PISANI EDGARD (1918-2016)

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« Résistant courageux, républicain détaché des querelles partisanes, réformateur ardent, esprit visionnaire » : les termes du communiqué publié par la présidence de la République le 21 juin 2016, à la mort d'Edgard Pisani, situaient bien les engagements de celui-ci.

Edgard Pisani

Photographie : Edgard Pisani

Artisan de la modernisation du monde agricole dans les années 1960, Edgard Pisani (ici à l'Élysée, à la sortie d'un Conseil des ministres en juin 1963) fut un ministre de l'Agriculture marquant de la Ve République. 

Crédits : Keystone-France/ Gamma-Rapho via Getty Images

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Né le 9 octobre 1918 à Tunis, licencié ès lettres et diplômé du Centre des hautes études administratives, Edgard Pisani, élément actif du Noyautage des administrations publiques (NAP), est au côté du préfet de police pendant l'insurrection parisienne d'août 1944. Gendre d'André Le Troquer, ministre de l'Intérieur, il dirige son cabinet en 1946, puis devient le plus jeune préfet de France, en Haute-Loire puis en Haute-Marne. C'est dans ce département qu'il commence, en 1954, sa carrière politique. Élu sénateur sous l’étiquette du Rassemblement des gauches républicaines, il siège au Conseil de la République – qui redevient Sénat en 1958 – jusqu'à l'été de 1961.

Alors que le milieu agricole multiplie les révoltes, il est nommé ministre de l'Agriculture. Si Michel Debré eût préféré une personnalité d'un esprit moins indépendant, il devait reconnaître l'efficacité de celui dont Charles de Gaulle avait apprécié les actes de 1944 et l'attitude en Haute-Marne. Pour le fondateur de la Ve République, l'exode des paysans les faisait quitter « une existence médiocre mais assurée » pour ne gagner que « la sourde angoisse des déracinés ». Il ne voulait pas qu'on oublie que la campagne où travaillaient sept Français sur dix lorsqu'il naquit avait été « la source de la vie, la mère de la population, la base des institutions, le recours de la patrie ». En maintenant Pisani à son poste pendant près de quatre ans et demi (24 août 1961-8 janvier 1966), ce qui constitue un record de durée, il lui donna le temps de mettre en œuvre la loi d'orientation agricole du 5 août 1960 et sa loi complémentaire ; elles dégageaient au bénéfice du monde paysan 75 milliards de crédits supplémentaires. Abandonnant le protectionnisme développé depuis les années 1890, les agriculteurs se tournaient vers l'exportation. Créée dès 1948, la Fédération nationale du Crédit agricole favorisa la modernisation. Une véritable « banque verte » soutint les SAFER (sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural) et les Sofideca (sociétés pour le financement et le développement de l'économie agricole) confortées par le fonds d'orientation et de régularisation des marchés agricoles et le fonds d'action sociale pour l'assainissement des structures agricoles.

Si Pisani institue, dans un esprit centralisateur, des directions départementales de l'Agriculture, il accorde une autonomie à l'Office national des forêts, où les propriétaires privés trouvent un appui. Pour les débuts du Marché commun, le ministre suit les instructions présidentielles et ne participe plus aux réunions européennes. La « politique de la chaise vide » déboucha, après 1965, sur une politique agricole commune favorable aux intérêts français.

Après avoir été le premier ministre de l'Équipement par la fusion des ministères de la Construction, des Travaux publics et des Transports, Edgard Pisani quitte le gouvernement dont il récuse le désir de gouverner par ordonnances. Maire de Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire) de 1965 à 1975, il siège à l'Assemblée nationale de mars 1967 à mai 1968 comme député du Maine-et-Loire et démissionne après avoir voté la censure du gouvernement Pompidou. Adhérent du Parti socialiste après 1974, et à nouveau sénateur de Haute-Marne (Gauche démocratique), il est élu député européen en 1979. Du 22 mai 1981 au 5 janvier 1985, il est commissaire européen chargé du Développement, investi dans les rapports avec le Tiers Monde et les pays arabes, gérant annuellement plus de deux milliards de dollars d'aides au bénéfice de soixante pays liés à l'Europe par la convention de Lomé. Nommé haut-commissaire en Nouvelle-Calédonie, au moment où l’archipel est en ébullition, il propose en janvier 1985 un statut d’indépendance-association qui n’apaise pas [...]

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Écrit par :

  • : docteur en études politiques et en histoire, ancien délégué-adjoint aux célébrations nationales (ministère de la Culture et de la Communication)

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UN VIEIL HOMME ET LA TERRE (E. Pisani)

  • Écrit par 
  • Michel ROBERT
  •  • 1 007 mots

L'agriculture et le développement n'ont cessé d'être, tout au long du parcours politique d'Edgard Pisani, des préoccupations majeures, auxquelles demeure dédié son ouvrage Un vieil homme et la terre. Neuf milliards d'êtres à nourrir, la nature et les sociétés rurales à sauvegarder (Seuil, 2004).Ministre de l'Agriculture de 1961 à 1966, sous la présidence du général de Gaulle, à […] Lire la suite

Pour citer l’article

Charles-Louis FOULON, « PISANI EDGARD - (1918-2016) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/edgard-pisani/