BERLINGUER ENRICO (1922-1984)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Le compromis historique et l'eurocommunisme

Le bilan des douze années de secrétariat de Berlinguer fait apparaître une césure entre deux périodes. La première, de 1972 à 1978, est celle des succès éclatants. Le P.C.I. connaît une forte croissance électorale (de 27,2 p. 100 des suffrages en 1972 à 34,4 p. 100 en 1976), bénéficiant seul de la poussée à gauche enregistrée lors du référendum sur le divorce en 1974 et des élections régionales de 1975. C'est aussi l'époque ou Berlinguer élabore une stratégie dont les deux volets, le compromis historique et l'eurocommunisme, feront du P.C.I. le point de mire de la gauche réformiste à l'Ouest comme à l'Est. Cette stratégie se situe d'ailleurs dans la continuité de la « voie italienne au socialisme » et du « polycentrisme », définis par ses prédécesseurs. Dans les trois articles publiés par Rinascita en octobre 1973, Berlinguer, s'appuyant sur l'exemple du Chili, donne un nom et une cohérence théorique à la préférence toujours marquée par le P.C.I. depuis 1944 pour de larges alliances et pour l'accord avec le mouvement catholique. Les déclarations conjointes publiées à l'issue de ses rencontres avec Santiago Carrillo en juillet 1975 et avec Georges Marchais en novembre de la même année ainsi qu'à la fin de la réunion des trois secrétaires à Madrid en mars 1977 réaffirment l'autonomie à l'égard de Moscou et la singularité du socialisme occidental.

Sur le plan politique, cependant, le succès de cette stratégie, symbolisée par la participation du P.C.I. à une majorité d'unité nationale en Italie de 1976 à 1978 et par la présentation de l'eurocommunisme comme modèle valable pour les sociétés industrielles, est de courte durée. Après l'ère des succès vient celle des difficultés. Au niveau international, le retrait du Parti communiste français à partir de septembre 1977 et la reprise de la guerre froide portent un coup fatal à l'eurocommunisme. Au niveau national, le P.C.I., qui a quitté l'opposition sans obtenir l'entrée au gouvernement, se trouve « au milieu du gué », situation particulièrement exposée. Une large partie des militants, de la jeunesse et des intellectuels refusent l'alliance avec la Démocratie chrétienne (D.C.). La classe ouvrière admet mal la politique d'austérité imposée par Berlinguer aux syndicats en 1978. De l'autre côté, des doutes s'expriment sur la sincérité de l'adhésion du P.C.I. à la démocratie parlementaire et à l'atlantisme. Lorsque, en janvier 1979, devant l'effritement de son électorat aux élections locales de 1978 et la menace d'une grève générale des métallurgistes, Berlinguer retire son soutien au gouvernement, le parti se trouve sans stratégie de remplacement alors que le recul électoral se confirme aux législatives de 1979 et aux régionales de 1980. Les nouveaux mots d'ordre, « l'alternative démocratique » et le « nouvel internationalisme » paraissent flous. La première surtout, qui n'est pas une alternative de gauche, ne précise pas la nature de la coalition destinée à mettre fin au système de pouvoir de la D.C., et elle semble d'autant moins crédible que jamais les rapports avec le Parti socialiste n'ont été si mauvais que sous la présidence de Bettino Craxi. En dehors de l'antipathie personnelle entre les deux leaders, il est vrai que la politique du P.S.I. visant à rééquilibrer les rapports de forces à gauche en isolant les communistes présente un réel danger. Berlinguer cherche à y échapper en menant une opposition très dure qui fait du P.C.I. le point de rassemblement de tous les mécontents et de toutes les victimes de la crise. On le verra ainsi aux portes des usines Fiat encourager les ouvriers en grève en septembre 1980 et surtout mener à partir de février 1984 une lutte sans merci (des manifestations de rue à l'obstruction parlementaire) et victorieuse contre le décret gouvernemental réduisant l'échelle mobile. La très forte mobilisation sociale orchestrée par le P.C.I. ne sera sans doute pas étrangère à la grande victoire électorale du parti aux élections européennes de juin 1984 (34 p. 100 des suffrages).

Victoire posthume pour Berlinguer, frappé d'une hémorragie cérébrale en prononçant le dernier discours de sa campagne, mais qui reste auréolé de la gloire d'avoir supplanté la D.C. à la première place des partis italiens. Victoire fragile, pourtant, car elle trouve ses points d'appui davantage dans l [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 4 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  BERLINGUER ENRICO (1922-1984)  » est également traité dans :

ITALIE - La vie politique depuis 1945

  • Écrit par 
  • Geneviève BIBES, 
  • Marc LAZAR
  • , Universalis
  •  • 31 399 mots
  •  • 12 médias

Dans le chapitre « Le déclin communiste »  : […] Lorsque Bettino Craxi arrive à la direction du P.S.I., 24,8 points séparent un Parti socialiste divisé et sans stratégie d'un Parti communiste en pleine expansion sous la conduite d'un leader charismatique, Enrico Berlinguer. Malgré les signes de fléchissement en 1979 et en 1980, le P.C.I. conserve encore en 1984 une avance de 22,1 points. Mais les consultations suivantes montrent que le triomph […] Lire la suite

PARTI COMMUNISTE ITALIEN (P.C.I.)

  • Écrit par 
  • Paul-Jean FRANCESCHINI
  •  • 1 305 mots
  •  • 1 média

Celui qui devint « le plus puissant parti communiste du monde non communiste » avait été fondé au congrès de Livourne en 1921. Le Parti communiste italien (P.C.I.) ne regroupe d'abord que la minorité ultragauche du Parti socialiste dirigé par Amadeo Bordiga et le groupe qui, autour d'Antonio Gramsci , avait publié à Turin la revue Ordine nuovo . Aux élections de mai 1921, il obtient seize sièges d […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Geneviève BIBES, « BERLINGUER ENRICO - (1922-1984) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/enrico-berlinguer/