FASCISME

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Principes d'action

On ne peut se faire une idée précise de ce qu'est réellement le fascisme sans rechercher les caractéristiques communes aux différents mouvements qu'il a animés. Cette analyse permet de constater la répétition des mêmes phénomènes à divers niveaux : conception, politique générale, organisation, éthique.

La pensée politique

Les doctrines fascistes se définissent par le rejet des principes du libéralisme traditionnel, par la condamnation des institutions et des usages de la démocratie parlementaire et par la remise en cause des valeurs de l'individualisme tel que l'avait codifié, autour de la notion de droits naturels, la pensée philosophique du xviiie siècle. Le fascisme apparaît ainsi comme un refus systématique de l'ordre politique, économique et social qui s'était progressivement instauré, au cours du xixe siècle, dans la plupart des sociétés occidentales et dont le parlementarisme, le multipartisme, la garantie des droits et des libertés individuelles, la pratique du « laisser faire, laisser passer » constituaient les caractères essentiels. Refusant avec la même violence les principes du socialisme d'inspiration marxiste, le système de pensée fasciste s'organise positivement autour de l'affirmation de certains thèmes : exaltation, et souvent sacralisation de la valeur nationale considérée comme la valeur suprême dans l'ordre politique (il s'agit à la fois de renforcer à l'intérieur l'unité et la cohésion de la nation et de développer à l'extérieur sa grandeur et sa puissance) ; volonté d'instaurer un État fort, faisant prévaloir son autorité sur les droits et sur les libertés des personnes ; affirmation de la nécessité d'un nouvel ordre social intégrant plus étroitement l'individu à la collectivité et mettant notamment fin aux « aliénations » de la condition prolétarienne (c'est dans ce sens que les divers mouvements fascistes se prétendent socialistes et proclament leur volonté d'associer l'affirmation de ce socialisme à celle de leur nationalisme) ; culte du chef, de l'homme providentiel, du sauveur, incarnation de la collectivité tout entière et ayant pour mission de guider son destin (c'est ce qu'il est convenu de désigner du terme allemand de Führerprinzip).

Les structures d'organisation

Les mouvements fascistes présentent des caractères originaux, nettement différenciés par rapport aux partis politiques traditionnels liés au fonctionnement normal des régimes de démocratie parlementaire.

Il s'agit de partis fortement centralisés, dotés d'une structure très hiérarchisée et où toute l'autorité, toutes les responsabilités émanent d'un chef unique. Ce sont aussi des partis militarisés, non seulement parce qu'ils sont soumis à une stricte discipline, mais bien parce qu'ils présentent tous les caractères extérieurs de l'institution militaire. L'uniforme, les symboles (drapeau, insignes), le rituel (salut, défilé) font des partis fascistes de véritables armées combattant, à l'intérieur de la société civile, au service d'une idéologie politique. Dans ces perspectives, l'usage de la violence est considéré comme un moyen normal de l'action politique.

La Libye italienne

Photographie : La Libye italienne

Des jeunes filles, membres d'une organisation fasciste italienne, défilent dans les rues de Tripoli (Libye), en 1935. 

Crédits : Baron/ Hulton Archive/ Getty Images

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Les mouvements fascistes sont enfin et surtout « monopolistiques », dans la mesure où ils entendent, à plus ou moins longue échéance, se réserver le monopole de l'activité politique. Tout parti fasciste est animé de la volonté de conquérir l'État et de le façonner à son image ; par conséquent, de faire en sorte que son idéologie devienne l'idéologie de l'État et par là même celle de la collectivité tout entière. Totalitarisme et fascisme paraissent à ce titre difficilement dissociables.

Éthique et sensibilité

Le fascisme ne vise pas seulement à instaurer un nouvel ordre politique et social ; il vise aussi à modeler, à créer un nouveau type d'homme. Aussi tend-il à exalter un certain nombre de valeurs affectives et morales.

Le fascisme célèbre d'abord les valeurs de l'héroïsme guerrier, la discipline, l'obéissance, l'abnégation ; mais il glorifie aussi la volonté de lutte, l'énergie, et la force, les vertus de fidélité, de camaraderie et de solidarité qui sont celles du combattant. Les hommes qu'il entend façonner doivent renoncer aux joies paisibles de l'existence, et à la poursuite du bonheur individuel ; ils devront être prêts à la lutte et au sacrifice, [...]

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La Libye italienne

La Libye italienne
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Marche sur Rome, 1922

Marche sur Rome, 1922
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La Garde de fer en Roumanie, 1940

La Garde de fer en Roumanie, 1940
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Pour citer l’article

Raoul GIRARDET, « FASCISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/fascisme/