EMPIRE (PREMIER)

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Les guerres victorieuses

Dès 1803, l'Angleterre avait repris la guerre devant la menace d'une hégémonie non seulement politique mais économique de la France sur le continent. À la faveur de la paix d'Amiens, la politique des républiques sœurs menée par le Directoire avait en effet été poursuivie par Bonaparte. Ce dernier n'avait-il pas été élu à la tête de la République italienne ? N'était-il pas devenu médiateur de la Confédération helvétique et pratiquement suzerain de la République batave ? Ne devait-il pas être considéré comme l'inspirateur des décisions de la Diète germanique qui, en 1803, remania la carte de l'Allemagne ? Le cabinet britannique pouvait difficilement accepter une telle extension de l'influence française, d'autant qu'elle s'accompagnait de la signature de traités de commerce avec Naples, l'Espagne, la Russie, le Portugal et la Turquie. Plus inquiétant encore était un brusque réveil des prétentions coloniales de la France, comme le prouvait l'expédition de Saint-Domingue.

Aussi le conflit entre la France et l'Angleterre se ralluma-t-il en mai 1803. Ce fut la question de Malte qui provoqua la rupture : les Anglais ne pouvaient se résigner à abandonner une position qui leur permettait de paralyser toute entreprise française en Méditerranée orientale. Curieuse guerre au demeurant : Napoléon ne pouvait espérer l'emporter sur mer faute de marine, ni l'Angleterre sur terre faute de soldats. Chaque camp devait donc trouver une stratégie appropriée à ses forces et à ses faiblesses. Napoléon ressuscita les vieux projets de débarquement préparés sous le Directoire. De son côté, l'Angleterre resta fidèle à la méthode qu'elle avait adoptée contre la Révolution ; l'or anglais favorisa la naissance d'une nouvelle coalition continentale.

La troisième coalition

Napoléon songeait-il sérieusement à envahir l'Angleterre lorsqu'il massait sur le littoral cent cinquante mille hommes dont le quartier général était établi au camp de Boulogne ? L'entreprise ne pouvait réussir que si l'empereur s'assurait la maîtrise de la Manche pendant six jours. Mais les manœuvres de diversion tentées par Villeneuve échouèrent. En revanche, l'Angleterre réussit à s'assurer l'alliance de la Russie – dont le nouveau tsar, Alexandre Ier, avait été bouleversé par l'exécution du duc d'Enghien –, de l'Autriche et de Naples. La Prusse se préparait à rejoindre la coalition. Averti par Talleyrand, Napoléon avait dicté au camp de Boulogne, en août, les dispositions permettant à la Grande Armée (ainsi allait-on appeler les troupes rassemblées sur les côtes de la Manche, les seules qui auront bénéficié, en définitive, d'un véritable entraînement) de rejoindre rapidement le Rhin.

En octobre, les Autrichiens commandés par Mack envahissaient brusquement la Bavière et venaient attendre Napoléon au débouché de la Forêt-Noire. Renouvelant la manœuvre de Marengo, l'empereur, par les vallées du Main et du Neckar, surgit sur leurs arrières à Donauwörth. Bloqué dans Ulm, Mack capitulait le 20 octobre 1805. D'Ulm, Napoléon marcha sur Vienne dont il s'empara sans résistance. Puis il remonta vers le nord au-devant des empereurs François II et Alexandre Ier, qui avaient opéré la jonction des forces autrichiennes et russes près d'Olmutz. Il fallait remporter au plus vite un éclatant succès avant que les Prussiens eussent eu le temps de se joindre aux coalisés. Par une série d'habiles manœuvres, Napoléon amena ses adversaires sur un terrain qu'il avait préalablement reconnu près d'Austerlitz. Les Austro-Russes ayant occupé le plateau de Pratzen, le plan de Napoléon consistait à leur inspirer le projet de tourner l'armée française par sa droite, volontairement affaiblie par l'empereur, et de dégarnir ainsi leur centre à Pratzen. Dès lors, il ne resterait plus à Napoléon qu'à escalader le plateau, à enfoncer le centre adverse et à couper l'armée ennemie en deux, puis à en écraser l'aile la plus faible. La bataille d'Austerlitz se déroula, le 2 décembre 1805, comme l'avait prévu l'empereur.

Bataille d'Austerlitz

Photographie : Bataille d'Austerlitz

Plan de la bataille d'Austerlitz, dite « des trois empereurs », le 2 décembre 1805, jour anniversaire du sacre de Napoléon. L'arrivée en renfort de Davout en début de matinée permit à l'aile droite française de soutenir le choc de l'offensive austro-russe. 

Crédits : Roger-Viollet

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La coalition était brisée. Dès le 6 décembre, tandis que les Russes se retiraient en Pologne, les Autrichiens sollicitaient un armistice, bientôt transformé en paix à Presbourg. Talleyrand avait conseillé la modération à Napoléon, lui suggérant d'accorder des compensations à l'Autriche dans les Balkans, de manière à l'engager dans une rivalité avec la Russie en Orient. L'empereur n'écouta pas son ministre, dont l'influence ne devait cesser de diminuer. L'Autriche dut abandonner à la France la Vénétie, l'Istrie moins Trieste, et la Dalmatie.

D'Austerlitz date chez Napoléon l'idée de reconstituer à son profit l'« Empire d'Occident ».

En Italie, il détrôna par un simple décret les Bourbons de Naples qui s'étaient alliés à la coalition et donna leur royaume à son frère Joseph (mars 1806). La République batave devint royaume de Hollande et Louis, autre frère de Napoléon, en reçut la couronne (mai 1806). En Allemagne, Napoléon détruisit le Saint Empire romain germanique. Le duché de Bavière, agrandi du Tyrol au détriment de l'Autriche, devint un royaume au même titre que le Wurtemberg enrichi des dépouilles autrichiennes en Souabe. Sur la rive droite du Rhin fut créé un nouvel État, le grand-duché de Berg, donné à Murat, beau-frère de Napoléon. Tous ces États, auxquels se joignirent ceux de l'Allemagne du Sud et de l'Ouest, entrèrent dans la Confédération du Rhin dont Francfort devint la capitale et qui reconnut Napoléon pour protecteur. Le 1er août 1806 était proclamée la fin du Saint Empire romain germanique. Napoléon avait substitué son influence à celle de François II en Allemagne et en Italie.

La quatrième coalition et la destruction de la Prusse

Austerlitz mettait fin à la guerre contre l'Autriche et révélait, malgré la victoire maritime de Trafalgar, l'impuissance de l'Angleterre. Pitt mourut peu après et fut remplacé à la tête du cabinet britannique par Fox, chef des whigs, qui ouvrit des négociations avec la France. Elles échouèrent une nouvelle fois sur les problèmes méditerranéens et plus particulièrement sur la Sicile, d'où Napoléon exigeait que fussent chassés les Bourbons.

La rupture des pourparlers entraîna la formation d'une nouvelle coalition qui groupait, en plus [...]

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Portrait de Napoléon Ier, Girodet-Trioson

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Bataille d'Austerlitz

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Pour citer l’article

Jean TULARD, « EMPIRE (PREMIER) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/empire-premier/