ÉCONOMIE MONDIALE2018 : croissance, restrictions commerciales et argent plus cher

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Économie mondiale (2018) : croissance du PIB (%)

Économie mondiale (2018) : croissance du PIB (%)
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Signature du nouveau traité de libre-échange nord-américain, 2018

Signature du nouveau traité de libre-échange nord-américain, 2018
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Jerome Powell

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Économie mondiale (2018) : évolution des prix à la consommation

Économie mondiale (2018) : évolution des prix à la consommation
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En termes de croissance, l’année 2018 semble une simple réplique de l’année précédente : la croissance mondiale du produit intérieur brut (PIB) reste à 3,7 p. 100, celle des pays avancés se maintient à 2,4 p. 100 et celle des pays en voie de développement et émergents (ou « pays du Sud »), à 4,7 p. 100. Pourtant, un certain nombre de changements affectent l’économie mondiale, qui pourraient faire de 2018 une année de transition. Au terme d’une période paraissant, a posteriori, fluide, qu’il s’agisse de la prégnance du multilatéralisme et du libre-échange ou des taux d’intérêt bas, la croissance des échanges et des flux financiers est cette année l’objet de nouvelles contraintes. Les politiques américaines sont à la fois l’expression et le moteur de ces mutations majeures.

Économie mondiale (2018) : croissance du PIB (%)

tableau : Économie mondiale (2018) : croissance du PIB (%)

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La croissance en Inde et en Chine reste très élevée et continue à entraîner l'économie mondiale. On observe également une accélération du dynamisme de l'Afrique subsaharienne, qui augmente son écart avec les économies avancées (source : FMI,  « World Economic Outlook », oct. 2018). 

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L’année 2018 a connu une très nette progression des mesures protectionnistes déclenchées par la politique américaine. Après les sanctions de nature politique envers la Russie, puis l’Iran, Donald Trump a mené une offensive commerciale à destination de la Chine, de l’Europe et de ses partenaires d’Amérique du Nord – Canada et Mexique –, suscitant des mesures de rétorsion. Les effets immédiats restent mesurés, mais ces escalades restrictives et génératrices d’incertitude inhibent l’investissement et le commerce.

L’Organisation mondiale du commerce (OMC) connaît une crise sévère : des statuts anciens, un dispositif inadéquat pour contrer les pratiques commerciales chinoises. Profitant de cette faiblesse, opposé à toute forme de multilatéralisme et uniquement soucieux de protéger les intérêts américains, le président Trump a mené une offensive contre l’institution, bloquant la nomination des juges à l’organe suprême de l’OMC, l’Organisme de règlements des différends (ORD) – juge en dernier ressort – est en survie en fin d’année. La réforme de l’OMC revient donc brutalement à l’ordre du jour.

Mais ces initiatives protectionnistes se heurtent à des volontés de coopération qui demeurent bien réelles. C’est ainsi que l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) entre les États-Unis, le Mexique et le Canada, à peine disparu, est aussitôt remplacé par un « succédané » fort proche. De même, alors que Donald Trump, dès sa prise de fonction en 2017, avait fait sortir les États-Unis de l’Accord de partenariat transpacifique (TPP) promu par Obama dans le but de contenir l’hégémonie chinoise sur les pays bordant l’océan Pacifique, onze pays, cette fois sans les États-Unis, signent en mars 2018 un nouvel accord qui entre en vigueur à la fin de l’année, le Comprehensive and Progressive Agreement for Trans-Pacific Partnership (CPTPP) ; il réunit des économies représentant 13 p. 100 de l’économie mondiale, y compris des partenaires historiques des États-Unis, comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Japon, le Mexique et le Canada, ou encore le Vietnam et la Malaisie.

Signature du nouveau traité de libre-échange nord-américain, 2018

photographie : Signature du nouveau traité de libre-échange nord-américain, 2018

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En compagnie du président du Mexique Enrique Peña Nieto (à gauche) et du Premier ministre canadien Justin Trudeau (à droite), le président des États-Unis Donald Trump signe, à Buenos Aires le 30 novembre 2018, en marge du sommet du G20, le traité qui remplace l'ALENA et qu'il qualifie de... 

