ESTHÉTIQUELes catégories esthétiques

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Nature des catégories esthétiques

L'éthos

La catégorie se saisit d'abord dans l'expérience esthétique comme une impression affective (émotionnelle ou sentimentale) éprouvée intimement par le contemplateur de l'œuvre d'art. C'est la raison pour laquelle M. Dufrenne, dans sa Phénoménologie de l'expérience esthétique, parle de « catégories affectives ». Ressentie nécessairement dans l'âme d'un sujet, elle a donc, à ce titre, un aspect subjectif.

Cette réaction affective est spécialisée. Chaque catégorie a sa saveur propre. Le poétique ne se confond pas avec le satirique, ni le tragique avec le spirituel. Face au premier, on éprouve une impression d'élévation, prenante, douce, un peu éthérée, non sans quelque alanguissement ; avec le second, on se moque, mais d'une manière combative, avec un rire qui a quelque chose de la morsure ; avec le troisième, on ressent terreur et pitié par sympathie avec une résistance à un broiement qu'on sait inéluctable ; dans le dernier, on vit une sorte d'allégresse intellectuelle, où l'on jouit d'un dynamisme à la fois léger et d'une exacte précision. Et même des catégories très proches, voire des nuances d'une même impression générale, gardent leur individualité propre et irréductible : on ne sent pas de la même manière un gracieux en sobre élégance, un gracieux en suavité, un gracieux en préciosité ou un gracieux en mignardise.

Le terme d'éthos désigne actuellement une ambiance affective de qualité sui generis : une catégorie esthétique est donc d'abord un éthos.

Mais bien des œuvres peuvent participer d'un même éthos ; combien de tragédies ne cherchent-elles pas la catégorie du tragique ? Et quand bien même il n'y aurait qu'une seule œuvre au monde à relever d'une catégorie rare, le nombre de celles qui pourraient l'y rejoindre est indéfini. La catégorie esthétique est donc un abstrait affectif de caractère générique.

En outre, celui qui ressent l'éthos peut être non seulement le contemplateur de l'œuvre (spectateur, auditeur...), mais aussi son auteur. Pourtan [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 6 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  ESTHÉTIQUE  » est également traité dans :

ESTHÉTIQUE - Vue d'ensemble

  • Écrit par 
  • Daniel CHARLES
  •  • 1 611 mots

Qu'est-ce que l'esthétique ? Le philosophe allemand Martin Heidegger la définissait, en 1936, comme « la science du comportement sensible et affectif de l'homme et de ce qui le détermine », étant entendu que ce déterminant est le beau, que le beau peut aussi bien apparaître dans la nature qu'être issu de l'art, et que l'homm […] Lire la suite

ESTHÉTIQUE - Esthétique et philosophie

  • Écrit par 
  • Mikel DUFRENNE
  •  • 7 348 mots

Esthétique : le mot est assez neuf, et l'institution l'est plus encore ; la première revue d'esthétique, la Zeitschrift für Ästhetik und allgemeine Kunstwissenschaft, a été lancée en 1904, et en France la première chaire d'esthétique a été créée en 1921, à la Sorbonne, pour Victor Basch. Et pourtant la tâche que l'esthétique comme disc […] Lire la suite

ESTHÉTIQUE - Histoire

  • Écrit par 
  • Daniel CHARLES
  •  • 11 893 mots
  •  • 3 médias

L'esthétique traditionnelle – l'esthétique d'avant l'esthétique, si l'on s'avise du caractère récent de la discipline esthétique qui date de 1750 (année de parution du tome I de l'Aesthetica de Baumgarten) – a mêlé théorie du Beau et doctrine (normative) de l'art. […] Lire la suite

ESTHÉTIQUE - L'expérience esthétique

  • Écrit par 
  • Daniel CHARLES
  •  • 5 074 mots
  •  • 2 médias

La notion d'« expérience esthétique » recouvre des acceptions très distinctes. De nos jours, le sens « subjectiviste » qu'a légué le xixe siècle paraît avoir prévalu, sans qu'il faille pour autant privilégier le point de vue du spectateur : nous trouvons normal, par exemple, qu'un compositeur nous parle de lui-même dans sa musique ; nous écartons ains […] Lire la suite

