EMDR (eye movement desensitization and reprocessing)

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Qu’est-ce que la psychothérapie EMDR ?

Lorsque le plan de traitement a été clairement défini et que le patient est prêt à entamer le travail de désensibilisation et de retraitement, le praticien applique alors la procédure EMDR standard en onze points à chacune des cibles identifiées. Cette procédure s’intègre dans un processus psychothérapeutique global qui a conduit à déterminer que l’EMDR pourra être utile dans le traitement de tel ou tel aspect de la problématique du patient. Rares sont les situations (mais il y en a) où la thérapie EMDR est utilisée sans travail d’anamnèse précis.

Les onze points de la procédure sont les suivants :

1. L’image. Le patient est invité à décrire l’image (ou la représentation sensorielle, à défaut d’informations visuelles) qui correspond le mieux à la cible ou qui représente le pire aspect de l’expérience ciblée.

2. La cognition négative. Le praticien demande au patient quels sont les mots qui s’accordent le mieux avec cette image (ou avec la représentation sensorielle s’il n’y a pas d’image) et qui expriment sa croyance négative, présente, sur lui-même. Cette cognition doit être négative, irrationnelle, autoréférencée et généralisable ; l’affect verbalisé exprime ce que la cible évoque ou confirme comme appréciation sur soi, « résonnant comme vrai maintenant ».

3. La cognition positive. Le praticien demande au patient ce qu’il aimerait croire de lui-même, maintenant, respectivement à cette image. Cette cognition doit être autoréférencée, refléter le sens du changement désiré, être au moins un petit peu crédible en tant que but espéré, généralisable, et concerner la même thématique que la cognition négative. La formulation doit être positive (par exemple, « je suis fort » ou « je suis quelqu’un de bien ») plutôt qu’une négation de la cognition négative (par exemple, « je ne suis pas faible » ou « je ne suis pas nul »).

4. La validité de la croyance (VOC : validity of cognition). Le praticien demande au patient d’évaluer, dans son ressenti (dans ses « tripes »), la validité de la cognition positive (le praticien répète les mots de celle-ci), c’est-à-dire le niveau auquel il la ressent comme vraie, dans l’instant présent, lorsqu’il pense à la cible, et ce, sur une échelle allant de 1 – « complètement fausse » – à 7 – « complètement vraie ».

5. L’émotion. Le praticien demande au patient de se centrer sur l’image (le praticien précise celle-ci) et sur les mots de la cognition négative (le praticien répète les mots de la cognition négative), et de décrire les émotions qu’il éprouve maintenant, dans l’instant présent (plutôt que la perturbation éprouvée lors de la survenue de l’expérience ciblée).

6. Les unités subjectives de perturbation (SUD : subjective units of disturbance). Le patient est invité à évaluer le niveau de perturbation qu’il éprouve maintenant, sur une échelle de 0 – « pas de perturbation » – à 10 – « le plus haut niveau de perturbation imaginable ».

7. Le siège des sensations corporelles. Juste après avoir estimé le niveau de perturbation ressentie (SUD), le patient est invité à localiser cette perturbation en termes de sensations corporelles.

8. La désensibilisation. Le praticien invite le patient à se centrer sur l’image (le praticien la répète) et sur les mots de la cognition négative (le praticien les répète), à remarquer l’endroit de son corps où il ressent la perturbation (le praticien nomme cet endroit), puis à laisser venir ce qui vient sans juger de ce qui doit être là. Le praticien commence alors à administrer les stimulations d’attention double par séries d’environ vingt-quatre allers-retours. À la fin de chaque série, le praticien invite le patient à faire une pause et à respirer. Le but est d’aider la personne à « lâcher » ce qui lui est venu pendant les stimulations d’attention double et à se réorienter dans le présent. Le patient rapporte ensuite « ce qui est là » ou ce qui lui vient. Lorsque les associations deviennent neutres ou positives, de manière avérée, le praticien invite le patient à se recentrer sur la cible, puis poursuit les séries de stimulations d’attention double. Cette procédure est répétée jusqu’à ce que le retour sur la cible ne suscite plus aucune perturbation (SUD = 0), ce qui peut être plus ou moins long et durer plusieurs séances.

9. L’installation. Le praticien vérifie auprès du patient si, lorsqu’il pense à la cible maintenant, les mots choisis initialement pour la cognition positive conviennent toujours ou si d’autres mots correspondraient mieux maintenant à ce qu’il souhaite croire de lui-même. Ensuite, le patient évalue dans quelle mesure ces mots résonnent comme vrais pour lui maintenant sur l’échelle VOC, lorsqu’il se centre sur la cible. Des séries de stimulation d’attention double sont appliquées jusqu’à ce que la valeur sur l’échelle VOC atteigne 7, « complètement vrai », ou éventuellement 6, si cette valeur est considérée comme adaptative et écologique.

10. Le scanner corporel. Le patient est invité à se recentrer sur la cible ainsi que sur les mots de la croyance positive ressentie comme vraie, puis à « balayer » ou à « scanner » son corps pour identifier toute sensation ou perturbation résiduelle. Des séries de stimulations d’attention double sont appliquées jusqu’à ce que le patient ne décrive que des sensations neutres ou positives en se centrant sur la cible et sur les mots de la cognition positive.

11. La clôture. Le praticien évalue le besoin de stabiliser le patient, l’invite à se centrer sur ce qu’il souhaite retenir de sa séance, l’encourage le cas échéant à utiliser l’une des techniques d’autorégulation émotionnelle déjà apprises. Il l’informe de la possibilité que le retraitement se poursuive après la séance et indique les signes repérables de l’utilité de continuer le retraitement. Enfin, il l’invite à tenir un journal de bord pour décrire ce qu’il aura observé entre les séances.

Au fil du temps, le protocole EMDR a évolué pour devenir de plus en plus sophistiqué. Il repose sur une conception encore en élaboration, baptisée « modèle de traitement adaptatif de l’information » (ou modèle TAI). Ce modèle repose sur l’idée d’un système de traitement de l’information chargé de l’assimilation et de l’intégration des divers aspects d’une expérience (somatiques, sensoriels, cognitifs, comportementaux et émotionnels). Dans des conditions hautement stressantes, telles que des événements traumatiques, ce système se déséquilibrerait, entravant ainsi l’intégration de l’expérience dans la mémoire autobiographique. Les perceptions initiales seraient alors stockées sous leur forme initiale avec les distorsions provoquées par le niveau élevé de stress.

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Écrit par :

  • : professeur des Universités, responsable du master de psychologie et du master 2 Psychologie de la santé et psychologie clinique, du laboratoire Apemac et de l'Epsam , université de Lorraine, fondateur et directeur du centre Pierre-Janet, université de Lorraine

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Pour citer l’article

Cyril TARQUINIO, « EMDR (eye movement desensitization and reprocessing) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/emdr/