FÉMINISMEHistoire du féminisme

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Les usages historiques d'un terme

L'histoire a donné, de préférence, un sens politique au mot « féminisme ». Ce sens s'est imposé par la double référence à Fourier et à Dumas fils, à partir des deux courants théoriques et politiques du xixe siècle, la pensée utopique, socialiste et marxiste, et la pensée républicaine et démocratique. L'apparition du néologisme « féminisme » coïncide avec l'avènement de la IIIe République et l'on imagine comment l'apparition de l'individu citoyen peut impliquer l'identité, voire l'égalité, de l'homme et de la femme, ce qui évoque une apparente neutralisation de la différence sexuelle. Cependant, c'est à l'autre tradition que le féminisme d'aujourd'hui s'est référé : reprenant lui aussi à son compte une dénomination fabriquée par un observateur extérieur – ici les médias, après la « commémoration », en 1970, de celle qui est plus inconnue que le soldat inconnu lui-même, sa femme –, il s'est appelé M.L.F., Mouvement de libération des femmes. Comme il y eut un mouvement ouvrier, il y a un mouvement des femmes, c'est-à-dire un mouvement social et politique, expression d'un groupe social porteur d'une demande de changement général et global de société. Ces deux traditions sont réunies dans la définition du féminisme qu'a proposée Léon Abensour au début du xxe siècle : « cas d'aspiration collective vers l'égalité » (Histoire générale du féminisme, 1921).

1970 ne fut pas, comme on le crut alors, l'année zéro du féminisme. Il y a une histoire du féminisme, que les spécialistes ont la plupart du temps négligée et que les femmes n'ont pas su transmettre dans la mémoire des générations. Cette histoire, comme phénomène collectif, se fait au xixe siècle. Déjà, pendant la Révolution française, les femmes expriment çà et là une volonté collective où la prise de conscience de leurs problèmes spécifiques va de pair avec leur désir d'appartenir, comme les hommes, à la nouvelle société politique. Des cahiers de doléances, des pétitions, des clubs politiques et la célèbre Déclaration des droits de la femme d'Olympe de Gouges sont les premiers éléments de cette pratique militante. Mais c'est à partir de 1830, avec l'émergence des mouvements utopistes, en particulier saint-simoniens et fouriéristes, que des femmes se présentent clairement comme constituant un groupe de sujets politiques, en dénonçant leur « asservissement séculaire » et en réclamant un « affranchissement » et une « émancipation » propres à leur donner une place égale aux hommes dans la société. Pendant la brève révolution de 1848, on les retrouve encore, aussi bien aux côtés de leurs camarades révolutionnaires, socialistes et républicains, que dans une pratique autonome, dans un club de femmes, dans un quotidien féministe, La Voix des femmes. Or ces trois moments de bouleversement politique – 1789, 1830, 1848 – dessinent, chacun à son tour, une même figure : celle d'une pensée révolutionnaire rendant possible l'expression de l'exigence féministe en même temps que le refus de ses conséquences réelles. En effet, à chaque fois, on ferme les clubs de femmes, on discrédite leurs actions politiques, on caricature leurs demandes et on réinstaure l'inégalité entre les sexes. Ainsi peut-on proclamer en 1848 l'instauration d'un suffrage dit universel dont cependant les femmes sont exclues. Cette figure de la tension entre les hommes de gauche, libéraux ou révolutionnaires, et les féministes, radicales ou modérées, se retrouve ensuite continûment. Cette tension prend la forme d'une contradiction avec la naissance, sous le second Empire, du mouvement ouvrier français, très proudhonien : contradiction qui fait des femmes de la Commune des militantes socialistes plus que des féministes ; contradiction que le marxisme cherche à résoudre en établissant une hiérarchie des priorités (d'abord la lutte des classes, ensuite l'affranchissement des femmes) ; contradiction qui éclate autour des années 1900 en partageant officiellement le féminisme entre un féminisme socialiste et un féminisme bourgeois. Or cette distinction, si elle est pertinente aux yeux des politiciens et idéologues qui tiennent à garder la maîtrise d'un féminisme alors très puissant et très multiforme, paraît très formelle au regard des discours et des pratiques de cet avant-guerre. La guerre de 1914-1918 balaie [...]

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Femmes : l'entrée en politique

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Pour les droits des femmes

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Pour citer l’article

Geneviève FRAISSE, « FÉMINISME - Histoire du féminisme », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/feminisme-histoire-du-feminisme/