ESCHATOLOGIE

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Les sociétés sans écriture

Pour que se déploie pleinement l'horizon de la réflexion eschatologique, il est nécessaire qu'une certaine distance se soit déjà creusée entre la conscience de soi de la personne et le vécu collectif. Cela se vérifie a contrario dans toutes les sociétés de culture orale, où les conditions de vie ont longtemps été telles que la conscience d'appartenir à un groupe, familial ou tribal, l'emportait largement sur le sentiment du moi : ainsi en Afrique noire, en Océanie, dans les cultures chamaniques d'Asie centrale et septentrionale, etc. Là, personne n'envisage pour lui-même un destin post mortem séparé de celui du groupe. En conséquence, eschatologie individuelle et eschatologie collective s'ajustent harmonieusement ou plutôt tendent à se confondre. En lieu et place du jugement individuel, on trouve l'agrégation à une société des ancêtres qui accueille les nouveaux défunts et leur assure dans l'au-delà – lui-même conçu comme la réplique invisible du monde d'ici-bas – des conditions de vie en rapport avec ce que furent leur rang et leur mérite sur la terre. Réciproquement, un perpétuel cycle de réincarnations amène périodiquement à renaître au sein du groupe ceux qui l'avaient quitté depuis quelques générations. Ne se ressentant pas comme une unité monadique fermée sur elle-même, chacun des membres de sociétés de ce genre envisage sans angoisse de voir sa personne disloquée à la faveur des brassages entraînés par ces réincarnations : tel élément passe dans une plante ou un animal, tel autre dans une autre personne. La pérennité du fleuve de vie qui traverse les individus compte, semble-t-il, davantage à leurs yeux que le maintien pour l'éternité de leur actuelle forme d'existence. Et c'est cette manière de faire corps avec le groupe et avec l'univers, par-delà la coupure de la mort, qui entraîne, dans ces sociétés, l'inutilité d'un recours compensatoire à des mythes de la fin du monde.


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 10 pages

Écrit par :

  • : professeur de philosophie indienne et comparée à l'université de Paris-IV-Sorbonne

Classification

Autres références

«  ESCHATOLOGIE  » est également traité dans :

ADVENTISME

  • Écrit par 
  • Jean SÉGUY
  •  • 1 089 mots

Le terme « adventisme » vient du latin adventus , venue. Il désigne une doctrine centrée sur l'attente du retour du Christ à la fin des temps. En lui-même, le vocable adventisme pourrait s'appliquer à tous les mouvements du genre eschatologique de l'histoire du christianisme. En ce sens, il existe un adventisme pré-adventiste ou des traits adventistes dans de nombreux mouvements chrétiens. Sans do […] Lire la suite

ANTÉCHRIST

  • Écrit par 
  • Hervé SAVON
  •  • 1 187 mots
  •  • 1 média

C'est dans un texte du Nouveau Testament — la première Épître de Jean (fin i er /déb. ii e s.) — qu'apparaît pour la première fois le mot grec antichristos , dont le français « antéchrist » est le calque imparfait. Cependant, on voit se former l'idée d'un antimessie — c'est ce que signifie proprement antichristos — bien avant l'apparition du christianisme. En effet, les espérances eschatologique […] Lire la suite

APOCALYPSE DE JEAN

  • Écrit par 
  • Jean HADOT
  •  • 6 530 mots
  •  • 3 médias

L'Apocalypse de Jean est le dernier des livres du Nouveau Testament. Parmi cet ensemble d'ouvrages considérés comme «  canoniques » par l'Église chrétienne, elle apparaît comme un bloc erratique. Le contraste est d'abord dans la forme. À côté des Évangiles, des Actes des Apôtres et des Épîtres, elle représente un genre littéraire absolument différent. Le caractère étrange des visions qu'elle conti […] Lire la suite

APOCALYPTIQUE & APOCRYPHE LITTÉRATURES

  • Écrit par 
  • Jean HADOT, 
  • André PAUL
  •  • 9 980 mots

On appelle « littérature apocalyptique » une masse d'écrits organiques que les juifs anciens, du iv e siècle avant J.-C. à la fin du ii e siècle de l'ère chrétienne, ne cessèrent de produire et de promouvoir. Des éléments précurseurs s'en retrouvent plus ou moins nettement dans plusieurs livres, antérieurs et contemporains, de l'Ancien Testament hébraïque. Les textes chrétiens du Nouveau Testame […] Lire la suite

