ÉNONCIATION

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Le sens de l'énoncé comme description de l'énonciation

Vue à travers la terminologie qui vient d'être proposée, la notion d' énonciation est utile à la fois pour décrire le sens des énoncés (considéré comme le fait, le donné, à expliquer) et pour établir la signification des phrases (i. e. l'objet au moyen duquel le linguiste explique le sens). En ce qui concerne le premier point, on peut définir le sens d'un énoncé (mais ce n'est évidemment pas la seule définition possible) comme une description de son énonciation : ce serait une sorte d'image construite par le locuteur pour l'allocutaire, dans laquelle il caractérise le fait historique que constitue l'apparition de l'énoncé.

Au centre de cette définition il y a l'idée que le locuteur, même dans les énoncés en apparence les plus « objectifs », parle de l'énonciation. Historiquement, une telle thèse doit être reliée aux recherches de Benveniste sur les pronoms (Problèmes de linguistique générale, I, chap. xx), même si elle amène finalement à les mettre en doute.

Benveniste s'appuie sur le fait bien connu que les pronoms de première et de deuxième personne servent à désigner, respectivement, l'être qui est en train de parler et celui à qui on est en train de parler. D'où il résulte qu'en employant un tel pronom on fait toujours allusion à sa propre parole, à l'instance de discours à l'intérieur de laquelle on l'emploie. Le moment difficile du raisonnement de Benveniste est celui où, à partir de ce fait, et compte tenu qu'il existe des pronoms de première et de deuxième personne dans toutes les langues connues, il conclut que l'allusion à l'instance de discours est un trait essentiel, fondamental, de la parole humaine. Conclusion qui n'a aucune nécessité si on entend par « trait essentiel » un trait rendu nécessaire par les contenus que cette parole communique. On peut toujours répondre en effet que le recours à je et à tu pour la désignation d'êtres particuliers est un simple procédé, dont l'universalité s'explique uniquement par son caractère économique. Afin de montrer ce [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 13 pages

Écrit par :

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales

Classification

Autres références

«  ÉNONCIATION  » est également traité dans :

AUTOBIOGRAPHIE

  • Écrit par 
  • Daniel OSTER
  •  • 7 548 mots
  •  • 5 médias

L'idée même que quelqu'un, racontant sa vie, fasse quelque chose d'important, quelque chose même qui puisse être fait, s'impose comme une évidence qui semble interdire le moindre questionnement. Une sorte de violence, comme venue du sujet lui-même, du sujet enfin devenu lui-même, est là pour nous en imposer. L'égard dû à la personne humaine, ou à l'être réputé unique de la génétique, ou à l'indiv […] Lire la suite

CERTEAU MICHEL DE (1925-1986)

  • Écrit par 
  • Dominique JULIA, 
  • Claude RABANT
  •  • 2 889 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « L'écoute des voix »  : […] Le type d'épistémologie mis en œuvre par Michel de Certeau pour rendre compte des mystiques aux xvi e et xvii e  siècles s'articule très expressément avec une réflexion et une pratique insérées dans l'univers contemporain. Dans son travail historique, il met en effet l'accent sur la solidarité que l'expérience mystique a entretenue avec la régression des institutions du sens dans une chrétienté […] Lire la suite

CORPS - Corps et langage

  • Écrit par 
  • Louis MARIN
  •  • 5 693 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « La fonction référentielle et la fonction phatique »  : […] Dans le chapitre de l' Institution oratoire que l'on vient d'évoquer, qui parle des mains et de la langue universelle qu'elles paraissent constituer, Quintilien écrit : « Pour désigner les lieux et les personnes, n'équivalent-elles pas à des adverbes et à des pronoms ? » C'est ce point que nous examinerons maintenant en étudiant l'application des fonctions référentielle et phatique à la sémiotiqu […] Lire la suite

