ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE (Arts et culture)La philosophie

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De la révolution à la Seconde Guerre mondiale

La révolution américaine et sa philosophie

La révolution de 1776 et les événements qui l'ont préparée dès 1763, date du Proclamation Act, sont au commencement des mutations qui ont marqué l'histoire des États-Unis sur les plans intellectuel, social et institutionnel. Les idées et les discussions qui en ont été partie prenante sont aussi importantes pour en comprendre l'originalité que la nature de ces événements eux-mêmes. À la différence de la Révolution française, la naissance de la nation américaine ne s'enracine pas essentiellement dans des conflits sociaux ou économiques ; il s'agit de ce qu'on pourrait appeler un événement philosophique, en ce qu'il repose dès le départ sur un processus et des choix qui en engagent fondamentalement le sens. Pour tous ceux qui en furent les instigateurs, la Déclaration d'indépendance fut vécue comme l'acte de naissance d'un nouveau monde, affranchi de la tutelle de l'ancien, ouvert sur un avenir que celui-ci ne pouvait plus à lui seul définir ni préfigurer. Cette signification que la révolution américaine a revêtue aux yeux des Thomas Paine, John Adams ou Thomas Jefferson est déjà perceptible dans les discours des prédicateurs qui en ont précédé l'émergence (Roger Williams, Jonathan Edwards, entre autres) comme elle l'est chez les philosophes ou les écrivains qui l'ont exaltée, Henry David Thoreau et Walt Whitman par exemple ; elle a durablement imprégné les idées qui se sont exprimées en philosophie, ainsi que le sens même de la démocratie américaine, en dépit des travers ou des épisodes malheureux qui lui sont historiquement liés.

Sources : du puritanisme au transcendantalisme

Il est à peine besoin de dire que les puritains de la Nouvelle Angleterre obéissaient à une inspiration que nourrissait leur double refus de l'Église catholique romaine et de l'aristotélisme. Leur platonisme, lui-même expression de ce refus, contribua à forger un idéal d'indépendance qui s'illustra dans leur conception de la communauté. Il s'articula à d'autres sources qui, comme la lecture de Bacon, de Newton et de Locke, contribuèrent à restaurer la tradition puritaine dont Jonathan Edwards (1703-1758) fut l'artisan le plus représentatif. L'« âge des Lumières », dans ce contexte, fut celui d'une époque où se conjuguèrent le jeu des influences européennes et celui d'un grand nombre d'expériences audacieuses tant sur le plan religieux que politique et moral. « Jamais les intérêts collectifs du peuple n'avaient été aussi étroitement liés aux questions philosophiques » (H. W. Schneider). La sécularisation du puritanisme déboucha sur une conception laïque de l'histoire et du progrès et marqua toute la période pendant laquelle les Américains firent l'expérience de la liberté avant de s'en emparer. La pensée de Locke, adaptée aux problèmes spécifiques du Nouveau Monde, tant en ce qui concerne les rapports avec les Indiens que la révolte contre l'Angleterre, joua un rôle décisif. Benjamin Franklin, Thomas Jefferson et Thomas Paine incarnent cet âge des Lumières américaines. Comme le suggéra Lincoln en 1859, les principes qui ont guidé leurs écrits et leur action sont « les définitions et les axiomes d'une société libre. »

Les voies par lesquelles une pensée neuve ou originale voit le jour ne sont jamais simples. Non seulement elles dépendent de circonstances au nombre desquelles il faut compter la situation économique de la jeune nation – celle de la Nouvelle Angleterre en particulier –, mais elles sont aussi étroitement liées aux perspectives offertes à l'art ou à la sensibilité. L'émergence du transcendantalisme en offre un témoignage, à côté de l'influence qu'un poète comme Walt Whitman exerça sur les esprits. L'importance que revêtit alors pour beaucoup la philosophie de Kant, telle qu'elle s'exprime chez R. W. Emerson (1803-1882), est en partie fonction du rôle que jouèrent S. T. Coleridge (1772-1834) et William Wordsworth (1770-1850), ainsi que les artistes de la vallée de l'Hudson, de Thomas Cole (1801-1848) à Frederick Church (1826-1900).

Dans l'œuvre d'Emerson, le sentiment, l'imagination occupent une place qui entre directement en rapport avec les doutes que les Lumières lui ont inspirés. Le type de « confiance en soi » qui guida sa pensée et son discours, cette façon qu'il avait de s'adresser en tant qu'individu aux autres individus, s'accorde toutefois avec des attentes et des aspirations qui débordent le seul cadre de son œuvre, comme s'efforce de le montrer Stanley Cavell. On peut y voir la manifestation d'une conviction qui s'exprime aussi dans les échanges d'idées et en philosophie, dans les institutions et dans l'esprit qui les anime, et à laquelle se mêle parfois une conscience religieuse qui, pour paraître en retrait, n'en est pas moins présente, curieusement associée à une volonté d'expérimentation à laquelle la théologie elle-même s'est prêtée dans l'esprit des puritains. La conscience d'une tâche à accomplir selon des voies à inventer s'est ainsi exprimée diversement dans les courants d'idées philosophiques ou religieux qui ont vu le jour au xviiie et au xixe siècle, comme un fil qui y court en permanence, et qui ne s'est jamais manifesté aussi clairement que dans le pragmatisme américain.

Le pragmatisme

Le pragmatisme est le nom que Charles S. Peirce (1839-1914) a donné à sa philosophie, c'est-à-dire à ce qu'il considérait comme une méthode destinée à appliquer au traitement des problèmes philosophiques les techniques utilisées par les hommes de science dans leurs laboratoires. Cette inspiration, qu'il ne faut pas considérer comme une variété de scientisme, est à la source d'une critique et d'un réexamen de la métaphysique ; elle s'exprime dans une maxime devenue célèbre : « Considérer les effets pratiques que nous pensons pouvoir être produits par l'objet de notre conception. La conception de tous ces effets est la conception com [...]

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Jean-Pierre COMETTI, « ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE (Arts et culture) - La philosophie », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/etats-unis-d-amerique-arts-et-culture-la-philosophie/