VICTORIENNE ÉPOQUE

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Histoire

Les années difficiles

Les années de jeunesse, entre 1837 et 1851, sont celles d'une difficile stabilisation politique et sociale, d'une série de crises sérieuses, mais aussi de réformes majeures et d'une intense vie de l'esprit.

Les affrontements politiques

La Constitution ne connaît aucun changement important, après la dernière réforme parlementaire et électorale de 1832. Assainie par la lutte contre la corruption, la vie politique demeure l'apanage des propriétaires, d'un électorat qui correspond à quelque 5 p. 1 000 de la population et alors que le cens d'éligibilité écarte les moins fortunés. Bourgeoisie et classes foncières sont associées dans une difficile collaboration quand il s'agit d'intérêts matériels, mais sont unies pour s'opposer, au nom même de la liberté, à toutes les revendications démocratiques. Les chartistes, apparus en 1838, n'obtiennent satisfaction ni par la méthode pacifique de la pétition (1839, 1842, 1848), ni par le recours à la violence de la grève générale (1839), aux attaques sporadiques contre les machines industrielles (1842) ou aux prétendus préparatifs révolutionnaires en 1848. Le pouvoir évolue surtout dans l'exercice des droits de l'exécutif : la prérogative royale de choisir un Premier ministre a encore joué en faveur du whig lord Melbourne lorsque Victoria, en 1839, s'est brouillée avec sir Robert Peel. Mais la victoire éclatante des conservateurs, en 1841, contraint Melbourne à la démission, et le retour aux affaires de son rival consacre la règle du choix des ministres dans la majorité du Parlement. Les notables s'affrontent sur des problèmes variés : la politique extérieure, jugée trop imprudente en 1839-1840 quand Henry John Palmerston risque une guerre avec la France sur la question d'Orient ; l'impôt, quand Peel juge inévitable, en temps de paix, l'instauration de l'impôt sur le revenu (income tax) en 1842 ; le protectionnisme, en principe cheval de bataille des conservateurs, durement attaqué par les libéraux de l'école de Manchester autour de l'industriel et député Richard Cobden, chef de l'Anti-Corn-Law League. La famine irlandaise de 1846 persuade Peel, au prix d'une scission de son parti, de se rallier à l'abolition des droits sur les céréales et de donner le point de départ à une politique de libre-échange que le libéral John Russell mène à son terme en 1849 avec l'abolition des Actes de navigation ; la réforme sociale, honnie par les idéologues du libéralisme, objet des vœux du puissant courant philanthropique, qui aboutit en 1842 à la loi interdisant le travail au fond des mines des femmes et des enfants et, en 1847, à la loi de dix heures au bénéfice des femmes et des enfants en usine, grâce à l'étrange collaboration des intérêts fonciers ulcérés par la « trahison » de Peel l'année précédente et des esprits avancés ; l'organisation d'un service de l'hygiène publique, sollicitée par le rapport Chadwick sur l'état sanitaire déplorable des villes, est en fait imposée par l'épidémie de choléra de 1848. Les partis politiques sont alors encore médiocrement disciplinés, bien des élus représentent des fidélités individuelles plus qu'ils n'adhèrent à un programme précis. Les tories sont devenus en 1836 les « conservateurs », les whigs adoptent le nom de « libéraux » en 1847, mais les politiques se font encore souvent dans les grands clubs. Les chefs reconnus se heurtent à des factions. Sir Robert Peel, le conservateur, est abandonné par nombre de ses amis après sa conversion au libre-échange, et les peelites, après l'accession au pouvoir de lord John Russell, en 1846, paraissent marginalisés ; ce dernier, parfois mal inspiré, comme lors de sa querelle avec la papauté en 1850 et le vote de sa loi contre les nouvelles titulatures des évêques catholiques en Angleterre, n'est pas à l'abri des critiques de ses amis ; ainsi Palmerston, dont le renvoi après son approbation individuelle du coup d'État de Louis Napoléon Bonaparte en décembre 1851 provoquera bientôt la chute du cabinet.

Le terrain du choléra

Photographie : Le terrain du choléra

La Cour du roi Choléra. Une caricature britannique de 1852 montre les conditions idéales pour la propagation de la maladie. 

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Progrès et crises

Les querelles partisanes se déroulent sur la toile de fond d'une société en mutation. La puissance économique du Royaume-Uni s'affirme : on [...]

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Charles Darwin

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Le Huguenot, J. E. Millais

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Rienzi, W. H. Hunt

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  • : professeur honoraire à la Faculté des lettres et sciences humaines de Paris
  • : professeur à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

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Pour citer l’article

Louis BONNEROT, Roland MARX, « VICTORIENNE ÉPOQUE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/epoque-victorienne/