PROLÉTAIRES ÉCRIVAINS SCANDINAVES dits

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Une littérature de l'émancipation

L'impulsion première remonte à l'œuvre du Danois Martin Andersen Nexø (1869-1954), cordonnier formé par les récentes « écoles d'adultes » (folkhøjskoler) danoises. Dans Pellé le Conquérant (1906-1910), il avait démontré que l'avenir appartenait au prolétaire, à l'« homme sobre », symbole de la classe ouvrière qui se trouvait en état de conquérir le monde et d'accéder au bonheur par ses capacités innées, son courage, son sentiment de solidarité avec ses frères. Ditte, fille des hommes (1917-1921) fournissait l'épreuve négative du précédent livre : la société moderne, avec ses injustices, n'hésite pas à sacrifier ceux qui ne savent pas s'opposer à son égoïsme et à son matérialisme triomphant. Ce type d'écrivain avait été qualifié, dès 1906, par le critique suédois Bengt Lidfors, d'arbetarskald (« écrivain prolétaire »). Cela visait des auteurs sortis en effet du milieu prolétaire, qui se seraient personnellement libérés de leur classe. Nexø fournissait des armes à Lidfors lorsqu'il disait de Pellé : « Toi et moi et nous tous [...] nous venons de l'abîme et nous montons pour avoir part au jour nouveau. [...] Nous sommes le prolétaire qui surgit du néant et prend possession de l'avenir. »

En fait, ces œuvres correspondent exactement aux types littéraires du « roman de formation » (en allemand Bildungsroman), dont le modèle reste le Wilhelm Meister de Goethe (mais évoquons aussi le Martin Eden de Jack London) ou du « roman de développement » (en suédois utvecklingsroman) à la façon de Ma Jeunesse, de Maxime Gorki.

Sur le fond, deux points méritent l'attention : cette tendance correspond exactement au mouvement de démocratisation en profondeur de la société scandinave, dont la coloration bien spécifique remonte à de lointaines racines médiévales et, plus précisément, à l'émergence puis à la victoire de la social-démocratie ; en second lieu, il n'aurait pu se produire sans l'existence ni la mystique propre de l'« école d'adultes » (suédois folk [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 6 pages

Écrit par :

  • : professeur émérite (langues, littératures et civilisation scandinaves) à l'université de Paris-IV-Sorbonne

Classification

Autres références

«  PROLÉTAIRES ÉCRIVAINS SCANDINAVES dits  » est également traité dans :

ANDERSEN NEXØ MARTIN (1869-1954)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 496 mots

Romancier danois né le 26 juin 1869 à Copenhague, mort le 1 er  juin 1954 à Dresde. Andersen Nexø connaît très tôt la misère dans laquelle vit la classe ouvrière. Né dans les bas quartiers de Copenhague au sein d'une famille extrêmement pauvre, il passe une grande partie de son enfance sur l'île de Bornholm, où il travaille comme berger avant d'être apprenti cordonnier. Il suit plus tard des étu […] Lire la suite

JOHNSON EYVIND OLOF VERNER (1900-1976)

  • Écrit par 
  • Régis BOYER
  •  • 962 mots

Le romancier suédois Eyvind Johnson représentait l'une des tendances littéraires les plus originales qu'ait connues la Suède en ce xx e siècle ; c'est d'ailleurs à ce titre que, conjointement avec son homologue Harry Martinson, il avait obtenu le prix Nobel en 1974. Tous deux pouvaient passer, en effet, pour les chefs de file (avec Arthur Lundkvist et Vilhelm Moberg) du mouvement fort impropremen […] Lire la suite

LO-JOHANSSON IVAR (1901-1990)

  • Écrit par 
  • Régis BOYER
  •  • 932 mots

L'œuvre d'Ivar Lo-Johansson, écrivain suédois, est considérable, en particulier pour l'historien des lettres de son pays. Il est l'un des représentants les plus éminents, les plus fidèles aux causes qu'il défendait, du mouvement dit des « écrivains prolétaires », dont on est fondé à penser qu'il aura constitué un des apports les plus novateurs des lettres scandinaves à la littérature occidentale […] Lire la suite

LUNDKVIST ARTUR (1906-1991)

  • Écrit par 
  • Régis BOYER
  •  • 475 mots

Écrivain d’une grande diversité et d’une productivité sans égale, Artur Lundkvist fut aussi le « phare » et l'arbitre du goût de l'intelligentsia de son pays, le diffuseur et l'intercesseur de tous les grands mouvements de pensée et d'art du xx e  siècle : pour un Français, la comparaison avec un Jean Paulhan s'impose d'emblée. Il fut membre de l'Académie suédoise à partir de 1968. Artur Lundkvist […] Lire la suite

MARTINSON HARRY (1904-1978)

  • Écrit par 
  • Régis BOYER
  •  • 1 196 mots

Le poète et romancier suédois Harry Martinson fut l'une des figures les plus attachantes du xx e  siècle littéraire suédois. Le prix Nobel qui était venu couronner tardivement sa carrière, en 1974, conjointement avec son homologue et compatriote Eyvind Johnson, ne consacrait pas seulement l'écrivain « prolétaire », mais aussi un poète fort original et un humaniste d'une émouvante générosité. On […] Lire la suite

NORVÈGE

  • Écrit par 
  • Marc AUCHET, 
  • Régis BOYER, 
  • Georges CHABOT, 
  • Lucien MUSSET, 
  • Claude NORDMANN
  •  • 24 720 mots
  •  • 20 médias

Dans le chapitre « Le jeu du moi et des autres (1890-1914) »  : […] À partir de 1890 et pour quelque vingt-cinq ans, deux mouvements parallèles se dessinent. L'un, qui tient du néo-romantisme et du symbolisme, s'intéresse aux mystères de la psychologie humaine, aime la fantaisie en art, quête dans la nature et dans la culture toutes les formes possibles de religiosité. Le roman cède ici le pas au lyrisme, et le drame social à la rêverie poétique. L'autre, dicté pa […] Lire la suite

SUÈDE

  • Écrit par 
  • Régis BOYER, 
  • Michel CABOURET, 
  • Maurice CARREZ, 
  • Georges CHABOT, 
  • Jean-Claude MAITROT, 
  • Jean-Pierre MOUSSON-LESTANG, 
  • Lucien MUSSET, 
  • Claude NORDMANN, 
  • Jean PARENT
  • , Universalis
  •  • 35 810 mots
  •  • 17 médias

Dans le chapitre « Les Temps modernes »  : […] Désormais, la Suède est devenue une grande puissance. Elle souffre pourtant, en littérature, d'un déséquilibre entre tenants de la tradition et adeptes résolus d'un modernisme impénitent. À ce titre, l'auteur le plus représentatif restera Pär Lagerkvist (1891-1974) qui, d' Angoisse ( Ångest , 1916) à Mariamne (1967) en passant par Barabbas (1950) et de nombreux ouvrages romanesques ou dramatiqu […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Régis BOYER, « PROLÉTAIRES ÉCRIVAINS SCANDINAVES dits », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 28 septembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ecrivains-scandinaves-proletaires/