ÉTHIOPIE

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Nom officielRépublique démocratique fédérale d'Éthiopie (ET)
Chef de l'ÉtatSahle-Work Zewde (depuis le 25 octobre 2018)
Chef du gouvernementAbiy Ahmed (depuis le 2 avril 2018)
CapitaleAddis-Abeba
Langue officielleaucune 1
Note : La langue de travail est l'amharique
Unité monétairebirr éthiopien (ETB)
Population104 477 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)1 063 652

L'Église d'Éthiopie

Le christianisme fut introduit en Éthiopie vers l'an 320 par deux laïcs syriens, Edesius et Frumentius, qui y convertirent le souverain après avoir été conduits à sa cour à la suite d'un naufrage en mer Rouge. Frumentius, après avoir reçu l'ordination épiscopale de saint Athanase, patriarche d'Alexandrie, devint le premier évêque du pays. Fidèle à ce précédent, l'Église d'Éthiopie allait recevoirs ses hiérarques de l'Église copte jusqu'auxxe siècle. Vers 480, un groupe de moines syriens (les Neuf Saints) donna un nouvel essor au christianisme éthiopien, y introduisant à la fois le monachisme (dont le rôle sera capital) et le monophysisme, au moins sous la forme d'un refus des formulations du Concile de Chalcédoine (451), qui renforçait ses liens avec l'Église d'Alexandrie. De cette époque dateraient les monastères les plus célèbres : Debra Damo et Debra Libanos notamment ; ce dernier fut réorganisé par Tekla Haymanot vers 620.

Vers l'autonomie

L'invasion islamique de la vallée du Nil, en 640, coupa l'Église d'Éthiopie du reste de la chrétienté : son histoire reste mal connue pour la période du viie au xiiie siècle. L'Histoire des patriarches (coptes) d'Alexandrie, écrite au xe siècle, relate cependant que, par la menace de mesures de rétorsion sur leurs sujets musulmans, les souverains éthiopiens purent protéger, à plusieurs reprises, leurs coreligionnaires d'Égypte de la persécution. Six siècles plus tard, la découverte du pays par les Portugais, et surtout l'aide qu'ils lui apportèrent dans la lutte contre l'invasion musulmane, amena l'Église au contact du catholicisme pendant deux siècles, et même à une union avec Rome. Elle fut éphémère (1626-1632), surtout à cause des tendances latinisantes des jésuites. Le xxe siècle s'est caractérisé par l'émancipation canonique de l'Église vis-à-vis de celle d'Alexandrie : en 1929, elle obtint l'ordination de cinq évêques autochtones ; en 1948, l'existence d'un archevêque éthiopien fut acceptée ; en 1959, un accord définitif consacra l'autocéphalie de l'Église avec un patriarche catholicos à sa tête (abouna). Ce dernier, éthiopien, devait simplement reconnaître la primauté d'honneur du pape d'Alexandrie, qui procédait à son ordination. Le chef de l'ordre monastique (etcheguié) gardait un rôle considérable dans un pays qui comptait des milliers de couvents. Son titre et sa fonction furent repris par l’abouna en 1971.

Le renouveau contemporain

L'Église d'Éthiopie, qui a été l'épine dorsale de la nation, a bénéficié pour son renouveau contemporain de la sollicitude de l'empereur Hailé Sélassié. Il a favorisé la traduction de la Bible en amharique, comme l'introduction partielle de cette langue dans une liturgie jusqu'alors tout entière en guèze. De même, il a créé une école théologique en 1944, pour un clergé surabondant mais peu instruit ; qu'il ait placé à la tête de celle-ci un Arménien puis un Syrien du Malabar témoignait de son souci de regrouper les Églises sœurs non chalcédoniennes. L'Église éthiopienne, la plus nombreuse (huit millions de fidèles), et seule à être une Église d'État, prit conscience de ses responsabilités en ce sens, comme en témoigne la rencontre organisée à Addis-Abeba entre toutes ces Églises en 1965. L'empereur aurait voulu également lui voir assumer un rôle social en rapport avec son immense richesse foncière : sa collaboration avec le Conseil œcuménique des Églises l'y aida quelque peu.