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Par ailleurs, les données statistiques montrent que le commerce mondial est toujours en augmentation : si la progression des échanges connaît un ralentissement, passant de 5,2 à 4,2 p. 100, elle reste élevée et supérieure au taux de croissance de la production.

Dix ans après la crise financière de 2008, les politiques d’argent facile prennent fin ; elles visaient simultanément à alimenter un système financier mondial en manque de liquidités et à stimuler la croissance, mais ont porté la dette publique et privée de l’ensemble des pays à un niveau record. Les hausses des taux d’intérêt de la Réserve fédérale américaine, après une longue période de taux proches de zéro, en sont le signal éclatant. Cette relative raréfaction de liquidités, inévitable et prévisible, fragilise entreprises et acteurs financiers et entraîne une redistribution des cartes au niveau mondial. Quand les rendements étaient faibles dans les pays occidentaux, les pays émergents, aux opportunités avantageuses, attiraient les capitaux. Le resserrement du crédit et la hausse des taux d’intérêt américains entraînent une fuite des capitaux des pays émergents, en particulier de ceux qui sont fragilisés par une forte dette publique ou une instabilité politique, engendrant des crises financières : Argentine, Turquie, Brésil, Venezuela, Afrique du Sud, Philippines, Indonésie.

Jerome Powell

photographie : Jerome Powell

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Le président de la Réserve fédérale américaine Jerome Powell a pris ses fonctions en février 2018 et poursuit une politique monétaire modérément restrictive. 

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Économie mondiale (2018) : évolution des prix à la consommation

tableau : Économie mondiale (2018) : évolution des prix à la consommation

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Les taux d'inflation augmentent de façon générale. Ils restent globalement modérés, sauf en ce qui concerne les économies les moins avancées (Afrique du Nord, Moyen-Orient, Afrique subsaharienne et Amérique latine) [source : FMI, « World Economic Outlook », oct. 2017]. 

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À ces deux tournants politiques se rajoutent des fluctuations du cours du pétrole et du dollar, plutôt à la hausse. Alors qu’il enregistrait une certaine stabilité en 2016 et 2017, autour de 48 dollars, le baril atteint 76 dollars au début de l’automne avant de retomber à 46 dollars en fin d’année. Le cours de l’euro, proche de 1,20 dollar pendant les cinq premiers mois de l’année, baisse ensuite autour de 1,15 – soit une appréciation de 4 p. 100 de la valeur de la monnaie américaine. Ajoutées aux hausses des taux d’intérêt, ces variations sont source d’incertitude, mais aussi de redistribution des richesses au niveau mondial.

L’économie mondiale est tirée par les croissances américaine, chinoise et indienne. Les pays émergents hors Asie, vulnérables par leurs dettes et leur dépendance aux exportations, sont à la peine. L’Europe est empêtrée par des forces centrifuges. Un point positif : la croissance des pays en voie de développement à faible revenu, stable à 4,7 p. 100, reste d’un point supérieur à la croissance mondiale.

États-Unis, croissance et hégémonie

La croissance des États-Unis est au plus haut, dopée par les baisses massives d’impôts pour les entreprises américaines. Mais cette croissance et une situation de plein emploi sur une longue période se conjuguent avec un certain nombre d’inquiétudes : progrès du protectionnisme, virage de la politique monétaire, colossaux « déficits jumeaux » (déficit public et déficit de la balance des opérations courantes).

Le programme protectionniste de Donald Trump est mis en œuvre, les États-Unis se retirant d’accords internationaux et augmentant les droits de douane. Pour ce qui est des accords commerciaux, si le retrait du CPTPP est une réalité, le remplacement de l’ALENA par l’USMCA (United States Mexico Canada Agreement) est essentiellement « cosmétique », le nouveau protectionnisme américain comportant une part de communication politique sans changement de fond : le nouveau sigle ne mentionne plus le libre-échange et présente l’avantage symbolique de commencer par les initiales du géant américain. Sur le fond, les relations commerciales entre les trois pays sont faiblement affectées, en dépit d’une légère protection de l’industrie automobile américaine et d’une libéralisation des importations de lait canadiennes.