ALLÉGORIE, notion d'

  • Écrit par 
  • François TRÉMOLIÈRES
  •  • 1 460 mots

Dans le chapitre « De l'allégorie au symbole »  : […] Ainsi autorisée par la théologie, l'allégorie a connu un prodigieux essor dans la littérature et l'art du Moyen Âge – au point que la pensée médiévale tout entière a pu être qualifiée d'allégorique. Tout s'entrelace, tout se répond dans un monde saturé de signes, sorte de livre où déchiffrer les marques du Créateur – mais aussi miroir de soi dans la quête amoureuse du Roman de la Rose ( xiii e   […] Lire la suite

ABSTRAIT ART

  • Écrit par 
  • Denys RIOUT
  •  • 6 698 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Les formes et le sens »  : […] Lorsque Kant oppose la « beauté adhérente », déterminée par la perfection de ce que doit être l'objet dans lequel elle se manifeste, à la « beauté libre », sans concept, il prend pour exemple de cette dernière non seulement les fleurs, le colibri, l'oiseau de paradis, les crustacés marins, les rinceaux ou les papiers peints, mais encore la « musique sans texte ». L'art abstrait tout entier ne ris […] Lire la suite

AISTHESIS (J. Rancière) - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Gilles QUINSAT
  •  • 1 077 mots

En 1946, Erich Auerbach publiait Mimésis , un essai qui fit date. Comme le précisait son sous-titre, l'ouvrage se proposait de décrire l'évolution de « la représentation de la réalité dans la littérature occidentale », de l' Odyssée d'Homère à La Promenade au phare de Virginia Woolf. À chaque chapitre, Auerbach partait de l'examen d'un extrait d'une œuvre qui lui permettait, comme à travers une […] Lire la suite

ALLÉGORIE

  • Écrit par 
  • Frédéric ELSIG, 
  • Jean-François GROULIER, 
  • Jacqueline LICHTENSTEIN, 
  • Daniel POIRION, 
  • Daniel RUSSO, 
  • Gilles SAURON
  •  • 11 638 mots
  •  • 3 médias

On définit généralement l'allégorie en la comparant au symbole , dont elle est le développement logique, systématique et détaillé. Ainsi, dans la poésie lyrique, l'image de la rose apparaît souvent comme le symbole de la beauté, de la pureté ou de l'amour ; Guillaume de Lorris en a fait une allégorie en racontant les aventures d'un jeune homme épris d'un bouton de rose. Il est évident qu'entre le […] Lire la suite

ANTHROPOLOGIE DE L'ART

  • Écrit par 
  • Brigitte DERLON, 
  • Monique JEUDY-BALLINI
  •  • 3 610 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Les esthétiques locales »  : […] L’assimilation de l’esthétique au beau, et du beau à une catégorie occidentalo-centrée, a longtemps différé la reconnaissance et l’étude des systèmes locaux de valeurs. Malinowski, en son temps (1935), nota pourtant « l’énergie considérable dépensée à des fins purement esthétiques » par les horticulteurs mélanésiens. Forge (1979) observa quant à lui que certaines populations de Nouvelle-Guinée ten […] Lire la suite

ANTI-ART

  • Écrit par 
  • Alain JOUFFROY
  •  • 3 052 mots

Dans le chapitre « L'anti-art et ses avatars »  : […] Le destin de l'anti-art ne traduit pas, depuis, cette violence extrême. Au fur et à mesure que l'art d' avant-garde a été accepté, classé, valorisé financièrement par les critiques, les musées et les marchands, l'anti-art est devenu l'épiphénomène de l'art. Si Breton n'y a jamais fait appel, s'il a même contribué à perpétuer à sa manière la vocation subversive de l'art proprement dit, son ami Mar […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Anne SOURIAU, « ESTHÉTIQUE - Les catégories esthétiques », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 octobre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/esthetique-les-categories-esthetiques/