ELLIPSE, cinéma

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Comme en littérature, l'ellipse est, au cinéma, une figure narrative consistant à supprimer du récit un certain nombre d'éléments, tels que plans, scènes, etc., faisant partie du déroulement logique de la fiction, mais jugés inessentiels à sa compréhension. L'ellipse est classiquement utilisée pour « alléger » le récit, en éliminant ce qui est considéré comme des temps morts. Ainsi, dans Vers sa destinée (Young Mr. Lincoln, 1938) de John Ford, la mort d'Ann Rutledge, la fiancée du jeune Abraham Lincoln, est-elle signifiée par une ellipse entre deux scènes, l'une de conversation entre les deux jeunes gens, l'autre de monologue de Lincoln devant une tombe. L'idée-force (la mort d'Ann, décisive pour la carrière ultérieure de Lincoln) est rendue de façon plus expressive que si elle avait été filmée explicitement.

Déjà annoncée par l'école suédoise ou allemande (et par certains films de L. Feuillade) à l'époque du cinéma muet, l'ellipse reçoit avec Chaplin, dans L'Opinion publique (A Woman of Paris, 1923), sa forme classique : « Lorsque l'héroïne [Edna Purviance] est abandonnée, seuls les reflets des fenêtres éclairées des wagons indiquent le départ d'un train qu'on ne voit pas. Plus tard, quand [l'héroïne et son amant] se retrouvent, elle ouvre chez elle un tiroir. Le col d'homme qui en tombe suffit à caractériser sa nouvelle situation » (G. Sadoul, Histoire du cinéma).

L'ellipse peut avoir une fonction narrative majeure : ainsi dans L'Avventura (1959) de Michelangelo Antonioni, où la disparition inexpliquée d'un personnage féminin brise la linéarité du récit et vient hanter le film tout entier.

L'usage répété de l'ellipse dans un même film peut permettre un autre effet, une sorte de condensation rendant le récit mystérieux. C'est le cas de nombreux films policiers : Le Grand Sommeil (The Big Sleep, 1946), par exemple, de Howard Hawks, où la multiplication des scènes « manquantes » renforce le sentiment d'angoissante obscurité produit par le scénario de Raymond Chandler.

On peut mentionner aussi les ellipses de caractère sociologique qui varient considérablement d'après les lieux et les époques : il suffit de considérer l'évolution dans l'expression de tout ce qui touche à la sexualité non moins qu'à la violence. Quoi qu'il en soit, l'ellipse paraît fondamentale dans un art dont « le principe est de suggérer », comme l'a dit Jacques Feyder.

—  Jean-Louis COMOLLI

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Pour citer l’article

Jean-Louis COMOLLI, « ELLIPSE, cinéma », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 juin 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/ellipse-cinema/