes études en sciences sociales, Paris

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Pour citer l’article

Danièle COHN, « FINS DE L'ART (esthétique) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/fins-de-l-art-esthetique/