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L'analyse économique de la fécondité

À l'exception des travaux de Thomas Robert Malthus, voici plus de deux siècles, la fécondité n'a été que très peu prise en compte dans les travaux des économistes. Selon Robert Willis (1973), c'est Becker qui, le premier, a tenté de réconcilier la proposition néo-malthusienne selon laquelle un accroissement du revenu tend à stimuler la fécondité, avec le fait que la croissance du revenu s'est accompagnée d'un déclin séculaire de la fécondité dans les pays développés, et que l'on observe également dans la plupart des pays développés une relation inverse entre revenu familial et nombre d'enfants (en France, on observe plutôt une courbe en U). Becker, en 1960, dans un article formalisé quelques années plus tard (Becker et Lewis, 1973), applique la théorie du consommateur aux choix de fécondité en faisant intervenir le coût des enfants.

Thomas Malthus

Photographie : Thomas Malthus

Après avoir publié, en 1798, son Essai sur le principe de population, le pasteur anglican allait bientôt faire place au professeur d'économie politique qui devait donner son nom à une doctrine des plus célèbres, et des plus controversées aussi, le malthusianisme. 

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La demande d'enfants

Parmi les explications du phénomène de baisse de la fécondité avec le revenu, Becker rejette l'idée selon laquelle les enfants représenteraient un « bien inférieur » au sens que les économistes donnent à ce terme, c'est-à-dire un bien dont la consommation baisse (à prix constant) quand le revenu augmente. Mais alors comment expliquer ce paradoxe apparent ? Il fait apparaître que la demande d'enfants d'une famille comporte, outre sa dimension quantitative (leur nombre), un élément d'ordre qualitatif. La « qualité » d'un enfant se mesure par l'ensemble des dépenses qu'il ou elle implique et, de ce fait, augmente avec son niveau d'éducation. Lorsque le niveau général d'éducation des enfants augmente, comme ce fut bien le cas dans les pays développés depuis plus de deux siècles, et comme c'est le cas aujourd'hui dans presque tous les pays en développement, le souhait qu'ont les parents d'avoir des enfants va rencontrer une contrainte liée à leur qualité de plus en plus grande, ce qui implique un coût par enfant lui aussi de plus en plus élevé. L'interaction entre qualité et quantité va donc entraîner une baisse du nombre d'enfants par famille, malgré la hausse généralisée du revenu réel, et ce bien que la majorité des parents soient disposés à leur consacrer une part au moins aussi importante de leur revenu qu'auparavant.

Travail des femmes et fécondité

Un autre facteur important, lié au précédent, peut expliquer la baisse du nombre d'enfants, si on ajoute (de façon réaliste) que, pour le ménage, élever des enfants représente également un coût en temps. Il s'agit du manque à gagner, pour les femmes (dans la quasi-totalité des cas, ce sont bien uniquement les femmes qui sont concernées), lié à un retrait du marché du travail, au passage à temps partiel, ou au fait de renoncer à une carrière plus brillante, mais intensive en temps. Avec l'élévation générale du niveau des salaires féminins en raison à la fois de l'augmentation de la productivité du travail, en général, et de la hausse du niveau d'éducation des femmes, en particulier, le coût des enfants a, là encore, augmenté. Précisément, dans les pays de l'O.C.D.E., l'accroissement généralisé de l'activité féminine s'est accompagné d'une baisse très sensible du taux de fécondité moyen, qui est passé de 2,9 enfants par femme en 1960 à 1,7 à dans les années 2000, au-dessous du taux de remplacement des générations (O.C.D.E., 2013).

On peut noter cependant, depuis les années 1980, un phénomène paradoxal du point de vue de cette analyse : en comparant les différents pays développés, on trouve aujourd'hui plutôt une relation positive entre taux d'activité des femmes et fécondité. En effet, la plupart des pays à forte participation des femmes au marché du travail, comme les États-Unis, les pays scandinaves ou la France, ont des taux de fécondité qui sont remontés, ou qui se sont stabilisés à des taux proches du renouvellement des générations (environ 2), alors que de nombreux pays à faible participation féminine (tels les pays du Sud comme l'Espagne, la Grèce ou l'Italie) sont, au contraire, caractérisés à la fois par de faibles taux d'emploi des femmes, et des taux de fécondité particulièrement faibles aussi. Sans remettre en cause l'approche beckérienne, les explications les plus convaincantes mettent l'accent sur des différences institutionnelles entre les pays (Adsera, 2004 ; Kögel, 2004 ; Sofer, 2005), différences qui portent soit sur les caractéristiques du marché du travail, soit sur l'intervention de l'État en matière de gardes d'enfant. Ces différences font considérablement varier le coût [...]

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  • : professeur émérite à l'université Paris-I-Panthéon-Sorbonne

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Pour citer l’article

Catherine SOFER, « FAMILLE - Économie de la famille », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/famille-economie-de-la-famille/