ÉCONOMUSÉES

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La conservation active des techniques en Europe : un état des lieux

La prise de conscience de la disparition d'un certain nombre de techniques et de savoirs indispensables à la création artisanale et artistique, ainsi que la prise de conscience des potentialités économiques que représente le marché des produits traditionnels ont engendré dans de nombreux pays d'Europe des initiatives publiques ou privées pour leur sauvegarde et leur mise en valeur.

Quatre catégories d'établissements – musées spécialisés, ateliers musées, conservatoires et centres de formation spécialisés – s'appliquent à perpétuer les savoirs techniques en faisant appel aux hommes qui sauront mettre en œuvre la formation requise (apprentissage, cursus spécialisés, stages...). Il faudra ensuite trouver des débouchés et adapter les produits au goût et aux aspirations du public.

Quelques exemples peuvent être cités : la coutellerie à Thiers ou la mégisserie et la ganterie à Millau, qui associent un musée à un centre de formation. À Charlieu, près de Lyon, a été construit un musée de la soie pour répondre à la demande des industriels et du lycée technique ; en Catalogne, le musée du textile de Terrassa dispense des formations spécialisées aux ingénieurs et aux designers. Le musée du chapeau de Chazelles-sur-Lyon, créé dans une ancienne usine, poursuit une activité de production tout en initiant le public aux subtilités du travail du feutre grâce à des jeunes, scolarisés pour être des « médiateurs de savoir-faire ».

Les techniques de la restauration se transmettent dans des établissements très spécialisés qui fonctionnent souvent comme des conservatoires de savoir-faire, tel le Centre européen de formation à la restauration des monuments installé sur l'île de San Servolo, à Venise, ou celui des métiers du bois basé à Fulda, en Allemagne.

Un dernier ensemble d'organismes associe au sein d'une même entreprise des missions de conservation, de formation et de création : ce sont les manufactures et les ateliers nationaux. Par exemple, en France, les manufactures nationales des Gobelins pour la tapisserie, de Sèvres pour la céramique, ainsi que les ateliers nationaux de la dentelle au fuseau au Puy-en-Velay ou de la tapisserie à Aubusson.

Le secteur privé peut également apporter sa contribution à la sauvegarde des techniques ou des savoir-faire menacés. Ces initiatives privées prennent bien souvent la forme de l'atelier musée défini par Gilbert Sommier, spécialiste des métiers d'art, comme : « une entreprise artisanale de production dont le ou les caractères d'intérêt exceptionnel (tradition, savoir-faire, site, bâtiment, outillage...) ont été renforcés par l'apport de fonctions complémentaires d'ordre muséologique, pédagogique et commerciale propres à accroître son attrait touristique, tout en préservant son authenticité et en lui assurant une autonomie financière de fonctionnement ».

Le moulin à papier Richard-de-Bas situé à Ambert, est sans doute, en France, l'exemple à la fois le plus ancien et le plus représentatif de ce type d'entreprise.

Lorsqu'il fut racheté par Marius Péraudeau en 1940 ce moulin à papier était le dernier des quelque trois cents établissements de ce type qui, au xive siècle, étaient en activité dans le Forez.

Rouvert en 1941, le moulin accueillit immédiatement un public nombreux désireux de voir « en direct » comment on fabriquait le papier. Dans une partie des bâtiments destinés au logement du meunier sera créé en 1943 un musée du papier conçu par Marius Péraudeau et le muséologue Georges Henry Rivière.

Le moulin Richard-de-Bas accueille chaque année cent mille visiteurs. On y suit le parcours habituel d'un atelier musée : après une présentation du contexte régional et local et des grands principes de la fabrication ancienne du papier, le visiteur est conduit dans les salles de production où il peut observer les différentes étapes de la fabrication. La visite se termine dans une boutique qui propose des papiers produits et parfois imprimés dans l'entreprise.

Les activités textiles – tissage, dentelle, impression sur étoffes notamment – se prêtent bien à des présentations muséographiques associées à des produits de luxe qui, le cas échéant, sont vendus sur place. Il en est de même pour le verre lorsque les entrep [...]

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Denis CHEVALLIER, « ÉCONOMUSÉES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/economusees/