Parallèlement, les États-Unis procèdent à des relèvements des droits de douane sur différents produits de toutes provenances (machines à laver, panneaux solaires, acier et aluminium, par exemple) ; ces droits sont augmentés de 25 p. 100 sur 250 milliards d’importations chinoises, la Chine annonçant des mesures de rétorsion d’ampleur équivalente. La bataille est âpre à propos des droits de propriété intellectuelle dans le domaine des nouvelles technologies. Des menaces pèsent aussi sur les importations automobiles. L’augmentation des prix des biens importés, les pertes de marchés à l’exportation et les délocalisations constituent les principaux effets sur l’économie américaine, mais restent à ce jour limitées, les cadeaux fiscaux aux entreprises et la taille du marché américain compensant les manques à gagner : les exportations ne comptent que pour 12 p. 100 du PIB des États-Unis, contre 20 p. 100 pour la Chine et 43 p. 100 pour l’Union européenne.

Les taux d’intérêt de la Réserve fédérale, longtemps restés stables à des niveaux extrêmement faibles consécutivement à la crise de 2008, s’élèvent régulièrement depuis l’été 2016 (0,5 p. 100) et passent, au cours de 2018, de 1,5 p. 100 à 2,25 p. 100.

Le déficit budgétaire des États-Unis atteint désormais près de 800 milliards de dollars, soit 3,9 p. 100 du PIB (contre 3,5 p. 100 en 2017), au plus haut depuis 2012, sous l’effet des baisses d’impôts, du coût de la charge de la dette et de hausses des dépenses de sécurité et de défense. Le déficit de la balance opérations courantes s’élève à 2,5 p. 100 du PIB (contre 2,3 p. 100 en 2017). Ces déficits traduisent une épargne insuffisante et la nécessité, pour la première puissance économique mondiale, de financer son développement en aspirant celle du reste du monde grâce à un endettement libellé en dollar.

Économie mondiale (2018) : balance des paiements

tableau : Économie mondiale (2018) : balance des paiements

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Comme par le passé, les États-Unis sont la seule très grande puissance économique dont la balance des paiements est négative. Le seul changement notable des soldes est une amélioration très nette pour les exportateurs  d'hydrocarbures, Russie et pays du Moyen-Orient (source : FMI,... 

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Enfin, un nouveau pas a été franchi en matière de dérégulation du secteur financier à travers l’adoption d’une loi (Economic Growth, Regulatory Relief and Consume Protection Act) exemptant de nombreuses banques américaines des obligations prévues par la loi Dodd-Frank de 2010.

Le dynamisme des grands de l’Asie

La Chine à la recherche d’un nouveau souffle

Deuxième économie mondiale, premier exportateur, la Chine continue d’enregistrer d’excellents résultats, en dépit d’un infléchissement sensible. La croissance ralentit, de 6,9 à 6,6 p. 100, mais la vitalité du secteur des hautes technologies continue à en renforcer la qualité. L’inflation augmente, tout en restant basse, passant de 1,6 à 2,2 p. 100, et le solde de la balance des opérations courantes demeure positif, mais diminue de 1,4 à 0,7 p. 100 du PIB. La Chine a réduit son objectif de déficit public à 2,6 p. 100 du PIB pour 2018, soit – 0,4 point par rapport à 2017.

Toutefois, les défis restent nombreux. La rapidité de la croissance chinoise bute toujours sur trois fragilités : les inégalités sociales et régionales, un environnement agressé par une industrialisation et une urbanisation rapides, un système financier encore immature et peu stable. À ces difficultés structurelles s’ajoutent les effets des mesures protectionnistes américaines.

