STROHEIM ERIC VON (1885-1957)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Un réalisateur maudit

Né à Vienne, d'une famille de commerçants israélites, Erich Hans Stroheim, dit Eric von Stroheim, déserte après six mois de service militaire. On le retrouve en 1914 à Hollywood comme figurant, puis comme assistant. En 1917, des films de propagande lui donnent l'occasion d'incarner des junkers prussiens, odieux à souhait. Son succès, que consacre la formule publicitaire « L'homme que vous aimerez haïr », l'engage à prétendre qu'il s'appelle von Stroheim, qu'il est fils d'aristocrates autrichiens, qu'il a servi comme lieutenant de dragons sous les Habsbourg : une légende qu'il maintiendra jusqu'à ses derniers jours et qui sera universellement adoptée. Ce sera un personnage de cette caste qu'il incarnera dans La Loi des montagnes (Blind Husbands, 1918), Folies de femmes (Foolish Wives, 1921), La Symphonie nuptiale (The Wedding March, 1927) et qu'il confiera à un autre acteur dans Merry Go Round, La Veuve joyeuse (The Merry Widow, 1925), Queen Kelly (1928).

C'est avec l'adaptation d'un roman de Frank Norris qu'il donne toutefois sa véritable mesure. Les Rapaces (Greed, 1923) sont tournés, intérieurs et extérieurs, dans des décors naturels : technique sans précédent pour une œuvre de fiction. Ce n'est qu'un des procédés auxquels recourt Stroheim pour échapper aux poncifs hollywoodiens et donner une force convaincante aux passions sordides que le public n'est pas alors habitué à voir évoquées à l'écran. À la fois par la mimique des acteurs, dirigés avec une exceptionnelle maîtrise, et par un jeu de symboles, Stroheim fait comprendre que la cupidité des trois êtres qui les fait se déchirer entre eux n'est qu'une forme de sexualité refoulée.

Les Rapaces, d'Eric von Stroheim

Photographie : Les Rapaces, d'Eric von Stroheim

Photographie

Zazu Pitts, Gibson Gowland et Hughie Mack dans Greed (Les Rapaces, 1924) d.Eric von Stroheim. 

Crédits : Collection privée

Afficher

La projection devait demander trois heures (la pellicule en aurait permis douze). Stroheim a toujours pensé que cette durée était nécessaire pour évoquer des conflits complexes, et un programme deux fois plus long aurait permis d'amortir le coût élevé de neuf mois de prises de vues. Devant les kilomètres de pellicule impressionnée, il lui faut plus d'un an pour réduire le montage à cette limite. La copie lui est al [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

Médias de l’article

Les Rapaces, d'Eric von Stroheim

Les Rapaces, d'Eric von Stroheim
Crédits : Collection privée

photographie

La Grande Illusion, de Jean Renoir

La Grande Illusion, de Jean Renoir
Crédits : Collection privée

photographie

Boulevard du crépuscule, B.Wilder

Boulevard du crépuscule, B.Wilder
Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

photographie

Afficher les 3 médias de l'article


Écrit par :

Classification

Autres références

«  STROHEIM ERIC VON (1885-1957)  » est également traité dans :

CINÉMA (Aspects généraux) - Histoire

  • Écrit par 
  • Marc CERISUELO, 
  • Jean COLLET, 
  • Claude-Jean PHILIPPE
  •  • 21 812 mots
  •  • 37 médias

Dans le chapitre « Sagas nordiques et démons germaniques »  : […] Au moment où les cinéastes américains captent la lumière crue du soleil californien, les réalisateurs suédois découvrent à leur tour la magie du paysage naturel. À propos du Trésor d'Arne (1919), où Mauritz Stiller montrait un cortège funèbre cheminant sur les glaces qui enserrent la coque d'un navire, Léon Moussinac écrivait : « Avec quelle puissance singulière le décor ainsi utilisé accuse le […] Lire la suite

ÉROTISME

  • Écrit par 
  • Frédérique DEVAUX, 
  • René MILHAU, 
  • Jean-Jacques PAUVERT, 
  • Mario PRAZ, 
  • Jean SÉMOLUÉ
  •  • 19 795 mots
  •  • 7 médias

Dans le chapitre « Érotisme et vision du monde »  : […] Techniquement, le cinéma se transforme en instrument de propagation d'un culte. Le « vedettariat » ne se conçoit pas sans certains rites. Que de jeunes premiers doivent apparaître torse nu ! Que d'actrices se montrent dévêtues, même des « intellectuelles » comme Edwige Feuillère dans Lucrèce Borgia , comme Jeanne Moreau qu'on a vue dans bien des baignoires, celle des Amants et celle de La Nuit r […] Lire la suite

SWANSON GLORIA (1899-1983)

  • Écrit par 
  • Gérard LEGRAND
  •  • 1 156 mots
  •  • 1 média

Josephine Mae Swanson était née à Chicago dans les dernières années du siècle. D'ascendance mi-italienne mi-suédoise, elle débute au cinéma comme « extra » parce qu'elle était venue voir le tournage d'un film Essanay, par simple curiosité (1913) : trois ans plus tard, elle épouse Wallace Beery et ils partent ensemble à Hollywood, où le célèbre acteur a accepté d'être engagé par Mack Sennett à con […] Lire la suite

WILDER BILLY (1906-2002)

  • Écrit par 
  • Marc CERISUELO
  •  • 2 402 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « De Vienne à Hollywood »  : […] Né en 1906 dans une petite ville de Galicie – ce qui fera dire à son maître et ami Ernst Lubitsch qu'il n'était pas un Juif de Vienne mais de Cracovie –, Samuel « Billie » Wilder, sujet de François-Joseph, est éduqué dans la capitale des Habsbourg. Quand il croisera bien plus tard son autre maître, Eric von Stroheim (auquel il confiera le rôle du maréchal Rommel dans Les Cinq Secrets du désert et […] Lire la suite

Pour citer l’article

Denis MARION, « STROHEIM ERIC VON - (1885-1957) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 septembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/eric-von-stroheim/