ÉVOLUTION DE LA VILLE ISLAMIQUE

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Fonctions élémentaires

Un point fondamental à souligner est en effet que, au niveau des fonctions élémentaires, le rôle joué par les villes à l'intérieur de l'espace islamique ne différa jamais sensiblement de celui que jouaient, en d'autres lieux, les villes contemporaines de même importance.

Fonction politico-militaire

On reconnaît d'abord, parmi les fonctions que ces villes remplirent à l'époque médiévale, la fonction politique assumée avec plus ou moins d'éclat, soit par les capitales successives des empires omeyyade, abbasside, fatimide, seldjoukide, séfévide ou ottoman, pour ne citer que quelques empires choisis parmi les plus illustres, soit par des chefs-lieux de provinces ou des sièges de principautés indépendantes. Elle se confondait plus ou moins avec la fonction militaire et défensive assumée par les premières villes-camps, puis par des résidences royales protégées, enfin par toutes les petites localités fortifiées, élevées ici ou là et ayant conservé jusqu'à la période moderne leurs enceintes, souvent imposantes. De manière générale, ces villes possédaient une résidence émirale qui constituait souvent le centre des fondations neuves, mais pouvait aussi être abritée dans une citadelle contiguë, ainsi qu'on le remarque dans des villes plus anciennes, iraniennes comme Nîshâpûr, ou syriennes comme Alep ou Damas. Ce dernier cas fut la règle aux époques d'affaiblissement du pouvoir central : pour sa sécurité, la ville ne pouvait se passer d'un rempart, dont certains quartiers débordaient d'ailleurs, tandis que la citadelle ne cessait de garantir le rôle effectif du prince ou de son représentant dans la vie de la cité.

À cet édifice officiel se rattachaient les hôtels particuliers qui abritaient, à l'intérieur de la ville et parfois sur des terrains concédés à cet effet, les principaux membres de l'aristocratie militaire, entourés eux-mêmes de leur propre maison et de leur propre clientèle d'hommes d'armes. L'importance prise, à l'époque mamelouke, par exemple, par de telles habitations, réservées à des gens que leurs fonctions et leur origine étrangère séparaient du reste de la population urbaine, concourait à modeler la physionomie de la ville ; à leur intention devaient être notamment prévus de vastes esplanades et hippodromes, utilisés pour la revue des troupes ou l'accomplissement des exercices équestres, et des souks spécialisés – les souks dits « aux chevaux », où les cavaliers pouvaient se procurer tous les équipements nécessaires.

Fonction religieuse et intellectuelle

De son côté, la fonction religieuse s'affirmait à la même époque par la présence, dans toute bourgade pourvue d'un nombre déterminé d'habitants, d'une grande mosquée, centre politique et culturel où se déroulait, le vendredi à midi, la prière communautaire, obligatoire pour tout croyant. Cette fonction se doublait d'une fonction intellectuelle assurée d'abord dans cette même mosquée, où étaient dispensés tous les enseignements en sciences religieuses qui furent ensuite transférés ailleurs. D'où la progressive multiplication d'établissements spécialisés pour des enseignements d'ordre juridique (madrasas ou « collèges »), traditionnel (dâr al-hadith), médical (maristans ou « hôpitaux ») ou encore mystique (ribats, khanqahs, zawiyas, tekkes ou « couvents »), qui furent tantôt groupés auprès du principal lieu de culte, tantôt disséminés dans les divers quartiers intra- ou extra-muros et alors pourvus de leurs propres oratoires.

La mosquée principale, dont la superficie grandit d'abord en fonction du développement de la population urbaine tout entière, mais qui fut ensuite conçue à l'échelle du quartier, se distinguait par son caractère monumental. La solennité qu'y revêtait chaque semaine le sermon de l'imâm y imposait la présence d'un minbar précieusement décoré, magnifié par le souvenir du temps où le calife y siégeait ou bien y déléguait son représentant. Le bâtiment lui-même restait fidèle, en dépit de variations locales, aux exigences observées du temps du Prophète, ainsi qu'à celles du faste princier qui s'y déployait. L'imitation de certains usages palatins y avait fait figurer la réduction d'abside devenue, sous le nom de mihrâb, l'emplacement privilégié vers lequel devaient se diriger les regards des croyants, pour imiter les gestes de l'imâm comme pour chercher dans cette niche vide un symbole de l'inaccessibilité divine. L'habitude de l'appel à la prière s'éta [...]

Mihrab de Masjid i-Vakil

Photographie : Mihrab de Masjid i-Vakil

Le mihrab, niche décorée dans le mur qibla (indiquant la direction de La Mecque) de Masjid i-Vakil, la mosquée de Karim Khan (1705-1779), dynastie Zand, à Chiraz, Iran. 

Crédits : Bridgeman Images

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Pour citer l’article

Janine SOURDEL, « ÉVOLUTION DE LA VILLE ISLAMIQUE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/evolution-de-la-ville-islamique/