ERREUR

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L'erreur dans la connaissance ordinaire

Les philosophes de l'Antiquité ont poussé aussi loin qu'il est possible la critique de la connaissance sensible, celle que nous acquérons par les sens ou perception. Montaigne, dans les Essais (livre II, chap. xii), en a brossé un tableau qui, aujourd'hui encore, n'a pas été dépassé : « Que les choses ne logent pas chez nous en leur forme et en leur essence, et n'y fassent leur entrée de leur propre force et autorité, nous le voyons assez : parce que, s'il était ainsi, nous les recevrions de même façon ; le vin serait tel en la bouche du malade qu'en la bouche du sain. » Bien plus, « si de notre part nous recevions quelque chose sans altération, si les prises humaines étaient assez capables et fermes pour saisir la vérité par nos propres moyens, ces moyens étant communs à tous les hommes, cette vérité se rejetterait de main en main de l'un à l'autre ». En un mot, comment nous assurer que les sens nous peignent les choses comme elles sont et que les impressions ne varient que faiblement d'un homme à l'autre ? Les exigences de la vie en société donnent d'ailleurs plus de poids à la seconde question qu'à la première. Épicure et Lucrèce insistaient sur le fait qu'il fallait se tenir fermement au témoignage de la perception, « car, dit Lucrèce, ce n'est pas seulement notre raison qui s'écroulerait, mais notre vie même qui périrait, si, perdant confiance en nos sens, nous n'évitions pas les précipices et autres dangers du même ordre qu'il faut fuir ». Mais peut-on aller plus loin qu'un acte de foi et dire à quelles conditions la perception est ou non fiable ? On ne peut pas exhiber de preuves directes de la similitude foncière de ce que voient deux individus, Pierre et Paul. Mais on en a de fortes présomptions indirectes : si, à la chasse, ils abattent du gibier, on ne [...]


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Pour citer l’article

Bertrand SAINT-SERNIN, « ERREUR », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/erreur/