ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE (Le territoire et les hommes)Histoire des politiques économiques depuis 1945

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Le parachèvement du New Deal et la consolidation de l’hégémonie

Bilan économique au sortir de la guerre

Conformément à la volonté du président Franklin D. Roosevelt, qui souhaitait que l’Amérique devînt le « grand arsenal de la démocratie », un effort de guerre massif est déployé à partir de 1941. La conversion de l’économie américaine en économie de guerre prend la forme d’une « économie mixte », où « l’État fédéral fortement interventionniste – le big government – collabore avec les grandes entreprises – le big business – et les syndicats les plus influents – le big labor », selon l’expression de l’historien André Kaspi. Parallèlement au creusement des déficits induits par l’engagement accru de l’État, l’économie américaine connaît une importante réduction du taux de chômage, de 15 % en 1940 à 1 % en 1944. Le succès de la production industrielle est égalé par celui de la production agricole. Au cours des années de guerre, la production en valeur double pour la première et triple pour la seconde. L’économie américaine est, par conséquent, définitivement sortie de la crise que le New Deal n’avait pas achevé d’éradiquer. À ce titre, les années de guerre illustrent de façon exemplaire les vertus d’une politique budgétaire expansionniste.

C’est d’abord à travers le contrôle des prix que le gouvernement tente de maîtriser l’inflation – dont le taux atteint 18 % entre 1941 et 1943 – puis, en second lieu, via le blocage des salaires. Le mécontentement des salariés atteint un point critique, avec un doublement du nombre de grèves en 1943 par rapport à l’année précédente, et encore un accroissement de celui-ci au cours des deux années suivantes. Les grèves sauvages qui ont lieu dans le secteur de la houille tout au long de 1943 constituent l’action ouvrière la plus importante de la période de guerre et se soldent à la fin de l’année par une mince victoire en termes de salaires. L’inflation élevée, due en grande partie à l’endettement croissant ainsi qu’à l’augmentation des dépenses de guerre, conduit donc l’État fédéral à ne pas favoriser un déblocage des salaires, contrecarrant ainsi les intérêts du big labor.

La vigueur du mouvement syndical au cours des années de guerre, conjuguée à l’influence croissante des grandes entreprises, peut elle aussi être interprétée comme un aboutissement du projet de société formulé par les new dealers, c’est-à-dire les membres de l’administration Roosevelt et les hauts responsables des agences fédérales qui contribuent activement à ce programme politique. Officiellement reconnu par le Wagner Act de 1935, le mouvement syndical enregistre une forte croissance du nombre de ses membres, qui passe de 10,5 millions en 1941 à 14,75 millions en 1945 – près d’un tiers des salariés du secteur industriel. Au cours de cette même période, les conditions matérielles s’améliorent considérablement pour les salariés syndiqués. Les salaires réels, corrigés de l’inflation, augmentent à un rythme continu, à hauteur de 27 % pour le secteur manufacturier. Les salariés obtiennent également un taux horaire plus élevé pour la rémunération des heures supplémentaires.

La réhabilitation de l’image des entreprises constitue une caractéristique de la période des années de guerre. Alors que les new dealers nourrissaient initialement une méfiance à l’égard des activités de l’entreprise, ils évoluent vers une relation de nature plus coopérative : la guerre inspire aux divers acteurs sociaux le sentiment d’un intérêt commun. De même, les entreprises portent un regard neuf sur l’action publique : les diverses formes d’intervention de l’État fédéral ne sont plus perçues comme des intrusions dans les mécanismes du marché mais comme un préalable au bon fonctionnement de ce dernier.

Les ressorts du rayonnement international d’après-guerre

Si les bases de l’hégémonie américaine sont jetées dès la fin de la Première Guerre mondiale, celle-ci est consolidée dans une large mesure par la création du système monétaire international dit « de Bretton Woods », du nom de la localité du New Hampshire où se tient la conférence monétaire et financière de l’Organisation des Nations unies en juillet 1944. Les quarante-quatre nations représentées cherchent un système souple qui garantirait la stabilité des [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 13 pages

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Médias

Pittsburgh (États-Unis)

Pittsburgh (États-Unis)
Crédits : Bettman/ Getty-Images

photographie

Richard Nixon et la fin des accords de Bretton Woods, 1971

Richard Nixon et la fin des accords de Bretton Woods, 1971
Crédits : Courtesy of the Richard Nixon Library

photographie

Siège social d’Apple, Cupertino (Californie)

