ÉCONOMIE MONDIALE2018 : croissance, restrictions commerciales et argent plus cher

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En termes de croissance, l’année 2018 semble une simple réplique de l’année précédente : la croissance mondiale du produit intérieur brut (PIB) reste à 3,7 p. 100, celle des pays avancés se maintient à 2,4 p. 100 et celle des pays en voie de développement et émergents (ou « pays du Sud »), à 4,7 p. 100. Pourtant, un certain nombre de changements affectent l’économie mondiale, qui pourraient faire de 2018 une année de transition. Au terme d’une période paraissant, a posteriori, fluide, qu’il s’agisse de la prégnance du multilatéralisme et du libre-échange ou des taux d’intérêt bas, la croissance des échanges et des flux financiers est cette année l’objet de nouvelles contraintes. Les politiques américaines sont à la fois l’expression et le moteur de ces mutations majeures.

Économie mondiale (2018) : croissance du PIB (%)

Tableau : Économie mondiale (2018) : croissance du PIB (%)

La croissance en Inde et en Chine reste très élevée et continue à entraîner l'économie mondiale. On observe également une accélération du dynamisme de l'Afrique subsaharienne, qui augmente son écart avec les économies avancées (source : FMI,  « World Economic Outlook », oct. 2018). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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L’année 2018 a connu une très nette progression des mesures protectionnistes déclenchées par la politique américaine. Après les sanctions de nature politique envers la Russie, puis l’Iran, Donald Trump a mené une offensive commerciale à destination de la Chine, de l’Europe et de ses partenaires d’Amérique du Nord – Canada et Mexique –, suscitant des mesures de rétorsion. Les effets immédiats restent mesurés, mais ces escalades restrictives et génératrices d’incertitude inhibent l’investissement et le commerce.

L’Organisation mondiale du commerce (OMC) connaît une crise sévère : des statuts anciens, un dispositif inadéquat pour contrer les pratiques commerciales chinoises. Profitant de cette faiblesse, opposé à toute forme de multilatéralisme et uniquement soucieux de protéger les intérêts américains, le président Trump a mené une offensive contre l’institution, bloquant la nomination des juges à l’organe suprême de l’OMC, l’Organisme de règlements des différends (ORD) – juge en dernier ressort – est en survie en fin d’année. La réforme de l’OMC revient donc brutalement à l’ordre du jour.

Mais ces initiatives protectionnistes se heurtent à des volontés de coopération qui demeurent bien réelles. C’est ainsi que l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) entre les États-Unis, le Mexique et le Canada, à peine disparu, est aussitôt remplacé par un « succédané » fort proche. De même, alors que Donald Trump, dès sa prise de fonction en 2017, avait fait sortir les États-Unis de l’Accord de partenariat transpacifique (TPP) promu par Obama dans le but de contenir l’hégémonie chinoise sur les pays bordant l’océan Pacifique, onze pays, cette fois sans les États-Unis, signent en mars 2018 un nouvel accord qui entre en vigueur à la fin de l’année, le Comprehensive and Progressive Agreement for Trans-Pacific Partnership (CPTPP) ; il réunit des économies représentant 13 p. 100 de l’économie mondiale, y compris des partenaires historiques des États-Unis, comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Japon, le Mexique et le Canada, ou encore le Vietnam et la Malaisie.

Signature du nouveau traité de libre-échange nord-américain, 2018

Photographie : Signature du nouveau traité de libre-échange nord-américain, 2018

En compagnie du président du Mexique Enrique Peña Nieto (à gauche) et du Premier ministre canadien Justin Trudeau (à droite), le président des États-Unis Donald Trump signe, à Buenos Aires le 30 novembre 2018, en marge du sommet du G20, le traité qui remplace l'ALENA et qu'il qualifie de... 

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Par ailleurs, les données statistiques montrent que le commerce mondial est toujours en augmentation : si la progression des échanges connaît un ralentissement, passant de 5,2 à 4,2 p. 100, elle reste élevée et supérieure au taux de croissance de la production.

Dix ans après la crise financière de 2008, les politiques d’argent facile prennent fin ; elles visaient simultanément à alimenter un système financier mondial en manque de liquidités et à stimuler la croissance, mais ont porté la dette publique et privée de l’ensemble des pays à un niveau record. Les hausses des taux d’intérêt de la Réserve fédérale américaine, après une longue période de taux proches de zéro, en sont le signal éclatant. Cette relative raréfaction de liquidités, inévitable et prévisible, fragilise entreprises et acteurs financiers et entraîne une redistribution des cartes au niveau mondial. Quand les rendements étaient faibles dans les pays occidentaux, les pays émergents, aux opportunités avantageuses, attiraient les capitaux. Le resserrement du crédit et la hausse des taux d’intérêt américains entraînent une fuite des capitaux des pays émergents, en particulier de ceux qui sont fragilisés par une forte dette publique ou une instabilité politique, engendrant des crises financières : Argentine, Turquie, Brésil, [...]

Jerome Powell

Photographie : Jerome Powell

Le président de la Réserve fédérale américaine Jerome Powell a pris ses fonctions en février 2018 et poursuit une politique monétaire modérément restrictive. 

Crédits : Alex Wong/ Getty Images News/ AFP

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Économie mondiale (2018) : croissance du PIB (%)

Économie mondiale (2018) : croissance du PIB (%)
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Signature du nouveau traité de libre-échange nord-américain, 2018

Signature du nouveau traité de libre-échange nord-américain, 2018
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Pour citer l’article

Jean-Pierre FAUGÈRE, « ÉCONOMIE MONDIALE - 2018 : croissance, restrictions commerciales et argent plus cher », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/economie-mondiale-2018-croissance-restrictions-commerciales-et-argent-plus-cher/