MÖRIKE EDUARD (1804-1875)

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La quête de l'enfance perdue

Œuvre plus subtile que forte, multiforme, qu'il est difficile de ramener à quelques traits généraux. Mörike n'a pour ainsi dire jamais quitté la Souabe (où il naquit à Ludwigsburg), et son monde s'étend du lac de Constance à la Forêt-Noire ; limitation frappante, en un temps où l'exotisme triomphe en Allemagne, et qui, comme son refus de la politique, prend l'allure du repli vers un microcosme protecteur. Mörike reste en quête d'une harmonie goûtée dans l'enfance, perdue dans les crises de l'adolescence – mort de son père, appauvrissement de sa famille, égarements amoureux – et qu'il tente de ressusciter sous des formes diverses. Tantôt ce visionnaire ému par le frôlement du bizarre se sent en rapport magique avec les Invisibles, elfes taquins, géants balourds, démones fascinantes et perfides ; tantôt son âme mobile réagit aux nuances de la lumière et des saisons en se fondant avec la Nature dans une union mystique où la dualité du moi et des choses, source d'inquiétude, est surmontée dans une étreinte voluptueuse. Parmi les éléments analysés par G. Bachelard, c'est l'air qui captive l'imagination du poète, et il s'est livré, indirectement, dans son poème « Sur une harpe éolienne », souvenir de celles qu'il avait connues sur les collines de son enfance, image d'une âme qui, caressée par des souffles errants, exhale des plaintes vagues et mélodieuses. Tantôt, au contraire, la faculté créatrice se resserre autour d'un objet, d'une situation, d'un nom (Rothraut, dans la plus fameuse de ses ballades), d'un arbre, d'un paysage, et se contient dans les limites d'un poème aux contours nets, dont Mörike avait trouvé l'exemple chez Goethe et dans la poésie grecque, idylles, épigrammes, pièces anacréontiques ; tantôt enfin, il se détend dans l'humour flegmatique et minutieusement descriptif chers aux Alamans et, teintant sa langue très pure de nuances dialectales, il raconte quelque farce rustique, évoque les menus conflits et les petites joies d'existences coites, les maîtres d'école, pasteurs, vignerons, pêcheurs du lac, les garçons farauds et [...]

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Écrit par :

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé d'allemand, professeur de littérature allemande à l'Université libre de Bruxelles et à la Vrije Universiteit Brussel

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Pour citer l’article

Henri PLARD, « MÖRIKE EDUARD - (1804-1875) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 février 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/eduard-morike/