ÉCONOMIE MONDIALE2021 : rebond, fractures sanitaires et fractures économiques

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Le premier monde : pays avancés, un volontarisme historique

États-Unis : une relance colossale

Aux États-Unis, l’année 2021 est marquée par le déploiement de plans de relance d’une ampleur sans précédent. Décidés par Joe Biden, le président démocrate nouvellement élu, ils s’inscrivent dans le programme Build Back Better (BBB, « reconstruire en mieux »). Un plan de 1 850 milliards de dollars représentant 8,8 % du PIB (American Rescue Plan Act) est voté en mars 2021 par le Congrès et consacré à l’aide aux ménages et aux collectivités infrafédérales. Un autre de 1 200 milliards de dollars (Infrastructure Investment and Jobs Act) est adopté par le Congrès en novembre, ciblant les infrastructures, en particulier celles concernant le transport et l’Internet. Ce deuxième plan doit être amputé de ses volets fiscaux – en particulier un impôt sur les hauts revenus – et climatiques, pour obtenir une majorité grâce à l’assentiment d’élus républicains. L’aile gauche du Parti démocrate espère faire passer à l’avenir un plan plus ambitieux en matière sociale et environnementale.

Ces politiques de soutien, l’avancée de la campagne de vaccination et le relâchement progressif des mesures de distanciation favorisent une reprise de l’activité américaine, malgré un ralentissement au cours de l’été en raison de la propagation du variant delta et des goulets d’étranglement dans les chaînes d’approvisionnement. En 2021 comme en 2020, les performances des États-Unis sont meilleures que la moyenne de celles des pays avancés, avec une croissance de 6 % consécutive à une baisse de 3,4 %.

Quant au taux de chômage, il s’améliore nettement en cours d’année par rapport au pic de 15 % enregistré en avril 2020 : il baisse à 4,6 % en novembre tout en restant supérieur à celui de 3,8 % d’avant la crise. Mais, de façon surprenante, le taux d’emploi (rapport entre la population active et la population en âge de travailler) se réduit rapidement, passant de 63,4 % en 2019 à 61,6 % en 2021, ce qui donne lieu à de multiples interprétations. On invoque une poussée des départs à la retraite, un non-retour à l’emploi de parents ayant gardé leurs enfants ou un plus grand nombre d’étudiants soutenus financièrement pendant la crise, comme si, disent certains économistes américains, cette crise avait débouché sur « une grande démission », là où celle de 1929 avait engendré une « grande dépression » et celle des subprimes « une grande récession ». À la différence de la politique européenne, qui maintient en le subventionnant le lien entre les entreprises et les salariés (chômage partiel), la politique américaine le rompt en laissant les entreprises licencier tout en indemnisant largement les ménages.

En outre, le taux d’inflation bondit. La hausse des prix est de plus de 6 % en octobre 2021, alors que le taux moyen d’inflation de 2012 à 2018 se situait autour de 1,6 % et était inférieur à 2% en 2019 et 2020. Cette inflation par les coûts (et non par la demande) comporte une dimension conjoncturelle, résultant d’une série de goulets d’étranglement, a priori réversibles : hausse des prix du bois, des semi-conducteurs, des coûts de transport en raison de la congestion du trafic maritime. Mais elle comporte également des aspects plus durables, tels que les loyers. Surtout, l’importance des emplois non pourvus, plus de 11 millions, pousse les salaires à la hausse, mais moins que les prix, ce qui entraîne une baisse de pouvoir d’achat pour certaines catégories de la population.

En dépit de ce taux d’inflation élevé, Jerome Powell, reconduit à la tête de la Réserve fédérale par le président Biden, défend son refus d’augmenter les taux d’intérêt : la politique monétaire doit continuer à être mobilisée pour lutter contre le chômage ; une politique monétaire restrictive serait inopérante face à une inflation par les coûts. Les taux d’intérêt réels, c’est-à-dire au net de l’inflation, restent négatifs. En revanche, la politique monétaire se traduit en novembre par une restriction forte des volumes de liquidités injectées en contrepartie de bons du Trésor américain.

Pour ce qui est des relations commerciales, Joe Biden resserre sensiblement les relations avec l’Europe, à l’aide d’une trêve dans le conflit sur l’acier et l’aluminium : les droits de douane sont maintenus, mais une partie des exportations européennes en e [...]

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Croissance du PIB mondial (2019-2021)

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Port de Long Beach, près de Los Angeles

Port de Long Beach, près de Los Angeles
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Prix à la consommation dans le monde (2019-2021)

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Complexe immobilier Evergrande Mingdu à Huai’an, Chine

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Jean-Pierre FAUGÈRE, « ÉCONOMIE MONDIALE - 2021 : rebond, fractures sanitaires et fractures économiques », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/economie-mondiale-2021-rebond-fractures-sanitaires-et-fractures-economiques/