Siège social d’Apple, Cupertino (Californie)
Crédits : Jane Tyska/ MediaNews Group/ The Mercury News/ Getty Images

photographie

Signature de l’Obamacare, 2010

Signature de l’Obamacare, 2010
Crédits : The Washington Post/ Getty-Images

photographie

Afficher les 4 médias de l'article

Écrit par :

Classification

Autres références

«  ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE  » est également traité dans :

ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE - Vue d'ensemble

  • Écrit par 
  • René RÉMOND
  •  • 1 251 mots

Sans doute en raison de la richesse de son expérience, la société américaine est peut-être de toutes celle qui présente les contrastes les plus prononcés, et dans tous les domaines. Ainsi le régime politique des États-Unis a-t-il été depuis près de deux siècles admiré et imité comme le modèle de la démocratie ; mais il en est peu aujourd'hui dont les adversaires s'évertuent avec autant d'acharneme […] Lire la suite

ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE (Le territoire et les hommes) - Géographie

  • Écrit par 
  • Jacqueline BEAUJEU-GARNIER, 
  • Catherine LEFORT, 
  • Laurent VERMEERSCH
  •  • 19 933 mots
  •  • 16 médias

Les États-Unis d'Amérique se classent au troisième rang mondial par leur superficie (9 526 468 km2) depuis qu'ils ont réuni aux quarante-huit États qui les composaient traditionnellement l'Alaska en 1959 et les îles Hawaii en 1960. Leur population, 324 millions […] Lire la suite

ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE (Le territoire et les hommes) - Histoire

  • Écrit par 
  • Claude FOHLEN, 
  • Annick FOUCRIER, 
  • Marie-France TOINET
  •  • 33 202 mots
  •  • 58 médias

L'histoire des États-Unis est celle – assez improbable – de treize colonies anglaises coincées au xviiie siècle entre la côte atlantique et les hauteurs des Appalaches, devenues quelque deux cents ans plus tard la plus grande puissance mondiale.Le continent nord-américain est abordé par les puissances europée […] Lire la suite

ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE (Le territoire et les hommes) - La démocratie institutionnelle

  • Écrit par 
  • Serge HURTIG
  • , Universalis
  •  • 10 418 mots
  •  • 7 médias

Grande puissance mondiale, avec une population de 300 millions d'habitants, les États-Unis continuent à être régis par la plus ancienne Constitution écrite actuellement en vigueur, élaborée en 1787-1788 pour un pays de 4 millions d'habitants. Fondé sur les principes du fédéralisme, de la limitation et de la sé […] Lire la suite

ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE (Le territoire et les hommes) - Le droit

  • Écrit par 
  • André TUNC
  •  • 2 444 mots
  •  • 1 média

Le trait le plus fondamental du droit des États-Unis, c'est qu'il n'existe pas. Il n'est qu'une abstraction. La seule réalité, c'est, d'une part, cinquante droits d'État (un peu plus, en tenant compte du droit de Washington, la capitale fédérale, de celui de Porto Rico, etc.), et d'autre part, le droit fédéral.Si, en e […] Lire la suite

ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE (Le territoire et les hommes) - Religion

  • Écrit par 
  • Sébastien FATH
  •  • 3 472 mots
  •  • 2 médias

Les États-Unis sont parfois présentés comme « une nation avec l'âme d'une Église » (Chesterton). C'est à voir ! Car ce n'est pas d'une Église qu'il faut parler, mais d'une multiplicité d'Églises, de dénominations, de réseaux et de sectes. Parmi ces dénominations, on peut estimer à une vingtaine celles qu […] Lire la suite

ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE (Arts et culture) - La philosophie

  • Écrit par 
  • Jean-Pierre COMETTI
  •  • 6 286 mots
  •  • 2 médias

L'« Amérique », avant même de désigner un continent ou une nation, est communément assimilée à un « monde » ou à un « esprit » qui s'incarne dans les États-Unis d'Amérique, sources de réactions diverses et contradictoires, à la mesure de l'étendue d'un territoire, de ses contrastes et des particularités de son histoire. Cette histoire, singulière et brève, inséparable des bouleversements qui l'ont […] Lire la suite

ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE (Arts et culture) - La littérature

  • Écrit par 
  • Marc CHÉNETIER, 
  • Rachel ERTEL, 
  • Yves-Charles GRANDJEAT, 
  • Jean-Pierre MARTIN, 
  • Pierre-Yves PÉTILLON, 
  • Bernard POLI, 
  • Claudine RAYNAUD, 
  • Jacques ROUBAUD
  •  • 40 208 mots
  •  • 24 médias

