FEUILLES D'HERBE, Walt WhitmanFiche de lecture

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Un recueil en mouvement

Avec le temps, le recueil devient de plus en plus volumineux (de 12 poèmes en 1855 à 411 en 1892). À partir de ce véritable noyau de l'œuvre qu'est le « Chant de moi-même », le poète n'en finit pas d'ajouter de nouvelles parcelles à un espace poétique qui, pour lui, embrasse la totalité de l'univers. L'ensemble de ce chant général devient le symbole d'une lutte où le portrait que Whitman brosse de lui-même est celui d'un charpentier inculte mais inspiré. En fait, les œuvres des écrivains anglais Wordsworth (1770-1850) et Coleridge (1772-1834), comme celles de nombreux romantiques, influencèrent ce travail plus ancré dans l'histoire de la littérature qu'il n'y paraît. Le grand dessein de Whitman est de ressembler à un honnête travailleur qui rompt avec le passé pour embrasser un idéal démocratique ; il choisit donc la pauvreté comme preuve de sa sincérité, s'identifie à son livre, à cette « feuille d'herbe » en laquelle il voit un symbole d'universalité, de simplicité et d'éternité : « La plus petite pousse montre que la mort n'existe pas vraiment... » Ce choix révèle un amour pour le cosmos, pour une seule et même force de vie, qui anime les plantes, les animaux, les hommes. Tout crie cette présence vitale : son livre comme la totalité du monde, au point que son écriture débouche sur un panthéisme jubilatoire : « Je lâche les amarres et mon lest, mes coudes s'appuient sur les échancrures des mers, je longe les sierras, mes paumes couvrent des continents, je m'avance avec ma vision. »

Insatisfait par le christianisme, Whitman rêve d'une nouvelle religion qui engloberait toutes les autres et qui donnerait le primat au caractère sacré de la matière. C'est dans cette perspective qu'il comprend le corps, et qu'il affirme l'égalité de l'homme et de la femme : « Si quelque chose est sacré, le corps humain est sacré » ; « Bras et mains d'amour, pouce phallique d'amour, sein d'amour, ventres pressés et collés l'un à l'autre par l'amour, [...] vie qui n'est vie qu'après l'amour, Le corps de mon amour, le corps de la femme que j'aime, le corps de l'homme, le corps de la terre, Molles brises du matin qui soufflent du sud-ouest... » Ce lyrisme débridé provoqua les foudres de la Société pour la répression du vice qui jugea nombre de poèmes immoraux.

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Écrit par :

  • : professeur d'histoire de la philosophie, critique littéraire à Études, poète et traducteur

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WHITMAN WALT (1819-1892)

  • Écrit par 
  • Roger ASSELINEAU
  •  • 1 771 mots
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Auteur d'un unique recueil de poèmes, Feuilles d'herbe , qu'il a pendant toute sa vie constamment revu et enrichi, Whitman est indéniablement le plus grand poète lyrique américain et le plus original. Nul n'a mieux évoqué que Giovanni Papini le choc éprouvé lorsqu'on lit les Feuilles d'herbe pour la première fois : « Il faut que je confesse, a-t-il avoué, que moi, un Toscan, un Italien, un Latin […] Lire la suite

Pour citer l’article

Claude-Henry du BORD, « FEUILLES D'HERBE, Walt Whitman - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/feuilles-d-herbe/