ESPAGNE (Le territoire et les hommes)De l'unité politique à la guerre civile

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La Restauration et le règne d'Alphonse XIII (1875-1931)

On appelle généralement Restauration les années du règne d'Alphonse XII (1875-1885) et de la minorité d'Alphonse XIII, sous la régence de sa mère, Marie-Christine de Habsbourg-Lorraine (1885-1902). Mais cette période se prolonge sans changement majeur jusque vers 1917, lorsque s'ouvre une crise qui, après la dictature de Primo de Rivera, se terminera par la chute de la monarchie.

La Restauration

Une relative stabilité

Par contraste avec la précédente, cette période se caractérise par la stabilité constitutionnelle. La Constitution de 1876 a fonctionné jusqu'en 1923. Elle établissait une monarchie parlementaire avec deux chambres, Sénat et Cortes. Le suffrage restreint, adopté à l'origine, fut remplacé en 1890 par le suffrage universel. Cánovas del Castillo, instaurateur du système, était convaincu qu'il ne pouvait fonctionner que sur le modèle anglais, c'est-à-dire par l'alternance au gouvernement de deux grands partis respectueux de la Constitution. Tout en prenant la direction du parti conservateur, il poussa à la formation d'un parti libéral, dont le chef fut Sagasta. Effectivement, les deux partis exercèrent tour à tour le pouvoir. Seules les apparences de la démocratie étaient respectées, car lorsque le souverain désignait pour président du Conseil un homme politique, celui-ci, aux élections suivantes, s'assurait une majorité grâce à la pression de l'administration centrale et à l'influence des « caciques » locaux. Il faut dire que la société espagnole était très différente de la société anglaise et que l'on comptait 75 p. 100 d'analphabètes en 1877 (66 p. 100 en 1900). Ce système offrait du moins l'avantage de mettre un terme aux pronunciamientos. Deux partis restaient en dehors du régime, les carlistes et les républicains. Cánovas parvint à mettre fin à la seconde guerre carliste en 1876, à la suite de quoi les provinces basques perdirent leurs fueros. Quant aux républicains, ils se partageaient en plusieurs tendances. Si Ruiz Zorrilla inspira encore quelques conspirations infructueuses, le chef le plus prestigieux, Castelar, finit par accepter la monarchie. Dans les vingt premières années de la Restauration, la vie politique fut assez calme. Les deux grands partis, assez proches l'un de l'autre, étaient tous deux favorables à la centralisation et réalisèrent une œuvre législative importante, notamment la rédaction d'un Code civil. À partir de 1895, les révoltes coloniales, l'assassinat de Cánovas par un anarchiste, et plus encore le désastre de 1898 mirent le point final à cette relative tranquillité et suscitèrent une vague de découragement.

Troubles sociaux et politiques

Lorsque Alphonse XIII commença son règne personnel en 1902, il se trouva affronté à des problèmes plus graves que ses prédécesseurs. Le carlisme était devenu à peu près inoffensif, mais à sa place se développaient des mouvements régionalistes. Le plus puissant, le catalanisme, d'abord littéraire et sentimental, formulait maintenant un programme politique et organisait un parti, la Lliga, qui obtenait des succès électoraux. Le nationalisme basque, lui, en était encore à ses débuts. Surtout, la question sociale se posait dans toute son acuité. Le mouvement ouvrier, qui avait débuté timidement sous la première République, était devenu une force. Mais il s'était très rapidement divisé en deux branches concurrentes. Les socialistes marxistes, qui suivaient Pablo Iglesias, avaient formé une confédération syndicale, l'Union générale des travailleurs (U.G.T.), qui recrutait ses adhérents dans le prolétariat de Madrid et du Nord. En face d'eux grandissait un mouvement anarchiste, beaucoup plus fort que dans tout autre pays d'Europe. Les idées de Bakounine, introduites en Espagne par l'Italien Fanelli, avaient trouvé une audience extraordinaire dans les régions méditerranéennes et en Andalousie. Elles rallièrent non seulement des ouvriers, mais encore de nombreux journaliers agricoles qui vivaient dans la misère. On en arriva ainsi, en 1911, à la constitution de la Confédération nationale du travail (C.N.T.), d'inspiration anarchiste, dont les effectifs dépassèrent largement ceux de l'U.G.T.

Malgré cette conjoncture politique plus difficile, le régime parlementaire fonctionna à peu près régulièrement jusqu'en 1917. Les principaux hommes d'État de ce temps-là furent, [...]

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Pour citer l’article

Henri LAPEYRE, « ESPAGNE (Le territoire et les hommes) - De l'unité politique à la guerre civile », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/espagne-le-territoire-et-les-hommes-de-l-unite-politique-a-la-guerre-civile/