ÉVOLUTIONNISME

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

De la biologie à la philosophie de l'histoire

L'évolutionnisme est sans doute devenu possible à partir de la révolution scientifique moderne. Dès le xviie siècle, certains penseurs ont cherché à reconstituer le processus de formation de l'univers à partir d'un donné matériel initial. Au xviiie siècle apparaissent des conceptions déjà évolutionnistes de l'histoire ou de la genèse des facultés de l'homme et du développement des sociétés humaines. Mais c'est évidemment le xixe siècle qui va être non seulement le siècle de l'évolutionnisme biologique, mais aussi celui d'un évolutionnisme généralisé. Celui-ci devient un moyen de rendre compte des phénomènes dans tous les champs du savoir, notamment en biologie avec Lamarck (1744-1829) et Darwin (1809-1882) et en anthropologie avec G. Klemm, J.-J. Bachofen, L. Morgan. Il est explicité philosophiquement dans sa prétention à la validité universelle par Herbert Spencer (1820-1903). Nombre de grandes philosophies de l'époque sont également évolutionnistes (Hegel, Marx, Comte, Bergson).

Une caractéristique essentielle de l'évolutionnisme philosophique, même quand il est généralisé et ne concerne pas spécialement les êtres vivants, tient à la référence qu'implique le concept même d'évolution au développement d'un individu vivant. Spencer, le philosophe qui dégage le plus explicitement les principes généraux de l'évolutionnisme, reconnaît s'inspirer des travaux de certains biologistes, en particulier ceux de l'embryologiste K. E. von Baer (1792-1876). À l'origine, le terme « évolution » signifiait le déploiement d'un germe dans lequel une « forme » est déjà présente et encore enveloppée. Mais les progrès de l'embryologie au xviiie siècle ont conduit à renoncer à cette interprétation préformationniste pour adopter une conception épigénétique du développement du vivant, comme l'a montré Georges Canguilhem (1904-1995) en étudiant ce qu'il appelle la réformation des concepts d'évolution et de développement entre 1759 et 1859, date de parution de L'Origine des espèces de Darwin. Le cycle vital ne présuppose plus la forme, mais consiste en sa genèse, voire comporte une suite de métamorphoses conduisant à la forme de l'individu adulte. C'est ce concept d'une évolution-développement qui va être généralisé dans l'évolutionnisme. Von Baer présente l'évolution comme allant d'une matière indifférenciée à la matière différenciée et organisée. L'évolutionnisme philosophique applique cette idée non seulement à toute la suite des êtres vivants, mais au devenir de l'univers en général et à l'histoire humaine.

Cette conception de l'évolution a permis de dépasser l'idée de progrès indéfini caractéristique du xviiie siècle et dont Hegel, Comte et Spencer font également la critique. L'histoire universelle n'est pas simple progrès, mais évolution. La loi du progrès organique vaut pour toute forme de progrès : pour la formation de la Terre, de la vie, de la société, de l'industrie, du commerce, du langage, de la littérature, de la science et de l'art. Selon les Premiers Principes (1862) de Spencer, l'évolution est un changement qui va du diffus au concentré, du moins intégré au plus intégré. Elle va du simple au complexe chez les êtres vivants, mais, dans sa formulation la plus générale, elle va de l'homogène à l'hétérogène, et de l'indéterminé au déterminé. Le principe de causalité qui en rend compte est : « toute forme active produit plus d'un changement », ou « toute cause produit plus d'un effet ». L'effet est donc plus complexe que la cause. Toute force dépensée produit une complication croissante et éternelle. L'évolution répond donc à un principe inverse du principe d'entropie : c'est une création d'ordre au sein du désordre.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

Écrit par :

  • : maître de conférences à l'université de Bourgogne

Classification

Autres références

«  ÉVOLUTIONNISME  » est également traité dans :

BALDWIN JAMES MARK (1861-1934)

  • Écrit par 
  • Georges THINÈS
  •  • 490 mots

Philosophe et psychologue de formation, James Baldwin a joué, dans le développement de la psychologie scientifique, un rôle important en introduisant dans celle-ci des concepts empruntés à la théorie de l'évolution. Après une année d'études à Berlin et à Leipzig, avec Wundt, il enseigna et dirigea des recherches psychologiques successivement à Toronto, Princeton (1893-1903), Baltimore (1903-1909), […] Lire la suite

CLASSIFICATION DU VIVANT

  • Écrit par 
  • Pascal DURIS, 
  • Pascal TASSY
  •  • 7 196 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « L'évolutionnisme au XXe siècle  »  : […] La systématique qui s'est construite autour de la théorie synthétique de l'évolution (ou néodarwinisme) des années 1930-1940 s'est non seulement grandement accommodée du dualisme « somme des modifications » et « indications de descendance » mais elle a même privilégié la somme des modifications. Tel est le paradoxe d'une systématique qui s'est pourtant toujours référée à Darwin. On peut être sur […] Lire la suite

