ALBEE EDWARD (1928-2016)

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L'introduction de l'absurde aux États-Unis

Sur le plan personnel et privé, c'est dans des circonstances bien différentes de celles que connut Genet qu'Albee s'assume comme figlio-di-nessuno (fils de personne). Né le 12 mars 1928 en Virginie, il est connu qu'il fut adopté par une famille qui avait fait fortune dans le monde du spectacle, qu'il fut élevé dans le luxe des Rolls-Royce et des leçons particulières, et qu'il lui fallut bien du talent pour se retrouver malgré tout, à vingt-deux ans, sur le pavé de New York, à gagner sa vie comme garçon de courses, vendeur ou barman, dans la meilleure tradition du self-made man. Il faudra une crise dépressive, résultant de la cassure avec ce mode de vie, pour qu'Albee se mette à écrire une pièce, Zoo Story, montée à Berlin en 1959 avant de l'être off-Broadway, en 1960, par Alan Schneider. La pièce se rattachait à l'absurde par la situation de base – deux hommes se rencontrent sur un banc – et par l'ambiguïté symbolique de la fin – l'un des deux s'empale volontairement sur le couteau qu'il vient de donner à l'autre. Il faut être prudent, avec Albee, dans l'utilisation du terme « absurde ». Il se méfie, à juste titre, de ces étiquettes qui permettent de rattacher l'inconnu au connu, de rester à distance, de se protéger contre ce qui peut déranger. « Les gens, dit-il, voient partout des pancartes parce qu'ils se refusent à vivre une expérience telle qu'elle leur est proposée, et à laisser leur inconscient entrer en jeu. » Tout de suite après Zoo Story, Albee écrit Le Tas de sable, proche de Beckett (Schneider créera un an plus tard à New York Oh les beaux jours !) : un tas de sable, deux chaises, le ciel pour toile de fond. Un jeune homme fait des mouvements de gymnastique qui doivent suggérer des battements d'ailes, car le jeune homme est, « après tout », l'Ange de la Mort. « Après tout », tant réalisme et symbolisme paraissent se tenir dans une relation de non-contradiction. On trouve là déjà un personnage qui sera développé dans Le Rêve de l'Amérique l'année suivante : celui de Grandma, « petite femme ridée aux yeux vifs » [...]


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Qui a peur de Virginia Woolf ?

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Edward Albee

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Marie-Claire PASQUIER, « ALBEE EDWARD - (1928-2016) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 juillet 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/edward-albee/