Hailé Sélassié

Photographie : Hailé Sélassié

L'empereur d'Éthiopie Hailé Sélassié (1892-1975), assis, et sa suite en costume traditionnel, lors d'une réception, à Addis-Abeba, en 1930. 

Crédits : Hulton Getty

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Proche parente de l'Église copte, l'Église d'Éthiopie n'en est pas une simple réplique. Elle a une liturgie qui lui est propre : jeûne très développé (deux cent cinquante jours par an) et danses sacrées, par exemple. Ses ministères incluent des dabtaras (lecteurs-psalmistes, scribes et danseurs), et son canon des Écritures admet des apocryphes, tels le Livre d'Énoch, le Pasteur d'Hermas, l'Ascension d'Isaïe, etc. Dans l'ensemble, elle a subi des influences judaïsantes (observance du sabbat, interdits alimentaires, circoncision sans portée religieuse) et aussi païennes. La réussite unique qu'elle représente pour le christianisme, en fait d'acculturation à l'Afrique, explique que bien des regards continuent de se tourner vers elle.

Prêtre copte

Photographie : Prêtre copte

L'Église copte d'Éthiopie s'est affranchie du patriarcat d'Alexandrie en 1959. 

Crédits : A. Tessore/ De Agostini/ Getty Images

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Un temps d'épreuves

Avec l’instauration du régime militaire en 1974, l’Église d’Éthiopie dut affronter une série de difficultés  : elle perdit sa position officielle, tandis qu’une pleine liberté religieuse était reconnue aux musulmans, aux catholiques et aux protestants ; elle perdit aussi son patrimoine foncier ; elle dut admettre, sur la pression du pouvoir, que les laïcs participent aux prises de décisions à tous les échelons ; le patriarche Théophilos fut déposé en 1976, ainsi que dix évêques, remplacés en 1978. Le régime ménagea néanmoins cette Église fortement identifiée à la culture amharique, ciment de l’unité nationale. Après la chute de Mengistu, en mai 1991, le patriarche Merkorios, compromis avec le régime, fut contraint d’abdiquer et s’exila aux États-Unis. Mais des évêques et des fidèles l’ont suivi ; ils font schisme dans l’Église éthiopienne orthodoxe en exil. Quant à l’indépendance de l’Érythrée, en 1993, elle entraîne l’autocéphalie de l’Église orthodoxe d’Érythrée, dont le premier patriarche est consacré par le pape d’Alexandrie en 1998.

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Éthiopie : carte physique

Éthiopie : carte physique
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Éthiopie : drapeau

Éthiopie : drapeau
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Kaffa

Kaffa
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Parc national du Simien, Éthiopie

Parc national du Simien, Éthiopie
Crédits : B. Haas/ National Geographic/ Getty

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Écrit par :

  • : docteur ès sciences, directeur de recherche au C.N.R.S., ancien directeur du Laboratoire de recherche sur l'Afrique orientale
  • : docteur ès lettres, maître de recherche honoraire au C.N.R.S., de l'Académie des sciences d'outre-mer
  • : maître de conférences en anthropologie et en histoire au Centre d'études africaines, École des hautes études en sciences sociales
  • : professeur des Universités, Institut français de géopolitique de l'université de Paris-VIII, membre du Centre d'études africaines, C.N.R.S., École des hautes études en sciences sociales, chargé de cours à l'Institut national des langues et civilisations orientales
  • : secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions et belles-lettres
  • : professeur honoraire à l'Institut catholique de Paris
  • : maître de recherche au C.N.R.S.
  • : expert à l'Institut éthiopien d'archéologie, Addis-Abeba

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Pour citer l’article

Jean CHAVAILLON, Jean DORESSE, Éloi FICQUET, Alain GASCON, Jean LECLANT, Hervé LEGRAND, Jacqueline PIRENNE, R. SCHNEIDER, « ÉTHIOPIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ethiopie/