ÉLECTIONSHistoire des élections

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La genèse de l'élection

Une procédure de désignation aristocratique

À Athènes, au ve siècle avant J.-C., la plupart des postes de magistrat étaient accessibles par tirage au sort au sein de l'assemblée du peuple (Ekklèsia), il en allait de même pour les membres du conseil (Boulé) et pour les héliastes parmi lesquels étaient recrutés les membres des tribunaux populaires (Dikastèria). Seuls quelques magistrats, une centaine environ, étaient élus : les généraux (Stratègoi) et les responsables de l'administration des finances principalement. Cet emploi du tirage au sort comme procédure de désignation peut sembler étrange aujourd'hui. Un historien aussi sérieux que Fustel de Coulanges en a proposé une interprétation religieuse qui témoigne surtout de son incompréhension du phénomène... Comme l'a bien montré Bernard Manin, le tirage au sort était tout simplement considéré par les anciens Grecs comme le mode de désignation le plus démocratique, alors que l'élection, qui mettait en jeu la puissance sociale des candidats et de leurs familles, était synonyme de gouvernement oligarchique ou aristocratique. Cette méfiance vis-à-vis de l'élection s'explique aisément. Pour les Grecs de l'Antiquité, il était primordial d'assurer une rotation des postes, car chacun devait être à la fois et successivement gouvernant et gouverné. Or la liberté d'élire implique aussi celle de réélire, et la tentation de perpétuer à travers le mécanisme de l'élection une magistrature personnelle.

Symboliquement associé à la démocratie athénienne, le tirage au sort, combiné avec d'autres procédures de désignation, s'est longtemps maintenu. On le retrouve dans les républiques italiennes du Moyen Âge et de la Renaissance. Il a fallu l'arrivée de Bonaparte pour que Venise y renonce en 1797. Quant à l'élection, c'est son usage dans la Rome antique qui explique que les cités italiennes aient conservé si longtemps un héritage procédural dont les systèmes de votation étaient partie intégrante. L'idée d'une participation du peuple à la désignation des dirigeants n'était donc pas étrangère aux élites médiévales, même si cette participation tenait plus de la ratification que d'un réel pouvoir d'initiative.

Les usages médiévaux de l'élection

Si l'on en croit Léo Moulin, les ordres religieux ont aussi contribué à perpétuer et développer au Moyen Âge les savoir-faire qui constituent les bases des formes de délibération et d'élection modernes. Le principe cardinal des élections médiévales est l'unanimité. Elles s'effectuent par acclamation ou ne sont que la ratification par consensus d'un candidat préalablement désigné par une minorité. L'élection est aussi un moment où la communauté, qu'elle soit religieuse ou citadine, fait corps autour de la désignation d'un de ses membres à des fonctions dirigeantes. L'unanimité ainsi suscitée traduit une manière de faire corps qui caractérisera toutes les élections jusqu'au xviiie siècle. Dans ces conditions, le principe de majorité est loin d'avoir la place qu'il a aujourd'hui. Il est même quasi ignoré de l'Église catholique qui, dans l'application de la règle de saint Benoît, ne consent à des élections que pour la meilleure part (pars sanior), mobilisant la partie la plus saine – c'est-à-dire la plus élevée – du corps ecclésiastique, et refuse pendant longtemps de s'en remettre à la loi du nombre en cas d'oppositions internes.

Malgré ces contraintes institutionnelles, il y a pourtant des élections disputées à cette époque. C'est dans le silence des monastères que tout un vocabulaire de l'élection – et les techniques qu'il désigne – s'impose : ainsi le verbe « blackbouler » désigne le fait de mettre une boule noire, synonyme d'un vote de rejet, dans une urne. Notons aussi la tripartion des suffrages dans certaines cités : votes pour, votes contre et abstentions qui prennent la forme du voto non sincero à Venise et du voto in conscienza à Padoue. La complexité des règlements électoraux atteint parfois des sommets : la loi vénitienne de 1268 prévoit ainsi jusqu'à neuf degrés d'élection pour désigner le doge, premier magistrat de la cité.

La révolution électorale

Une véritable réactualisation des techniques éle [...]

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Écrit par :

  • : maître de conférences en science politique à l'université de Paris-Ouest Nanterre

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Pour citer l’article

Christophe VOILLIOT, « ÉLECTIONS - Histoire des élections », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/elections-histoire-des-elections/