C’est dans ce contexte qu’au congrès national du Parti communiste d’octobre 2017, le président Xi Jinping a renforcé son contrôle sur les rouages du pouvoir et présenté un nouvel agenda de politique économique, visant à dynamiser les investissements étrangers, soutenir les PME et stimuler la demande interne, par l’intermédiaire d’actions sur le budget et sur la monnaie.

Inde, une dynamique forte et très inégalitaire

L’économie indienne a mieux résisté que les autres pays émergents au ralentissement provoqué par la crise économique mondiale, devenant la cinquième puissance économique, surclassant ainsi la France. Son taux de croissance est le plus élevé des grands pays (7,3 p. 100 en 2018, après 6,7 p. 100 en 2017). Le déficit public reste à un niveau très élevé (3,5 p. 100) et la dette est à peine inférieure à 70 p. 100 du PIB. L’année 2018 voit les premiers résultats des réformes entreprises au cours des dernières années : création d’un impôt indirect unique se substituant aux taxes de chacun des vingt-neuf États et des sept Territoires constituant la République indienne ; démonétisation des billets de banque à forte valeur dans le but de réduire l’économie informelle ; facilitation des investissements étrangers.

Cette croissance économique très rapide s’accompagne, comme en Chine, mais de manière encore plus marquée, par une accentuation des inégalités : entre 1980 et 2014, en Chine, la croissance des 50 p. 100 les plus pauvres a cru cinq fois moins vite que celle des 1 p. 100 les plus riches, et huit fois et demie moins vite en Inde (World Wealth and Income Database, 2018).

Le Japon : le talon d’Achille du déficit public

Troisième économie mondiale, le Japon ne connaît pas en 2018 de changements notables, même si la croissance ralentit, passant de 1,7 à 1,1 p. 100, et si le taux d’inflation s’élève sensiblement, de 0,5 à 1,2 p. 100. Le chômage reste stable à un niveau extrêmement bas (2,9 p. 100 de la population active), le solde de la balance des opérations courantes baisse légèrement à 3,6 p. 100 du PIB, ce qui reste très élevé. Ce sont les indicateurs des finances publiques – environ 5 p. 100 du PIB pour le déficit, 240 p. 100 pour la dette, et une charge de la dette représentant 25 p. 100 du budget – qui sont les plus inquiétants. Cette situation s’explique par la relance budgétaire de 2017, les dépenses sociales liées au vieillissement de la population, les coûts de reconstruction des infrastructures consécutifs aux catastrophes naturelles et la préparation des jeux Olympiques de 2020. Le Premier ministre Shinzo Abe, conforté par les élections de fin 2017, mène des réformes économiques, dont une augmentation des impôts indirects et une réforme du marché du travail destinée à accroître la population active en incluant plus de femmes, de retraités et d’immigrés. Par ailleurs, il souhaite faire modifier l’article 9 de la Constitution pacifiste du Japon en y inscrivant la reconnaissance des forces d'autodéfense en tant qu'armée, et prône l’adoption du nouveau traité transpacifique (CPTPP), tout en cherchant à conclure un accord commercial bilatéral avec les États-Unis.

Les BRICS non asiatiques : difficultés économiques, tournants politiques

La Russie : vulnérabilité face à l’environnement extérieur

Après la récession de 2015 et 2016, la reprise de 2017 (1,5 p. 100 de croissance) se confirme en 2018 (1,7 p. 100). Les indicateurs conjoncturels sont positifs : un taux de chômage faible (5,5 p. 100 en 2018), une désinflation nette avec une hausse de prix de 2,8 p. 100 en 2018 (après 3,7 en 2017, 7 en 2016 et 15,5 en 2015), un solde extérieur qui fluctue en fonction des prix des matières, mais largement positif, un déficit public qui se réduit, lui aussi alimenté par les recettes liées aux hydrocarbures.