CRITIQUE LITTÉRAIRE

  • Écrit par 
  • Marc CERISUELO, 
  • Antoine COMPAGNON
  •  • 12 910 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Dialogisme et intertextualité »  : […] L'œuvre de Mikhaïl Bakhtine est contemporaine du formalisme russe mais son influence s'est fait sentir plus tard, après le structuralisme. Bakhtine se démarquait des formalistes en décrivant le fait linguistique comme procès social et situation communicationnelle. Cette insistance sur l' énonciation a pour conséquence de faire apparaître la pluralité de sens des énoncés, que Bakhtine appelle « hét […] Lire la suite

CROYANCE

  • Écrit par 
  • Paul RICŒUR
  •  • 12 004 mots

Dans le chapitre « Approche sémiotique »  : […] Avec A. J. Greimas, dans la Sémantique structurale (1965), Du sens I (1970), Maupassant (1976), et Du sens II (1983), une nouvelle tentative de mise en ordre des structures élémentaires de la croyance se fait jour, qui, à l'opposé de la phénoménologie, ne repose sur aucune intuition du vécu, mais sur la structure de l' énonciation , telle qu'elle est investie dans le discours oral ou écrit et […] Lire la suite

DICTION, théâtre

  • Écrit par 
  • Olivier NEVEUX
  •  • 1 274 mots

La diction est l'un des éléments du jeu du comédien caractérisant l'énonciation d'un texte. Elle prend en compte l'intonation, le débit, l'articulation, la prononciation, le volume sonore, etc. Souvent associée à la versification, elle déborde cependant le seul cas de l'alexandrin (« diction classique ») : tout acteur confronté à un texte travaille sa diction. L'intérêt porté à cette notion, s'il […] Lire la suite

ÉNONCÉ, linguistique

  • Écrit par 
  • Catherine FUCHS
  •  • 1 326 mots

En linguistique, un énoncé peut être défini comme une séquence orale ou écrite résultant d'un acte d'énonciation, c'est-à-dire produite par un sujet énonciateur dans une situation donnée. En français, la phrase minimale comporte nécessairement au moins un sujet et un verbe conjugué. En revanche, l'énoncé minimal peut être constitué d'un seul élément, de nature quelconque : des séquences comme « […] Lire la suite

ÉVÉNEMENT, philosophie

  • Écrit par 
  • Jean GREISCH
  •  • 1 927 mots

Dans le chapitre « Penser le singulier et la succession »  : […] Dès l'origine, le discours philosophique sur la réalité recourt aux puissances contrastées du nom et du verbe. Dans la première optique, que la pensée occidentale tend toujours à privilégier, le monde se compose de substances et d'accidents, de choses et d'états de choses constituant des faits. Dans une ontologie substantialiste, l'événement représente l'accidentel, ce dont il ne peut pas y avoir […] Lire la suite

DIALOGUE

  • Écrit par 
  • Françoise ARMENGAUD, 
  • Robert MISRAHI
  •  • 4 420 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Du dialogisme au dialogue »  : […] À l'inverse de l'habitude, il convient donc de définir le dialogue à partir du dialogisme du discours. Les tentatives constructivistes renouent fort heureusement avec la synthèse médiévale de la logique et de la rhétorique. C. Perelman et N. Rescher montrent dans la dispute rationnelle une méthode pour conduire systématiquement une controverse, et pas seulement pour susciter la persuasion. L'écol […] Lire la suite

FOUS LITTÉRAIRES

  • Écrit par 
  • Jean-Jacques LECERCLE
  •  • 5 640 mots

Dans le chapitre « La langue souveraine »  : […] Tout locuteur affronte, lorsqu'il prend la parole, la contradiction suivante : c'est lui qui parle, et pourtant ce n'est pas lui, mais la langue. Je parle en effet ma langue : elle me sert d'instrument, traduit mes pensées et les communique à autrui, est soumise à ma maîtrise. Je dis ce que je veux dire et je veux dire ce que je dis. Mais en même temps je sais bien que, même si je m'exprime dans […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Oswald DUCROT, « ÉNONCIATION », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 novembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/enonciation/