Le goût qu'ont les lecteurs européens pour la littérature des États-Unis n'est pas une mode passagère. On a pu croire que les troupes de la Libération avaient apporté Hemingway dans leurs bagages et que l'âge du roman américain ne durerait pas. Mais, des décennies plus tard, les œuvres « traduites de l'américain » occupent plus que jamais la devanture des librairies. Même ceux qui y cherchent l'im […] Lire la suite

ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE (Arts et culture) - Le théâtre et le cinéma

  • Écrit par 
  • Geneviève FABRE, 
  • Liliane KERJAN, 
  • Joël MAGNY
  •  • 9 420 mots
  •  • 9 médias

Marqué à la fois par la pérennité des classiques (O'Neill, Miller, Williams, Albee), la domination d'un théâtre des images dans les années 1980 et l'essaimage des mises en scène, le théâtre américain continue de tenir son rang d'avant-garde et de compter dans le monde grâce à ses nouveaux venus, Tony Kushner, Paula Vogel ou Naomi Wallace. Il y a donc de […] Lire la suite

ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE (Arts et culture) - Les arts plastiques

  • Écrit par 
  • François BRUNET, 
  • Éric de CHASSEY, 
  • Erik VERHAGEN
  • , Universalis
  •  • 13 484 mots
  •  • 22 médias

L'histoire de l'art américain est d'abord celle d'un long combat pour échapper à la tutelle de l'Europe et affirmer son autonomie par rapport aux modèles et aux styles que celle-ci véhiculait. La fondation par Alfred Stieglitz, en 1902, du groupe de la Photo Secession, qui donne toute son importance à un médium encore mésestimé, l'exposition de l' […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

15-18 mai 1997 France – Chine. Visite du président Jacques Chirac en Chine

La Déclaration dénonce, au nom de la « multipolarité », « toute tentative de domination dans les affaires internationales », ce qui ne peut viser que les États-Unis. Enfin, le texte affirme que « les efforts tendant à promouvoir [...] les droits de l'homme doivent s'exercer dans le respect [...] de [leur] universalité [...], tout en tenant pleinement compte des particularités de chacun ». […] Lire la suite

4-30 juin 1990 Afrique du Sud. Voyage de Nelson Mandela en Europe et en Amérique et fin de l'état d'urgence

), quitte l'Afrique du Sud pour une tournée de six semaines dans plusieurs pays d'Europe et d'Amérique du Nord afin de plaider en faveur du maintien des sanctions économiques contre l'Afrique du Sud. Les 6 et 7, il est à Paris où il est accueilli par le président de la République et Mme Danielle Mitterrand, avant de s'entretenir avec de nombreuses personnalités politiques, dont Michel Rocard. […] Lire la suite

1er-25 septembre 1985 Afrique du Sud. Sanctions économiques limitées décidées par les États-Unis et la C.E.E.

Le 1er, le gouvernement sud-africain suspend jusqu'au 31 décembre tous les transferts financiers vers l'étranger, à commencer par les paiements de sa dette extérieure, estimée à 17 milliards de dollars, dont 12 milliards à moins d'un an. Seuls les intérêts des emprunts et les dividendes versés par les entreprises étrangères en Afrique du Sud continueront à être payés. […] Lire la suite

4-13 novembre 1984 Nicaragua. Tension avec les États-Unis après les élections

Le 4, 75,4 p. 100 des électeurs votent dans le calme et la régularité pour élire un président, un vice-président et les quatre-vingt-seize membres d'une Assemblée à la fois législative et constituante. Ce taux de participation est un succès pour les sandinistes, puisque plusieurs formations de l'opposition, en particulier la Coordination démocratique d'Arturo Cruz, avaient renoncé à participer faute de « garanties » et avaient appelé à l'abstention. […] Lire la suite

2-28 février 1982 Amérique latine – États-Unis. Intensification des combats au Salvador et initiatives diplomatiques

Le 24, le président Reagan prononce à son tour un discours sur l'Amérique centrale et les Caraïbes, à New York, devant l'Organisation des États américains (O.E.A.). Il expose un plan de développement économique à long terme qui fait confiance au libéralisme économique et au dynamisme de l'entreprise privée pour résoudre les problèmes économiques de cette région. […] Lire la suite

Pour citer l’article

Ruxandra PAVELCHIEVICI, « ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE (Le territoire et les hommes) - Histoire des politiques économiques depuis 1945 », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/etats-unis-d-amerique-le-territoire-et-les-hommes-histoire-des-politiques-economiques-depuis-1945/