Ces bonnes performances ne doivent pas masquer les difficultés auxquelles Vladimir Poutine, élu en 2018 pour un quatrième mandat, doit faire face : la grande dépendance de l’économie aux exportations de matières premières, une modernisation nécessaire de l’appareil productif, un vieillissement de la population, les aspirations de la société à une meilleure situation économique pour les plus faibles et à une corruption efficacement combattue.

Le système de sanctions à l’égard de la Russie, le CAATSA (Countering America's Adversaries Through Sanctions Act), adopté en août 2017, est renforcé notamment par des dispositions de mars 2018. Il touche des entités publiques et privées, des particuliers et toute entreprise étrangère établissant des échanges commerciaux avec ces sociétés russes sous sanctions.

Le Brésil à la veille d’un choc ultralibéral

Après deux années noires, 2015 et 2016 enregistrant des baisses du PIB de plus de 3,5 p. 100, le rebond de 2017 (+ 1 p. 100) s’accentue en 2018 (+ 1,4 p. 100) ; le taux de chômage n’a que faiblement baissé, de 12,8 à 11,8 p. 100, et le pays souffre de graves problèmes sociaux : pauvreté, inégalités et criminalité. Le Brésil réunit une situation extérieure presque à l’équilibre et des finances publiques dans un état critique (déficit de plus de 8 p. 100 du PIB en moyenne sur les quatre dernières années), incitant les agences de notation à abaisser plusieurs fois d’affilée la note du pays.

Le programme du nouveau président d’extrême droite, Jair Bolsonaro, élu en octobre, comporte des volets sociétaux et politiques répressifs et, sur le plan économique, une volonté de rupture ultralibérale, avec en particulier une réduction de la dette publique grâce à un colossal programme de privatisation de 150 entreprises publiques et une stimulation de la production agricole, dont le soja, l’élevage bovin et la canne à sucre ; cette dernière constitue une lourde menace pour les populations indiennes et la forêt amazonienne, et implique une sortie des accords de Paris sur l’environnement.

L’Afrique du Sud : d’immenses défis pour le nouveau gouvernement

La croissance est passée de 1,3 à 0,8 p. 100. Cyril Ramaphosa, élu président en février, affronte de grands enjeux économiques et sociaux après l’ère Zuma, marquée par le ralentissement de l’activité, la dégradation de la situation des finances publiques, la corruption et la prégnance des problèmes sociaux : chômage élevé (plus de 27 p. 100), qui touche principalement jeunes et population noire, inégalités de revenus criantes, permanence de l’épidémie de sida. Les priorités du gouvernement sont la stimulation de la croissance économique, la baisse du chômage et des hausses d’impôts destinées à éviter les déclassements par les agences de notation. À la veille des élections législatives de 2019, les incertitudes sont fortes, en particulier autour de l’épineuse question des expropriations foncières non indemnisées.

Europe : différences de trajectoires et de visées

La croissance de la zone euro ralentit, passant de 2,4 à 2,0 p. 100, mais le taux de chômage baisse notablement de 9,1 à 8,1 p. 100 de la population active. Ce sont les pays de l’Europe centrale et orientale qui tirent la croissance européenne vers le haut : tous affichent un taux de croissance supérieur à 3,5 p. 100 (sauf la république Tchèque à 3,1 p. 100) et leurs taux de chômage sont nettement en deçà de la moyenne européenne (Roumanie 4,7 p. 100, Pologne 4,1 p. 100, Hongrie 3,9 p. 100, République tchèque 2,5 p. 100).

La moyenne des soldes publics européens, très affectée par la crise de 2008 avec un creux de – 6 p. 100 en 2009-2010, s’est redressée à – 2 p. 100 en 2016 et devient positive en 2018.

En Allemagne, quatrième économie mondiale, le ralentissement de la croissance est net, de 2,5 à 1,9 p. 100, mais les performances sont exceptionnelles en matière de solde extérieur (plus de 8 p. 100 du PIB), de solde public positif (2,4 p. 100 du PIB) et de chômage, qui baisse encore (de 3,8 à 3,5 p. 100). En cette fin annoncée du mandat d’Angela Merkel, les inquiétudes à court terme concernent le secteur automobile, dont le poids est considérable et qui se trouve dans une phase critique en raison de normes antipollution plus rigoureuses, de possibles restrictions américaines et de la concurrence internationale (Chine, notamment). À plus long terme, le vieillissement de la population et la transition énergétique sont des enjeux majeurs.

