KELLY ELLSWORTH (1923-2015)

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Les années d'apprentissage et d'expérimentation

Ellsworth Kelly est né le 31 mai 1923 à Newburgh, dans l'État de New York. Après une scolarité effectuée à Oradell et Englewood dans le New Jersey, il entame en 1941 des études en arts appliqués au Pratt Institute (Brooklyn), qu'il poursuit, après avoir été enrôlé dans l'armée entre 1943 et 1945, à la Museum of Fine Arts School de Boston. Ces années de formation, enrichies par des visites de musées d'art moderne (notamment le MoMA et le musée Guggenheim à New York), se prolongent par un long séjour parisien (1948-1954). Celui-ci est déterminant, à plus d'un titre, dans la mesure où Kelly y pose les bases de sa création à venir tout en circonscrivant un champ de références qu'il nourrit de rencontres décisives. C'est à l'occasion de ce séjour que l'œuvre de Kelly se radicalise. À travers la mise en place d'un processus d'épuration de la forme et de la palette chromatique, il conçoit des œuvres qui se situent aux frontières de l'abstraction. La série de représentations végétales Plants, de 1949, témoigne de cette économie de moyens. Le lien, fût-il ténu, tissé par ces œuvres avec la « réalité » n'en demeure pas moins déjà présent. Il en est de même du premier chef-d'œuvre parisien réalisé par Kelly à partir des fenêtres du musée d'Art moderne. Seul le titre, Window, Museum of Modern Art, Paris (1949, collection privée), permet effectivement de plier cette construction « préminimale » et symétrique à une logique de représentation. Le séjour en France de Kelly est en conséquence synonyme d'une purification graduelle de ses syntaxes et vocabulaires picturaux, cette mutation étant à la fois tributaire de ses révélations esthétiques – les travaux de Arp, Bonnard, Brancusi, Braque, Delaunay, Léger, Matisse et Picasso présentés au musée d'Art moderne –, et des dialogues engagés avec ses confrères mais aussi avec des critiques, des marchands et des collectionneurs. Les plasticiens Ralph Coburn et Jack Youngerman, le compositeur John Cage, le chorégraphe Merce Cunningham, la collectionneuse Alice Toklas, le critique Michel Seuphor, les galeristes Denise René et Louis Clayeux (galerie Maeght) font partie des fréquentations de Kelly.

La galerie Maeght expose régulièrement les tableaux de l'artiste américain. À travers elle, on peut ainsi suivre la lente et pourtant inéluctable « réduction » vers une abstraction que l'on se gardera bien, compte tenu de sa subordination à une optique de transcription, de qualifier de « totale ». Le va-et-vient entre formes reconnaissables et configurations abstraites qui se manifeste dans les œuvres conçues dans les premières années parisiennes, et qui trouvera un prolongement dans l'œuvre graphique de Kelly toutes périodes confondues, en dit long, en effet, sur sa volonté de ne pas se plier à telle ou telle famille de déclinaison picturale. Le rapport entre la figure et la forme, entre la ligne et la couleur, entre le contenu et le contenant et, plus généralement, le mode d'organisation de la toile ou de la feuille de papier sont autant de problèmes qui se posent à l'artiste. Problématique qu'il traite, selon les cas, en s'appuyant sur un langage « abstrait » ou « figuratif ». Une chaussure ou une branche, une table ou le scintillement de l'eau sur la Seine sont des prétextes visuels auxquels il convient de trouver une solution visant à agencer des formes, lignes et couleurs sur une surface donnée. L'observation des jeux d'ombres et de lumières alimente à cet égard la conception dialectique de l'artiste. Ainsi de la série La Combe (1950), dont les différentes variations se traduisent par des réinterprétations picturales d'ombres portées par une rampe sur un escalier. Le « mode d'emploi » et le titre – la villa La Combe est la propriété où les jeux d'ombres et de lumières ont été observés – permettent donc à nouveau au spectateur de s'appuyer sur une « traçabilité » de la composition, faute de quoi la série serait perçue comme l'illustration parfaite d'une abstraction géométrique. Le recours, en 1953 et 1954, à des grilles et des polyptyques renforce cette impression abstraite. Il s'agit pourtant, pour Kelly, dans la continuité de ses travaux précédents, d'expérimenter selon de nouveaux procédés les possibilités offertes par la forme, la ligne et la couleur et d'interroger corollairement les rapports engagés par ceux-ci avec les espaces environnants, à commen [...]

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  • : maître de conférences en histoire de l'art contemporain à l'université de Valenciennes, critique d'art, commissaire d'expositions

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Pour citer l’article

Erik VERHAGEN, « KELLY ELLSWORTH - (1923-2015) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ellsworth-kelly/