FARINES ANIMALES

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Pourquoi utiliser des farines animales ?

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’agriculture européenne s’est fortement développée et intensifiée. À titre d’illustration, alors qu’en France la production annuelle de lait par vache était, en moyenne, de moins de 2 500 litres en 1960, elle est désormais de 6 700 litres (8 200 litres au Royaume-Uni). Dans le même temps, les élevages de porcs et de volailles se sont multipliés, tant en France que dans les autres États membres de l’Union européenne, la production de ces viandes blanches étant multipliée par deux, voire par trois, en quelques décennies.

Une forte croissance de la demande d’aliments du bétail

La croissance rapide des cheptels et des performances des animaux a entraîné une augmentation parallèle de la demande, tant quantitative que qualitative, en aliments du bétail. Ainsi, pour les bovins, même si les aliments principaux demeurent, en volume, les fourrages (herbe pâturée, ensilage de maïs, foin de luzerne…), les éleveurs complètent cette alimentation avec des aliments concentrés pour tirer au mieux parti du potentiel génétique des animaux. Ces suppléments d’aliments apportent l’énergie (avec des céréales, des pulpes de betteraves…), les protéines (comme le tourteau de soja, de colza ou de tournesol, le pois…), les minéraux (calcium, zinc…) et les vitamines dont les animaux ont besoin.

Si la France dispose de quantités très importantes de céréales, il n'en est pas de même pour les matières riches en protéines (M.R.P.) pour lesquelles elle est, comme l'Union européenne, largement déficitaire. On estime en effet à plus de 40 millions de tonnes la quantité de matières premières riches en protéines végétales (essentiellement des farines de soja) importées chaque année (principalement du Brésil, de l'Argentine et des États-Unis) dans l’Union européenne, soit 70 p. 100 de sa consommation. Pour la France, le taux de déficit, bien que plus faible, est encore de l’ordre de 50 p. 100.

Afin de pouvoir satisfaire les besoins croissants de l’élevage (volailles, bovins, porcs, pisciculture) en M.R.P., les industriels de l'alimentation du bétail ont toujours recherché des matières premières qui peuvent apporter à la fois des niveaux élevés d'énergie et de fortes concentrations en protéines. Cette dernière qualité n’étant satisfaite ni par les céréales, ni par les protéagineux (pois protéagineux, féverole, lupin) ou les graines de légumineuses, les exploitants se sont tournés vers les issues de meunerie (sons, farines…), les produits d'amidonnerie et de sucrerie (amidon, mélasse, pulpes), les sous-produits des industries de fermentation (drêches de brasserie, marc de pomme…) ou les tourteaux de colza et de tournesol. Les taux de protéines de toutes ces matières premières sont néanmoins très nettement inférieurs (de l’ordre de 27 p. 100 pour les tourteaux de tournesol et de 34 p. 100 pour ceux de colza) à ceux que l’on peut trouver dans les tourteaux de soja (contenant 45 p.100 de protéines) ou les farines de poisson (jusqu’à 72 p. 100 de protéines).

Confrontés au faible taux de protéines dans les matières premières disponibles en Europe, à la forte dépendance de nos élevages aux importations de soja sud-américain, au développement des organismes génétiquement modifiés (O.G.M.) et à l’augmentation du coût des farines de poisson (désormais massivement utilisées en aquaculture), les fabricants d’aliments pour animaux ont donc eu de plus en plus recours à l’incorporation de farines animales. Ces dernières présentent des taux de protéines compris entre 50 et 60 p. 100, voire plus selon leur origine, un meilleur équilibre en acides aminés indispensables que les protéines végétales et des apports importants en méthionine et lysine, acides aminés non synthétisés par l’organisme et qui jouent un rôle clé dans la croissance des animaux.

Des farines animales utilisées depuis le xixe siècle

Rappelons que l’utilisation des farines animales dans l'alimentation des animaux d'élevage n'est pas un fait nouveau. Le premier mémoire évoquant la possible utilisation des sous-produits animaux dans l'alimentation animale date de 1830 et est dû au Français Anselme Payen. L’idée a été reprise en 1860 par l’Allemand Justus von Liebig qui développe son propre procédé permettant de réduire les matières animales en une poudre sèche et dégraissée pour compléter la ration alimentaire des troupeaux de bovins de la pampa argentine et uruguayenne. Les farines animales sont ainsi utilisées de manière courante, notamment pour l’alimentation des vaches laitières, aux États-Unis, comme en Europe, depuis la fin du xixe siècle.

Farines animales

Photographie : Farines animales

Déjà présentes à la fin du XIXe siècle dans l'alimentation des vaches laitières, les farines animales (farines de viande et d'os), utilisées en substitution des protéines d'origine végétale, ont été interdites dans toute l'Union européenne et pour tout type d'élevage (à l'exception... 

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Outre le fait qu’elles soient peu coûteuses à produire et qu’elles permettent de « recycler » les sous-produits animaux non consommés par les humains, les farines animales ont l'avantage de contenir, par rapport aux aliments concentrés classiques, une plus forte proportion de protéines aisément digérables et constituent une source complémentaire d'acides aminés indispensables notamment pour les vaches laitières (lysine et méthionine essentiellement).

En 1999, année précédant l’interdiction totale des farines animales, la France consommait encore un peu plus de 700 000 tonnes de farines animales, dont environ 300 000 tonnes pour la fabrication de pet food. Le solde (environ 400 000 tonnes) était incorporé aux aliments pour les volailles (300 000 tonnes) et pour les porcs (80 000 tonnes). Rappelons que l’incorporation de farines animales dans les aliments pour bovins était interdite en France dès 1990.

Outre ces farines de viande et d’os, 270 000 tonnes de graisses animales étaient également incorporées aux autres matières premières (environ 130 000 tonnes dans les aliments pour volailles, 80 000 tonnes dans ceux destinés aux porcs et 60 000 tonnes pour les veaux). En moyenne, les farines animales représentaient environ 2 p. 100 de la ration pour les porcs et 6 p. 100 pour les volailles (jusqu’à 15 p. 100 pour les dindes). Pour les graisses, les taux d’incorporation étaient plus faibles (environ 1 p. 100 pour les porcs, 1,5 p. 100 pour les volailles, mais jusqu’à 20 p. 100 pour les veaux).

À ces quantités s'ajoutaient près de 85 000 tonnes de farines de poisson, principalement pour nourrir des poissons (63 000 tonnes avec en moyenne 50 p. 100 de l'aliment) et des porcelets (17 000 tonnes, avec un taux d’incorporation moyen de 2 p. 100).

Ainsi, avant leur interdiction totale, les trois quarts des farines animales utilisées en France dans l’alimentation des animaux de rente servaient à nourrir les volailles, [...]

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Farines animales : dates d’interdiction

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  • : adjoint au délégué interministériel aux industries agroalimentaires et à l'agro-industrie

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Pour citer l’article

Alain BLOGOWSKI, « FARINES ANIMALES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/farines-animales/