La France enregistre également un net ralentissement de la croissance qui passe de 2,5 à 1,9 p. 100. Le taux de chômage baisse légèrement (de 9,4 à 8,8 p. 100) de la population active, mais le solde de la balance des opérations courantes passe de –0,6 à –0,9 p. 100 du PIB. Le déficit public ne se résorbe que lentement (2,6 p. 100 du PIB). Le gouvernement fait face à une équation budgétaire critique et aux résistances multiples à son programme de réforme.

En Italie, le taux de croissance baisse de 1,5 à 1,2 p. 100, le chômage passe de 11,3 à 10,8 p. 100 de la population active, le solde extérieur diminue, mais reste positif (de 2,8 à 2,0 p. 100 du PIB). Le gouvernement issu de l’alliance du mouvement 5 étoiles (populiste) et de la Ligue (extrême droite) a présenté un budget comportant une dégradation du déficit qui passe de 1,8 en 2018 à 2,4 p. 100 en 2019, alors que l’Italie s’était engagée sur un déficit de 0,8 p. 100. Ce budget est rejeté pour la première fois par la Commission soutenue par tous les autres États de l’Union européenne, et la prévision de déficit est revue par le gouvernement italien à 2,0 p. 100 ; le gouvernement peut difficilement faire l’impasse sur le spread, la différence entre le taux d’intérêt allemand et italien qui, en octobre, atteint son plus haut niveau depuis quatre ans et pèse sur la stabilité du système bancaire italien, des entreprises, des administrations et des ménages. De surcroît, l’Italie doit faire face à des problèmes sociaux (inégalités régionales, criminalité) et démographiques aigus : baisse de la population, afflux de migrants, taux de chômage élevé pour les jeunes (plus de 30 p. 100).

En Espagne, en dépit d’une croissance vive, mais qui passe de 3,0 à 2,7 p. 100, le chômage reste très élevé, passant de 17,2 à 15,6 p. 100. Le solde extérieur se resserre, mais reste positif (de 1,9 p. 100 à 1,2 p. 100) et le déficit public a été revu à la hausse, atteignant 2,7 p. 100.

Au Royaume-Uni, en 2018 comme en 2017, la politique et le climat des affaires sont soumis aux fortes incertitudes sur l’avenir du Brexit, autour des questions centrales de la restauration d’une frontière entre la république d’Irlande et l’Irlande du Nord et du degré de retrait de l’union douanière et du marché commun. Différents scénarios sont possibles : un nouveau referendum, une transition interminable (« Brexeternity »), une rupture brutale (« No deal »), un faux Brexit (« Brino », pour « Brexit In Name Only »)… Pourtant, les indicateurs macro-économiques sont pour le moment faiblement affectés : si la croissance du Royaume-Uni reste faible et passe de 1,7 à 1,4 p. 100, le taux de chômage s’améliore encore passant de 4,4 à 4,1 p. 100, le déficit public se réduit encore pour atteindre 2,0 p. 100 du PIB, le solde extérieur stagne à – 3,5 p. 100 du PIB. Le taux d’inflation demeure relativement élevé (2,6 p. 100).