CHIISME ou SHĪ‘ISME

  • Écrit par 
  • Henry CORBIN, 
  • Yann RICHARD
  •  • 9 424 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Les cycles de l'histoire sacrée et la parousie du XIIe Imām »  : […] Les deux « dimensions », exotérique et ésotérique, de la Ḥaqīqat moḥammadiya correspondent aux deux mouvements, descente ( nozūl ) et remontée ( ṣo‘ūd ), de la Lumière moḥammadienne ( Nūr moḥammadī ). La descente de cette Lumière en ce monde, c'est essentiellement la mission exotérique des prophètes aboutissant à la mission terminale et récapitulative de Moḥammad, le « Sceau des prophètes ». Le m […] Lire la suite

CORBIN HENRY (1903-1978)

  • Écrit par 
  • Jean-Louis VIEILLARD-BARON
  •  • 1 022 mots

Philosophe, germaniste, iranologue, arabisant, Henry Corbin mena l'existence remplie d'un chercheur laborieux, d'un découvreur et d'un penseur aussi inspiré qu'érudit. Bibliothécaire jusqu'en 1939 à la Bibliothèque nationale, il traduit des œuvres du philosophe iranien du xii e siècle Sohravardi, mais se fait surtout connaître par la traduction de Martin Heidegger, alors inconnu en France ( Qu'es […] Lire la suite

DOLCINO fra (mort en 1307)

  • Écrit par 
  • Edina BOZOKY
  •  • 310 mots

Chef de la secte des « apostolici » (ou frères apôtres) ; né dans le diocèse de Novara, mort à Vercelli, fils d'un prêtre, Dolcino (en latin Dulcinus, en français Dulcin) devint le réorganisateur de cette communauté qui avait été fondée vers 1260 par Segarelli. Il vit en exil en Dalmatie lorsqu'il adresse sa première lettre (1300) aux apostolici, leur rappelant qu'ils doivent mener une vie apostol […] Lire la suite

ESSÉNIENS

  • Écrit par 
  • Raoul VANEIGEM
  •  • 1 224 mots

La secte juive des esséniens, fondée vers ~ 150 et qui disparaîtra deux siècles plus tard vers 68 après J.-C., a bénéficié d'une connaissance nouvelle avec la découverte, depuis 1947, d'un nombre important de manuscrits recueillis lors des fouilles du Khirbet Qumrān, sur la rive nord-ouest de la mer Morte. Les textes ont ranimé les querelles autour d'une thèse qu'Ernest Renan avait ainsi formulée  […] Lire la suite

GNOSTICISME

  • Écrit par 
  • Pierre HADOT, 
  • Michel TARDIEU
  •  • 10 629 mots

Dans le chapitre « Gnose et gnosticisme »  : […] On comprend maintenant pourquoi il faut distinguer gnose et gnosticisme. La gnose, orthodoxe aussi bien que gnostique, celle d'Origène comme celle de Valentin, semble correspondre à une tendance ésotérique du judaïsme tardif, qui s'est prolongée dans le judéo-christianisme et dans le christianisme. Un des intérêts des recherches contemporaines sur le gnosticisme a été de montrer l'importance de c […] Lire la suite

HARNACK ADOLF VON (1851-1930)

  • Écrit par 
  • Jean HADOT
  •  • 1 770 mots

Dans le chapitre « Les critiques : de Loisy à Bultmann »  : […] Ce manifeste fut diversement reçu. Si les milieux du protestantisme libéral l'accueillirent très favorablement, il trouva immédiatement des adversaires nombreux. Il n'est pas étonnant que le luthéranisme allemand officiel se soit opposé aux thèses de Harnack. Mais la grande attaque vint du modernisme catholique français. Loisy répondit à Harnack dans son célèbre petit livre L'Évangile et l'Église […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Michel HULIN, « ESCHATOLOGIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 octobre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/eschatologie/