COGNITION

  • Écrit par 
  • Chrystel BESCHE-RICHARD, 
  • Raymond CAMPAN
  •  • 2 620 mots

Dans le chapitre « Théorie de l'évolution et fondation de la psychologie »  : […] L'avènement des théories évolutionnistes au xix e  siècle place l'homme dans une généalogie où les animaux l'ont précédé, le faisant descendre directement du singe. Cela justifie la fondation d'une psychologie qui compare les différents niveaux de l'évolution mentale animale jusqu'à l'homme. L'expérimentation donne un contenu plus précis aux processus en cause dans l'apprentissage et la résoluti […] Lire la suite

CRÉATIONNISME

  • Écrit par 
  • Pietro CORSI
  •  • 1 080 mots

Les diverses conceptions créationnistes débattues au cours de l'histoire occidentale (mais pas seulement) trouvent un point de convergence dans l'idée que l'Univers, la Terre et les êtres vivants doivent leur existence à la volonté de Dieu. Elles s'opposent ainsi, de façon générale, aux conceptions matérialistes. Dans sa version fixiste, qui est la plus connue et se fonde notamment sur une lectu […] Lire la suite

DARWIN CHARLES ROBERT (1809-1882)

  • Écrit par 
  • Charles BOCQUET, 
  • Universalis
  •  • 3 131 mots
  •  • 2 médias

Bien que la notion de devenir, connaturelle à l'esprit humain, n'ait pas manqué, dans l'Antiquité même, d'être appliquée aux espèces vivantes – notamment par Anaximandre de Milet ( vi e  s. av. J.-C.) et par quelques Pères de l'Église, tel saint Augustin –, le fixisme a constitué pendant des siècles la pensée officielle ; il se fondait aussi bien sur l'autorité d'Aristote et de la scolastique que […] Lire la suite

DARWINISME

  • Écrit par 
  • Dominique GUILLO, 
  • Thierry HOQUET
  •  • 5 494 mots

Dans le chapitre « Signification de la « révolution darwinienne » »  : […] Une fois définies ces cinq thèses, qu'est-ce qu'être darwinien ? Le gradualisme de Darwin a souvent été contesté. Ainsi, Stephen Jay Gould (1941-2002), quoique antigradualiste, ne s'en déclare pas moins profondément darwinien. Peut-on s'accorder autour du couple variation et sélection ? Ou bien le darwinisme est-il non une théorie particulière (réfutable) mais une simple « conception du monde » ( […] Lire la suite

DÉTERMINISME, géographie

  • Écrit par 
  • Vincent BERDOULAY, 
  • Olivier SOUBEYRAN
  •  • 1 556 mots

Dans le chapitre « L'ambiguïté des géographes »  : […] On pourrait dire que deux attitudes, à l'œuvre dans la réalité des travaux (les thèses, les monographies régionales, les articles), ont travaillé l'école française de géographie jusqu'à la fin des années 1960. D'un coté, et de façon dominante, le déterminisme a été utilisé comme un modèle réductionniste de la connaissance géographique : on considère que la réalité géographique peut se comprendre […] Lire la suite

DÉVELOPPEMENT DES ÉMOTIONS

  • Écrit par 
  • Sandrine GIL
  •  • 2 028 mots

Dans le chapitre « L’ontogenèse des émotions »  : […] Darwin est à la base de l’approche évolutionniste qu’il décrit dans son ouvrage L’Expression des émotions chez l’homme et les animaux (1872). Selon cette approche, certaines émotions dites basiques, fondamentales ou primaires seraient présentes dès la naissance et universelles. Ce petit groupe d’émotions – colère, peur, dégoût, tristesse et joie, même s’il n’existe pas de consensus sur leur nombr […] Lire la suite

ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE (Le territoire et les hommes) - Religion

  • Écrit par 
  • Sébastien FATH
  •  • 3 472 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Une séparation assouplie des Églises et de l'État »  : […] Au vu de l'imprégnation religieuse de la culture américaine, qui va du serment sur la Bible (fermée) du président nouvellement investi jusqu'à la mention de Dieu sur les billets verts, on pourrait imaginer des liens étroits entre les institutions religieuses et l'État. Il n'en est rien. Outre-Atlantique, c'est un régime de séparation stricte qui prévaut, beaucoup plus radical que ses équivalents […] Lire la suite

ÉTHOLOGIE

  • Écrit par 
  • Odile PETIT
  •  • 2 518 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « L'opposition malheureuse des causes proximales et des causes ultimes »  : […] Très vite, le champ de l'éthologie avait réduit les quatre questions de Tinbergen à deux ensembles : celui de la causalité proximale (points 1 et 3) et celui de la causalité ultime ou distale (points 2 et 4). En 1969 déjà, Tinbergen s'inquiétait de ce que les sciences du comportement portent trop d'intérêt aux facteurs d'ordre proximal du comportement et était persuadé qu'on devait attacher autant […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Hubert FAES, « ÉVOLUTIONNISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/evolutionnisme/