Le Sud : une grande diversité

Les pays du Sud continuent à suivre des trajectoires contrastées. En regard de la croissance mondiale (3,7 p. 100), de celle des pays avancés (2,4 p. 100), le groupe des pays d’Asie (dont la Chine et l’Inde) se distingue par une croissance extraordinaire et soutenue (6,5 p. 100) alors que, à l’opposé, l’Amérique latine reste peu dynamique, avec une progression limitée (1,2 p. 100). Les performances de l’Afrique, qui compte les pays les plus pauvres, sont relativement élevées et prometteuses : l’Afrique subsaharienne, qui représente environ 85 p. 100 de la population du continent, réalise 3,1 p. 100 de croissance, après une augmentation régulière (1,4  p. 100 en 2016 et 2,7 p. 100 en 2017), certes à partir d’un bas niveau de développement ; les résultats des deux grandes économies de la zone, Nigeria et Afrique du Sud, sont en deçà de ce taux. Rappelons que l’Afrique est le continent où l’âge médian est de loin le moins élevé, la croissance démographique de loin la plus élevée et l’espérance de vie de loin la plus basse.

Addis-Abeba, capitale de l’Éthiopie et siège de l’Union africaine

photographie : Addis-Abeba, capitale de l’Éthiopie et siège de l’Union africaine

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L'Éthiopie affiche l'un des taux de croissance les plus élevés au monde mais l'un des plus mauvais classements pour l'indice de développement humain. 

Crédits : Eduardo Blanco/ Alamy/ hemis.fr

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L’année 2018 est donc une année de croissance qui annonce des contractions dans le commerce comme dans la finance ; c’est aussi une année inquiétante pour l’environnement. Alors que le réchauffement climatique multiplie des catastrophes dont le coût actuel et à venir est vertigineux et que les pays rechignent à prendre les mesures qui s’imposent, le géant du Sud de l’Amérique suit celui du Nord, faisant passer l’utilisation intensive des ressources avant les préoccupations environnementales et les accords internationaux.

Économie mondiale (2018) : part de la production mondiale et de la population mondiale par groupes de pays

tableau : Économie mondiale (2018) : part de la production mondiale et de la population mondiale par groupes de pays

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Ce tableau fait apparaître les inégalités économiques entre pays par rapport à leur part de la population mondiale. On observe notamment que le revenu par tête en Chine est pratiquement identique au niveau mondial puisque la part de ce pays dans la production de richesses est quasiment la... 

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—  Jean-Pierre FAUGÈRE

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ÉCONOMIE MONDIALE - 2012 : le monde dans la crise

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L'économie mondiale a dû affronter des vents contraires de plus en plus violents en 2012. L'année a été marquée par la poursuite de la crise des dettes souveraines, particulièrement dans la zone euro, et par une forte progression du chômage dans de nombreux pays développés. Victime de ce contexte, la croissance mondiale s'e […] Lire la suite

ÉCONOMIE MONDIALE - 2011 : une année de tourmente

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Après une embellie relative en 2010, l'économie mondiale a pénétré en 2011 dans une zone de fortes turbulences financières. L'année a été marquée par le déferlement de la crise de la dette dans la zone euro, caractérisée par la fin de la confiance des investisseurs dans les titres obligataires des États. Dans ce contexte, la croissance mondiale s'est établie à […] Lire la suite

ÉCONOMIE MONDIALE - 2010 : entre rigueur et relance économiques

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L'année 2010 a pris quelque distance avec la tornade financière des années 2008 et 2009. L'économie mondiale est sortie de récession pour entamer une reprise, dans un contexte de croissance des échanges mondiaux après une contraction historique l'année précédente. La Chine s'est trouvée au cœur de cette reprise, en venant alimenter les importations de la p […] Lire la suite

ECONOMIE MONDIALE - 2009 : le monde en récession

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  • Nicolas SAGNES
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L'année 2009 aura démarré dans la tourmente financière engendrée par la faillite de l'établissement bancaire Lehman Brothers et la crise des « subprimes ». L'économie mondiale a traversé une première moitié d'année sinistre dans un contexte de contraction historique des échanges mondiaux. À partir de l'été, le commerce mondial a repris des couleurs, ce qui […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Jean-Pierre FAUGÈRE, « ÉCONOMIE MONDIALE - 2018 : croissance, restrictions commerciales et argent plus cher », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 février 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/economie-mondiale-2018-croissance-restrictions-commerciales-et-argent-plus-cher/