DURKHEIM ÉMILE (1858-1917)

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Durkheim

Les antécédents

Émile Durkheim est né à Épinal en 1858, d'une famille de rabbins. Brillant élève au collège de cette ville, il se décida très tôt pour le professorat, prépara au lycée Louis-le-Grand l'École normale où il entra en 1879. Il y trouva, parmi ses condisciples, Bergson, Blondel, Jaurès, Janet. Il n'aima pas le climat de l'École : les jeunes normaliens lui paraissaient s'abandonner à une philosophie superficielle. Il eut cependant pour deux de ses professeurs, Fustel de Coulanges et Émile Boutroux, une admiration réelle.

C'est surtout par la lecture qu'il découvrit ses véritables maîtres : Spencer, Renouvier et surtout Auguste Comte. De Spencer et de Comte, il retint le modèle d'une recherche sur les lois guidant l'évolution des sociétés. De Comte, il conserva la préoccupation de constituer la sociologie en une discipline autonome, ayant son champ d'application propre. De Renouvier, il hérita l'idée de faire de la morale une science positive. Ces trois préoccupations constituent des traits permanents de l'œuvre de Durkheim.

Dans De la division du travail social, il tente de mettre en évidence une grande loi évolutive, un peu à la manière de Comte. Ensuite, il renoncera à faire de la recherche de telles lois le centre du travail du sociologue, mais il gardera toujours le souci d'analyser l'« évolution » des institutions, comme il le montre notamment dans son œuvre pédagogique.

Le souci de constituer la sociologie en science autonome le guida toute sa vie. Toutes ses œuvres, Les Règles de la méthode sociologique, Le Suicide ou ses écrits sur l'éducation, illustrent le désir de réserver à la sociologie des méthodes propres et une manière spécifique d'aborder son objet.

Quant à l'idée de faire de la morale une science positive, elle est présente à chacune de ses pages. Aussi bien la spéculation philosophique pure, à l'égard de laquelle il éprouva une grande répulsion à l'École normale, que la science désintéressée lui parurent toujours vaines. Ce qu'il lui importait avant tout était de constituer une science capable d'éclairer les sociétés sur leurs maux, capable d'indiquer les lignes d'action à partir desquelles il serait possible d'améliorer les rapports entre l'individu et la société. C'est pourquoi on trouve mêlées tout au long de son œuvre une analyse du fonctionnement des sociétés et une réflexion sur l'éducation : l'éducation n'est-elle pas le chemin privilégié par lequel l'individu s'insère dans la société ?

Durkheim fut en effet très sensible aux problèmes sociaux de son temps. Deux de ses livres parmi les plus importants : De la division du travail social et Le Suicide, sont nés d'une réflexion sur les désordres sociaux qui découlent de l'industrialisation massive des sociétés de son temps. Cette réflexion est d'ailleurs guidée par le climat de la IIIe République et par le souci que manifestent les hommes d'État de constituer une morale civique.

La convergence entre les préoccupations du jeune Durkheim et l'esprit du temps explique sans doute que le ministère ait jugé utile de lui attribuer une chaire de pédagogie et de science sociale à la faculté des lettres de Bordeaux, et cela dès 1887, alors qu'il n'était encore que l'auteur de trois articles dans la Revue philosophique : « Les Études récentes de sciences sociales », « La Science positive de la morale en Allemagne », « La Philosophie dans les universités allemandes ».

Chronologie de l'œuvre

Ces trois articles étaient la conséquence d'un voyage entrepris par Durkheim en Allemagne pour y étudier les sciences sociales auprès de Wundt.

Dès son arrivée à Bordeaux, il utilise le cadre de l'enseignement pour approfondir des thèmes qui lui sont chers. Son premier cours, en 1887, est consacré à « la solidarité sociale » ; puis il traite des précurseurs de la sociologie (Aristote, Montesquieu, Comte), de « la famille et la nature des liens de parenté », de « la physique du droit et des mœurs ».

En 1893, [...]

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Écrit par :

  • : directeur de recherche au C.N.R.S.
  • : membre de l'Académie des sciences morales et politiques, professeur à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Pour citer l’article

Philippe BESNARD, Raymond BOUDON, « DURKHEIM ÉMILE - (1858-1917) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/emile-durkheim/