ROHMER ÉRIC (1920-2010)

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Les « Contes moraux »

Dans le premier long-métrage de Rohmer, Le Signe du Lion, l'espace règne en maître et l'intrigue pourrait se résumer aux déambulations de Wesselrin dont la dégradation, de l'état de dandy bohème à celui de clochard, n'est que la conséquence de son trajet dans l'espace : usure des vêtements, des chaussures, apparition de la barbe, salissures. Cet itinéraire, physique autant que moral et spirituel, nous conduit de la bonne fortune annoncée à la chute et à la déchéance, jusqu'au miracle final. L'aventure de Wesselrin est-elle déterminée par la logique des astres, comme peut le laisser supposer le titre du film, ou est-ce lui qui, dans sa mentalité un peu fruste, interprète ainsi les coups de dés du hasard ?

Réalisé en 1959, le film sort en 1962, en plein reflux de la nouvelle vague. C'est un échec commercial. Rohmer envisage alors « Six contes moraux » fondés sur un même principe : un homme aime une femme et s'intéresse un temps à une autre, avant de revenir à la première. Le principe de cette série, comme de celles qui suivront, devrait permettre au public de se familiariser avec un propos retrouvé de film en film : le jeu entre la subjectivité du héros, dont le commentaire off énonce principes et justifications morales, et son comportement réel, que l'image enregistre avec une impitoyable objectivité. L'intérêt naît évidemment de ces contradictions : si le trajet du narrateur accomplit effectivement son intention première, c'est au prix de détours imprévus, de surprises, de « hasards », voire d'une mauvaise foi dont le ridicule apparaît plus nettement de film en film.

Après deux courts-métrages, La Boulangère de Monceau (1962) et La Carrière de Suzanne (1963), La Collectionneuse (1966) connaît un succès en partie de malentendu, fondé sur l'évocation du milieu artistique de Saint-Tropez et l'« immoralité » de l'héroïne, « collectionneuse d'hommes ». Mais, avant Le Genou de Claire (1970) et L'Amour l'après-midi (1972), Ma Nuit chez Maud (1969) illustre au mieux le propos à la fois psychologique, moral et métaphysique de Rohmer. Autour d'une longue [...]

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Écrit par :

  • : critique et historien de cinéma, chargé de cours à l'université de Paris-VIII, directeur de collection aux Cahiers du cinéma

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Joël MAGNY, « ROHMER ÉRIC - (1920-2010) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 juillet 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/eric-rohmer/